Les habitants de Donetsk n’ont jamais appelé la guerre….

Les habitants de Donetsk n’ont jamais appelé la guerre….

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Ukrinform
En mars 2014, plusieurs milliers d’habitants de la région de Donetsk se sont rassemblés à plusieurs reprises sur la place centrale de Donetsk pour exprimer leur soutien à l’unité de l’Ukraine.

Ukrinform a recueilli les témoignages de ceux qui sont sortis sur cette place pour manifester contre la guerre qui approchait.

« Notre résistance avait des visages, des dates et, malheureusement, des victimes »

Oleg Saakyan, politologue

- Il y a quatre ans, le 5 mars 2014, j’ai commencé ma journée en lisant une notification sur Donetsk à la une du New York Times. Et ce titre contenait une phrase «antirussian protesters». À ce moment-là, tout le monde comprenait clairement ce qui était en train de se passer. Depuis le début de l’Euromaїdan à Kyiv, il y avait aussi un Euromaїdan à Donetsk. Mais il ne rassemblait que quelques centaines de personnes…..

Mais le 4 mars, ce sont entre 2500 et 3000 personnes qui sont sorties sur la place centrale de Donetsk et ce n’était pas une manifestation organisée. C’était juste deux jeunes femmes: Ekaterina Kostrova et Diana Berg, qui ont lancé un appel et qui sont devenues la voix de la société de Donetsk, la voix qui a crié très fort que nous étions en train de perdre notre ville, notre pays…

Personne ne s’attendait à voir autant de monde à cette manifestation. Les gens arrivaient à la manifestation sans se rendre directement au centre de la ville, ils se rassemblaient par petits groupes autour de la place et attendaient pour voir qui d’autres sera là. Et ils ont vu qui était là: leurs voisins, leurs professeurs, leurs collègues et leurs copains, et tout le monde a fini par se rassembler au centre de la place, et tout le monde a compris que l’on pouvait sortir manifester pour une bonne cause. Donetsk est sorti sur la place centrale pour crier au monde entier qu’à Donetsk il n’y avait pas de voix pour Poutine, qu’à Donetsk, il n’y avait pas de séparatisme, qu’à Donetsk, il y avait une partie pro-ukrainienne de la population, des patriotes prêts à défendre leur ville.

Ensuite, il y a eu une manifestation le 5 mars et 10 000 personnes y ont participé. Et ensuite, il y a eu d’autres manifestations, et tout le monde continuait à venir, même si nous comprenions qu’il y avait déjà des agents russes dans la ville, tous ces «touristes» amenés des régions voisines russes. Je pense qu’il faut recueillir tous ces faits et toutes ces données, il faut les publier. Notre résistance avait des visages, des dates et, malheureusement, des victimes.

Quelles conclusions pouvons-nous tirer? Les mercenaires russes, les troupes armées russes ne viennent pas là où un référendum est organisé. Ce sont eux qui organisent des référendums là où ils viennent.

Et aujourd’hui, il y a une partie pro-ukrainienne de la population qui vit sur les territoires occupés, malgré tout: malgré la propagande, la présence de l’armée russe, la verticale administrative et politique. Et il y a une grande partie de la population qui a cédé à la propagande. Le pire dans la propagande n’est pas qu’elle tue l’homme. La propagande tue l’être humain à l’intérieur de l’homme. Mais ces gens restent nos concitoyens, nos compatriotes. Et notre responsabilité est de réintégrer ces gens-là,

«Il faut envoyer une « bouée de sauvetage » aux habitants du Donbass»

Olexiy Matsouka, rédacteur en chef de l’édition « Novosti Donbassa »

- Je pense qu’il ne faut pas oublier le rôle des journalistes qui ont couvert les événements du début du soi-disant «Printemps russe». Et notre rédaction a été l’une des premières à être persécutée par le prétendu gouvernement séparatiste de Donetsk. Et nos journalistes qui y travaillent aujourd’hui, remplissent des fonctions héroïques: ils recueillent les informations, enregistrent, décrivent ce qui se passe actuellement sur les territoires occupés. Il faut aussi souligner le rôle des projets de mars 2014, quand les journalistes se sont organisés pour faire des directs.

Depuis 4 ans, nous organisons le «Donbass Médias Forum», au cours duquel nous discutons du rôle des médias, des standards, de l’éthique, nous soulignons qu’il est inacceptable d’utiliser le langage de la haine.

Il est de notre devoir de reconstruire des ponts avec la population des territoires occupés, leur prouver que l’Ukraine est un pays qui réussit; mais comment pourrons-nous le prouver à ceux qui sont déçus, persuadés que l’Ukraine les a abandonnés seuls face à des groupes de terroristes.

Aujourd’hui, 60% des Ukrainiens estiment que les habitants des territoires occupés sont otages de la situation. Si c’est ainsi que nous percevons la situation, alors nous devons chercher des mécanismes pour sauver ceux qui sont restés sur les territoires occupés. Nous devons leur envoyer une «bouée de sauvetage».

«Vous ne pouvez pas fêter la victoire, car le Donbass est en guerre »

Tetyana Dourneva, politologue

- Je me souviens très bien de la dernière manifestation pro-ukrainienne où il n’y a pas eu de victimes. C’était le 17 avril. Cette manifestation a inspiré tout le monde, mais tout le monde y allait en disant adieu à ses proches et ses enfants. Et nous y avons invité tout le monde, nous avons envoyé des lettres officielles à tous les chefs des fractions, tous les élus du peuple, à toutes les institutions d’État pour leur demander de faire attention à ce qui se passait à Donetsk.

Je me souviens qu’en avril 2014 j’étais à Kyiv lors d’une réunion des activistes civils après le Maїdan et tout le monde était de très bonne humeur et disait: désormais, nous allons vivre tellement bien. Mais j’étais la seule personne à dire à ce moment là: «Mais il y a une guerre chez nous. Vous ne pouvez pas vivre ici, vous réjouir et fêter la victoire, car dans une autre partie de notre pays, il y a une Crimée occupée et une vraie guerre dans le Donbass». Mais, malheureusement, mon appel n’a pas été vraiment entendu et les institutions d’État n’ont rien fait.

Il faut avouer franchement que ce ne sont pas les habitants de Donetsk qui ont appelé la guerre, mais ils n’ont pas tous vu, ni entendu la guerre qui arrivait à Donetsk.

Oui, nous devons nous souvenir du passé et nous le faisons. Chaque année, nous nous souvenons de ces jours et des personnes qui ne sont plus avec nous. Mais en nous souvenant du passé, nous devons comprendre ce que nous voulons voir dans notre avenir. Il faut construire un pont entre le passé et le futur qu’on désire.

Et il faut discuter de ce que l’on pourrait appeler «la justice du passage». Nous ne pouvons plus vivre selon les anciennes règles. Pour un certain temps, nous devons élaborer des règles de passage selon lesquelles nous allons punir les coupables de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité. Notre tâche n’est pas seulement d’indiquer qui est le coupable, mais aussi de transmettre un message à ceux qui sont restés actuellement sur les territoires occupés, de leur expliquer ce que l’Ukraine va faire une fois qu’elle aura récupéré ces territoires, quels seront ses premiers pas. Pour le moment, nul ne le sait et l’ignorance engendre les peurs.

«Nous ne savions pas encore que les autorités et la police étaient déjà passées de l’autre côté »

Igor Kozlovsky, scientifique ukrainien, ancien otage des combattants pro-russes

- Nous nous souvenons tous des journées du 4 et 5 mars. Nous allions à ces manifestations comme à une fête. Les gens amenaient leurs enfants, car nous ne savions pas encore que les autorités et la police étaient déjà passées de l’autre côté. Ils nous avaient «donnés», mais nous ne l’avions pas encore compris. Nous avons pris notre responsabilité pour essayer de déclarer que nous étions l’Ukraine. Et c’est seulement après que nous avons vu des bus remplis de gens en provenance de Russie.

Cependant, la résistance continue. Je peux vous en assurer car, quand j’étais en prison là-bas, je rencontrais constamment des personnes qui démontraient par leurs positions et leur comportement qu’ils étaient des patriotes de l’Ukraine. Les arrestations ne cessent pas sur les territoires occupés, mais en dépit de tout cela, ceux qui veulent changer la situation sont là.

Il y a aussi un certain nombre de personnes qui regrettent le choix qu’ils ont fait à l’époque. En prison, j’ai rencontré des personnes qui avaient participé à la saisie des bâtiments administratifs à Donetsk ou à Makiivka. Je trouvais intéressant de discuter avec eux, j’ai demandé qui étaient ces gens avec eux. Et ils me répondaient que pour la plupart, c’étaient des criminels qui recevaient des informations de la part d’autres criminels en Russie, et c’étaient eux qui organisaient ainsi des groupes pour prendre d’assaut les bâtiments administratifs.

J’enregistrais toute ces discussions où ils parlaient clairement de la présence des Russes, dévoilaient les sommes d’argent qu’ils percevaient pour tout cela. Ça prouve clairement que ces actions avaient été programmées par la Russie pour occuper notre région et affaiblir notre État.

Nous comprenons que nos actions ont été une vraie surprise pour eux. Ils ne s’attendaient pas à une résistance ukrainienne.

Olexandra Zharkova, Kyiv

EH

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