Visite de Poroshenko à Varsovie : défi de partenariat

06.12.2016 15:32 347

Varsovie a réaffirmé sa solidarité avec l’Ukraine. Cependant, les problèmes sur le plan historique sont loin d'avoir disparu

La visite du Président de l’Ukraine Petro Poroshenko le 2 décembre a effectivement achevé l’année politique des relations officielles de Kiev et de Varsovie. L'année s'avère franchement difficile. Toutefois, la nature des réunions et des signaux reçus dans la capitale polonaise, donnent lieu à début positif l’an prochain.

UN QUART DE SIÈCLE DE CONSENSUS « UKRAINIEN » SUR LA VISTULE

Le programme de la visite d’une journée de Poroshenko à Varsovie a été saturée : un kaléidoscope de réunions avec les premières personnes...rstva (Président, premier ministre, marshalki de la diète et le Sénat), participer au leadership Forum, portant des fleurs sur la tombe du soldat inconnu monument de Taras Shevchenko, une courte interaction avec les représentants de la diaspora ukrainienne.Le Président Poroshenko a également pu rencontrer  Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti gouvernant "Droit et Justice" (PiS). Bien qu'il n'occupe aucun poste officiel, ce n'est pas un secret, qu'il a actuellement plus d’influence en Pologne que quelqu'un d'autre.

La date de visite - le 2 décembre - n'a pas été choisie par hasard : c'est le  jour où il y a 25 ans, la Pologne est devenue le premier pays dans le monde entier  ayant reconnu l’indépendance de l’Ukraine. Et c'est sur ce fait que  les politiciens polonais, en particulier le Président Andjeï Duda, ont mis l'accent à plusieurs reprises, en évoquant l'attitude positive envers le voisin, à l'époque quand  le dernier venait de prendre forme d'Etat souverain, après des décennies de domination soviétique totalitaire. Le dirigeant polonais a pointé, qu'au cours de ce quart de siècle, le consensus d'élites concernant l'Ukraine sur la Vistule était constamment présent sans acception de la force dirigeante: dans l'intérêt national de la Pologne - Ukraine indépendante et libre uniquement. Ainsi la réaction sur l'occupation de la Crimée et la déstabilisation armée de l'Ukraine d'Est par la Russie, ne pourrait pas être autre en Pologne.

Dès le début de la visite le programme a été transgressé: au lieu de 15 minutes prévues, les présidents Porochenko et Duda ont discuté en tête-à-tête pendant 40 minutes presque. Perçu par l'un des député ukrainiens comme un bon signe. Donc, il y a des sujets à discuter, cela veut dire que la rencontre ne se voit pas en tant que formalité protocolaire.

PORTES OUVERTES DE LA DEFENSE

Avant la conérence de presse des président un document important a été signé: accord de partenariat dans le secteur de la défense. Cet accord prévoit la collaboration entre les pays dans 24 axes - à commencer par des études communes et des entraînements, jusqu'à la coopération dans le domaine des recherches scientifiques. En fait, ce document a remplacé la convention désuète sur la collaboration militaire, signé en 1993 lointain. Il serait difficile de ne pas reconnaître la vérité des paroles du Ministre de la Défense Antoniï Matsarevitch que "actuellement Kiev et Varsovie ont ouvert grand les portes précédemment férmées, en ce qui concerne la coopération dans le domaine de la Défense. Il ne reste qu'espérer que les premiers effets seront  palpable, déjà l'année prochaine, par exemple, de nouveaux projets liés au secteur de l'industrie de la défense ou l'augmentation en nombre et en intensivité des études militaires communes.

Pourtant, il n'en demeure pas moins importante la déclaration dans le domaine d'énergie, pour le partenariat politique, ainsi que pour le rapprochement des intérêts. Le front global de la lutte désigné par les dirigeants des pays est le suivant: ne pas laisser le monopole du gaz russe, Gazprom, d'implanter son intention de transporter le gaz en Europe en contournant l'Ukraine et la Pologne. Kiev et Varsovie ont critiqué la Comission Européenne d'avoir donné à Gazprom l'accès quasiment monopole au gazoduc OPAL, à travers lequel le gaz du "Nord Stream" serait véhiculé directement en Europe. Les pays ont appelé Bruxelle à réactualiser la décision. Bien avant, Varsovie, en la personne du chef de la Ministère des Affaires Etrangères, Vittold Vaschikovskiy a affirmé, qu'elle ferait appel sans aucune hésitation sur ce sujet à la Cour de Justice de l'Union Européenne. La Déclaration ladite représente un des éléments importants de cette collaboration. De plus, dans le secteur énergétique Kiev et Varsovie ont beaucoup de perspectives. Cette nouvelle communication de gaz, dont la construction accélérée a été décidée pendant la visite de Porochenko à Varsovie, serait bénéfique pour l'Ukraine, ainsi que pour la Pologne. Le côté polonais pourrait transporter l'excès du "carburant bleu" du terminal de GNL aux bords de la mer Baltique en Ukraine, ainsi l'Ukraine aurait encore une source alternative de gaz. Outre cela, les projets de transport du pétrole caspien à travers le territoire de l'Ukraine en Europe, en particulier en Pologne, restent prometteurs, aussi bien que l'établissement d'un pont énergétique entre les deux pays.

Pendant la visite, les représentant des deux pays ont également touché la question sensible pour les milliers d'ukrainiens et polonais. La question de la frontière. Le Président Porochenko a promis qu'aux quatre postes communs de contrôle de la frontière nationale seront ajoutés encore quatre les plus grandes: "Dorogousk-Iagodyn", "Rava Rouskaïa - Grebennoie", "Medyka-Chaiguini" et "Krakovets-Kortchiva". Cela résoudrait à peine le problème de longues queues dans la frontière, mais se verrait pourtant un pas dans la bonne direction.

SOLIDARITE DE VARSOVIE

Au cors de sa visite Porochenko a beaucoup parlé de la solidarité et du soutien de la Pologne dans la résistance contre l'agression russe. Plus visible ce soutien est devenue lors de son intervention dans le "Forum du leadership" interrompu à plusieurs reprises par les applaudissement des dirigeants de la Pologne, représentants de l'élite polonais.

"Merci de ne pas dissimuler la trahison avec un mot tel que ''compromis", - s'est adressé Porochenko aux présents au forum, en faisant allusion sur le fait, que la Pologne est un des pays peu nombreux, qui vis-à-vis de l'agression de la Russie,  n'est prête à échanger la solidarité européenne avec l'Ukraine contre le bruissement de la monnaie dans les budgets des pays européens, de retour à la politique "business as usual" Et Porochenko s'en rend compte très bien. En fin des fins, ce fait a été confirmé par encore un des alliés de l'Ukraine au sein de UE, au fait, polonais ethnique, et, de plus, connaisseur de la langue ukrainienne - Donald Tusk. Le Président de l'UE a mentionné dans l'un des interviews avec les mass média polonais, que la position nettement pro-ukrainienne dans l'UE en question de la guerre russo-ukrainienne, est partagée seulement par la Pologne, les pays Baltes, la Suèdes et partièlement par la Grande-Bretagne. Il est évident, qu'en résultat du Brexit le rôle de Londres dans l'UE va diminuer progressivement. Ainsi, la Pologne se retrouvera à la tête de l'avant-garde de la position pro-ukrainienne, compte tenu de la dimension et l'importance du pays dans l'UE. Par ailleurs, les contraintes présentes dans les relations Bruxelle-Varsovie, suite à l'estimation de l'état de la démocratie en Pologne faite par l'Union Européenne, ne s'avèrent pas être favorables pour l'Ukraine. Mais, on change pas de géographie et géopolitique: Varsovie tiendra sa place d'un pays le plus influant de l'UE dans l'Europe Centrale et d'Est, avec laquelle il faut compter.

POLITIQUE HISTORIQUE ET CHANCE DE RECONCILIATION

Ainsi que le pouvoir polonais réalise activement la "politique historique", il est bien évident, que l'aspect complexe de l'histoire ukraino-polonais est très important pour Varsovie. Porochenko pendant son intervention dans le forum soulignait, que dans les relations entre les pays au cours de l'histoire on retrouvait non seulement les tâches noires, mais également les pages blanches des victoires communes.

"Nous avons eu des victoires remarquables - Bataille de Grunwald en 1410, Victoire sous Orcha en 1514, Libération commune de Vienne en 1683", -  Porochenko a mis accent sur les centaines d'années de l'histoire partagée et les réussites communes des peuples ukrainiens et polonais.

Toutefois, les polonais se montrent maintenant plus intéressés par une autre période de l'histoire, notamment par le massacre des polonais en Volhynie ou le génocide en Volhynie. Le Président Duda pendant la conférence de presse commune a informé sur l'initiative de la création de l'Institut de bon voisinage. L'un des buts duquel sera la recherche des justes parmi les deux peuples, qui sauvaient ses voisins de l'autre nationalité pendant la guerre. L'initiative est vraiment bonne, capable de donner un sens positif à la coopération des pays dans le cadre historique. Cependant, ce ne serait pas suffisant. La partie polonaise demande plus que cela, ce que Duda a affirmé après la visite de Porochenko. Dans le commentaire pour les média de masse polonais, il a indiqué qu'il s'adressait pendant assez longtemps à son homologue ukrainien Petro Porochenko, en demandant de prendre des "mesures concrètes", plus particulièrement, l'introduction des modifications dans les lois, selon lesquelles on honorait les commandants de l'UPA (l’Armée insurrectionnelle ukrainienne) étant , d'après lui des "criminels". Dans une conversation avec Kaczynski, Poroshenko, qui a duré deux heures au lieu de 40 minutes prévues, l’histoire, d'après la partie polonaise, était aussi un des principaux sujets des pourparlers.

La visite de décembre de Poroshenko a montré que la dynamique et le potentiel de la coopération entre les pays sont significatifs. Varsovie a réaffirmé sa solidarité avec l’Ukraine, à la lumière de l’agression russe et le désir de développer les relations dans les domaines économique, énergétique et militaire. Cependant, les problèmes sur le plan historique sont loin d'avoir disparu. Varsovie continuera à exiger de Kiev, une position claire au sujet des événements tragiques de Volhynie et l’acceptation de la responsabilité par les Ukrainiens. Mais Varsovie est-elle également prête à assumer une part de la responsabilité de ces événements tragiques ? Seul le temps nous le dira. Et si les parties ne trouvent pas un terrain d'entente, "Vremia" (JT russe "Temps ) nous le dira sur la Première chaîne de RosTV, mais sous l'angle avantageux pour Moscou d'après la formule: « où la lutte de deux, le troisième jouit ». Bien entendu, cela devrait être évité, et c’est le défi pour les élites et les politiciens des deux pays. Et c'est avec ce bagage de faits positifs et négatifs, nous entrons dans l’année prochaine.

Iuriy Banakhevitch, Varsovie

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