James Sherr, chercheur à l'Institut Royal des relations internationales (Chatham House, Royaume-Uni)
Le compromis avec la Russie réduira la sécurité de l'Ukraine et de ses droits fondamentaux
12.12.2016 12:05 160

En Ukraine sur l’invitation de la fondation d’Arseniy Yatseniouk «Découvre l'Ukraine» («Open Ukraine») a séjourné en visite le chercheur associé du Programme pour la Russie et l'Eurasie de l'Institut Royal des relations internationales «Chatham House» (Royaume-Uni) James Sherr. Avant sa rencontre-conférence traditionnelle il a répondu aux questions d'Ukrinform.

- Quelle sera la politique de l'Amérique après la victoire de Trump, le vecteur des relations avec l'Ukraine, s’est-il déjà profilé?

- L'équipe complète de Trump clairement déclarée n'a pas encore été présentée. Mais dans cette équipe il y a des gens qui sont responsables des relations plus étroites avec la Russie. Mais il y a également ceux qui considèrent la Russie comme un adversaire et même un ennemi. Aujourd'hui il est impossible de répondre précisément quelle sera sa politique. Plusieurs facteurs se voient toujours incertains. Mais il faut souligner que Trump est le premier président américain après la Seconde guerre mondiale qui soi-disant ne reconnaît pas la responsabilité de l'Amérique du maintien et de la défensede l’ordre mondiallibéral. Il soulignait toujours la priorité  des seulsintérêts des Etats-Unis. Il disait plusieurs fois que les problèmes de l'Europe devaient être résolus par l'Europe elle-même et non pas par l'Amérique. Dans sa vision les principales menaces de l'Amérique sont l’EIIL et la Chine. La question-clése pose : comment vont évoluer les relations entre la Russie et l'Amérique sur ce plan en tenant compte de ces facteurs. Et pour l’instant nous n’avons pas de réponse, parce que Trump bien des fois avait changé ses évaluations dans de différents domaines. Et je pense que la politique à l'égard de la Russie n'est pas encore déterminée. Il faut attendre et alors nous serons en mesure d'évaluer  qui dans son équipe est pour le soutien de l'Ukraine et qui est pour le rapprochement avec la Russie.

- Et si on évalue l'attitude de l'Angleterre et le gouvernement de Thérèse May envers l'Ukraine?

Sans l'Angleterre après le Brexit nous risquons de voir le modèle pan-européen avec la Russie comme partie centrale

- Historiquementl'Angleterre partait de l’idée de renforcer le modèleatlantique et perspectives en Europe. Sans l'Angleterre après le Brexit nous risquons de voir le modèle pan-européen, mais ce modèle pan-européen comprend la Russie comme partie centrale et l'Amérique comme partie externe. Le modèleeuro-atlantique comprend l'Amérique, en tant qu’acteur, disons, avec une positioncentrale. Malheureusement, sur ce plan le Brexit réduira le poids de la position de l'Amérique et du Canada en Europe, en fait, il réduira également la position de la Grande-Bretagne elle-même, et cela est bénéfique pour la Russie.

- Le cabinet de Thérèse May va-t-il chercher les liens avec la Russie?

- Je doute. Le cas est différent: quelle sera l’influence de la Grande-Bretagne en Europe? Je ne pense pas que l'image de la Russie dans l’esprit de la Grande-Bretagne changera. La position de la Grande-Bretagne à l'intérieur de l'Europe a été plus importante, mais au-delà, elle se verra beaucoup moins convaincante.

- En Europe il y a pas mal de gens qui disent souvent que nous devons chercher un compromis avec la Russie. Mais avouez que le «compromis» dans ce cas n'est plus qu'un stéréotype. Cette situation est mise à l'envers: on tente de nous refiler le Donbassbourré de l'armée régulière russe et des bandits. Est-ce que les élites ne comprennent pas que ce n’est pas une histoire de Kyiv avide qui veut contrôler le Donbass, mais une histoire de la Russie qui par le biais de cet ulcère tente de contrôler l'Ukraine?

Le seul but de la Russie est de procéder à la neutralisation et la vulnérabilité de l'Ukraine par l’intermédiaire du modèle inexistant de fédéralisme.

- Oui, c'est de la mythologie, parce que le seul but de la Russie est de procéder à la neutralisation et la vulnérabilité de l'Ukraine. Ainsi que de leréaliser par l’entremise du modèle de fédéralisme qui, sous la forme proposée par la Russie, n'existe pas dans le monde et qui ne donne pas à l'Ukraine les droits fondamentaux que l'Etat doit avoir: le droit de choisir ses partenaires étrangers et définir sa politique extérieure. Il est évident que tout compromis sur lequel insiste la Russie réduira la sécuritédes roitsfondamentauxde l'Etat. Le droit à la souveraineté et à l'indépendance de l'Ukraine. Mais la Russie ne diminuera jamais sa pression, elle gênerala construction de votre Etat en tant quecontrepoidsancredans n’importe quel domaine: militaire, politique, économique, sociale.

- Récemment Poutine par l’intermédiaire de l'Union des volontaires du Donbass qui s’est transformé en Union des volontaires des Balkans, a essayé de faire un coup d’Etat au Monténégro. La Russie a commencé à exporter vers l'UE non seulement la corruption, mais également des bandits comme ça. Et vous voyez, dans l'Ouest on danse le quadrille russe, on boit de la vodka russe et on s’embrasse avec l'ours russe. Pouvez-vous commenter cela?

L'Ouest même jusqu'à présent n'est pas capable de comprendre jusqu'au bout, ni contrôler ce qui se passe dans son espace.

- En utilisant le radar des services spéciaux russes, la Russie renforce ses alliésouvertset  invisibles. Ce faisant ce qui est frappant c’est que cet événement n'a pas été visible jusqu'au dernier moment. C'est un moyen d'influence et d'action de l'Etat russe, mais l'Ouest jusqu'à présent, ainsi que les autres Etats de la soi-disant zone grise, ne sont  pas en mesure de comprendrejusqu'au bout, ni contrôler ce qui se passe dans leur espace.

- Chez vous, à Londres, rend visite Cyrille, le patriarche de l'Église Orthodoxe Russe. Il bénit la guerre de la Russie contre l'Ukraine. À Londres, il est acueilli par les membres de la famille royale qui sont aussi présents à son service religieux.

- Le patriarche russeest l'un des piliers de la politique russe. Sa politique dans ce domaine dans les pays de la religion orthodoxe est forte.

Êtes-vous satisfaite de ma réponse?

- James, mais comment puis-je être satisfaite? C'est le patriarche Cyrille qui contribue à l'agression et sème en Ukraine l'instabilité, rend visite à Londres et les membres de la famille royale assistent à son service religieux en encourageant ainsi l'agresseurinhumain. Nous ne l'aimons pas ici.

- Mais est-ce j'ai dit que ça me plaisait?

Lana Samokhvalova. Kyiv

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