Anders Fogh Rasmussen, ancien Secrétaire général de l'OTAN, Conseiller du Président de l'Ukraine:
Maintenant, il est temps pour les alliés de l'OTAN d’octroyer à l'Ukraine des armes mortelles défensives
12.05.2017 09:45 139

Ancien premier ministre du Danemark, Secrétaire général de l'OTAN dans les années 2009-2014 Anders Fogh Rasmussen se trouve actuellement dans un avant-poste du club international des amis de l'Ukraine, tout en défendant les intérêts de notre pays dans les milieux politiques, d'experts et diplomatiques mondiaux.

Monsieur Rasmussen est le conseiller du Président de l'Ukraine pour les questions internationales. Il donne non seulement des conseils stratégiques comment Kyiv doit agir sur la voie des réformes dans les conditions de l'agression russe, mais également il soutient sincèrement l'Ukraine dans les réalités géopolitiques difficiles de l'ordre international qui a été détruit par le Kremlin.

Sa vision du présent et de l'avenir de l’intégration européenne et euro-atlantique de l'Ukraine Anders Fogh Rasmussen a présenté dans une interview exclusive au correspondant particulier d’Ukrinform à Bruxelles.

CERTAINES RÉFORMES EXERCÉES EN UKRAINE SONT DIFFICILES À RÉALISER DANS LES ÉTATS OCCIDENTAUX

- Monsieur Rasmussen, en tant que conseiller du Président de l'Ukraine pour les questions de la politique internationale, comment pourriez-vous évaluer le processus de réformes visant à la modernisation et la transformation de notre pays?

- Nous devons faire avancer le processus de réformes dans une perspective plus vaste. Au cours des trois dernières années les autorités ukrainiennes ont impulsé plus de réformes que pendant 23 ans prédents. Si l'on compare, quelle était l'Ukraine avant et est devenue aujourd’hui, c'est un progrès incontestable. Bien sûr, il reste encore beaucoup à faire. Mais nous ne devons pas oublier comment s’est transformée l'Ukraine pour un laps de temps relativement court.

- Mais tout de même, comment les autorités ukrainiennes doivent continuer à travailler afin d’accélérer l'efficacité des réformes? Quel est votre conseil politique et stratégique en la matière?

- Certaines de ces réformes sont impopulaires. Mais à terme, elles vont donner leurs fruits positifs spécifiques pour l'Ukraine et pour les ukrainiens. Ma meilleure recommandation pour le gouvernement ukrainien est de poursuivre le cap prévu, même si il n'est pas toujours simple.

À son tour, l'Ouest doit reconnaître les progrès de réformes en Ukraine et comprendre comment il a été difficile de réaliser certaines de ces réformes. Mieux que ça, certaines mesures qui ont déjà été prises par les dirigeants ukrainiens, sont difficiles à réaliser même dans les pays occidentaux. Il s’agit, par exemple, de l'ouverture des bases de données sur la propriété des actifs. En Ukraine elles sont plus transparentes qu'en Europe Occidentale.

 Aussi, nous voyons déjà des résultats positifs en matière de libéralisation de visas. Mais l'Union européenne doit poursuivre cette poussée de l'intégration européenne. Prochaine étape possible doit être l’octroi d’une perspective européenne (à l'Ukraine de devenir membre de l’UE - éd.), ainsi qu'une plus profonde intégration avec l'UE. Cela va garantir des résultats positifs tangibles pour nos sociétés.

L'OTAN DOIT OCTROYER À L'UKRAINE DES ARMES DÉFENSIVES

- Quelle est votre opinion sur un partenariat spécifique entre l'Ukraine et l'OTAN, le dialogue politique et la coopération pratique entre les parties? En effet, cela revêt une importance particulière lorsque l'Ukraine résiste à l'agression russe.

- Le partenariat spécifique OTAN-Ukraine fêtera cet été (le 9 juillet -éd.) son 20ème anniversaire. Ces relations sont solides et progressent au moyen des travaux de la Commission OTAN-Ukraine.

L'Ukraine est le seul partenaire de l'OTAN qui prend part à toutes les opérations et les missions dirigées par l'OTAN. À son tour, l'OTAN soutient le renforcement des capacités de l'Ukraine à se défendre. Il est bien clair et évident que l'Ukraine est l'un des partenaires les plus fiables de l'OTAN et que notre fidélité à l'appui de l'Ukraine face à l'agression russe est indéfectible.

- Toutefois, est-ce que les pays de l'OTAN doivent coopérer davantage avec l'Ukraine dans le domaine militaro-technique afin d'aider notre pays à se protéger de la Russie?

- Je suis bien convaincu que le temps est venu pour les pays de l’OTAN, notamment pour les États-Unis, d’octroyer à l'Ukraine des armes mortelles défensives. Cela va avoir un effet de dissuasion envers les forces armées qui sont soutenues par la Russie.

Je maintiens également la position afin que les États-Unis octroient à l'Ukraine un statut particulier, soi-disant «d’un allié principal» (MNNA) en dehors des membres de l'OTAN. Cela ne va pas donner de garanties de sécurité pour l'Ukraine, mais va garantir l'accès à certains types d'armes, ainsi que, plus important encore, cela va devenir un puissant signal pour la Russie en matière d'engagement de Washington à l'égard de l'Ukraine.

Si un statut particuler d’un allié principal, en dehors des membres de l'OTAN sera octroyé à l’Ukraine, cela signifierait également de la part de Washington le soutien à l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN et l’irrévocabilité de cette perspective.

LES ETATS-UNIS DEVRAIENT ADHÉRER AU FORMAT DE NORMANDIE

- Est-ce que vous croyez que le format de Normandie et le processus de Minsk sont des instruments politiques et diplomatiques efficaces pour garantir la paix, la stabilité et la sécurité de l'Ukraine, la restauration de l'intégrité territoriale de notre pays?

- «Minsk» est le meilleur format pour la rétention de Poutine à la table des négociations. Cependant, je suis sceptique à ce que Moscou envisage le format de Minsk comme un vrai instrument pour la résolution du conflit dans l'est de l'Ukraine. C'est plutôt une piste pour l’impatronisation des partisans russes dans la région.

Je suis convaincu que la meilleure option est de maintenir les partenaires normandes, mais également avec la participation des États-Unis aux négociations. Il faut avoir une définition claire et nette des progrès à aboutir et surtout leur calendrier.

LES ÉTATS-UNIS ET LES ALLIÉS DOIVENT AIDER L'UKRAINE À RAVOIR LA CRIMÉE

- L'Ukraine est également à la recherche d'un format international eu égard à la Crimée occupée du fait que «Minsk» n'aborde pas ce problème. Quel est votre point de vue à propos de la réintégration de la péninsule ukrainienne à l'ordre constitutionnel de l'Ukraine?

-En 1940, le Secrétaire d'État des États-Unis a promulgué la Déclaration de Wales qui condamnait l'occupation des pays Baltes et rejetait la reconnaissance de leur annexion par l'Union Soviétique. Aujourd'hui, nous devons prendre des engagements similaires et ne jamais reconnaître la péninsule de Crimée comme un territoire russe.

Les États-Unis et les alliés doivent agir plus activement pour ramener la Crimée à l'Ukraine.

L'occupation illégale de la Crimée est devenue un moment déterminant pour les relations de l'Ouest avec la Russie. Ces relations ne reviendront pas au niveau, quand, comme rien ne s'est passé (business as usual - éd.), jusqu'à ce que la Russie continue l'occupation de la partie du territoire ukrainien.

Cependant, la Russie ne va pas rendre la Crimée si simplement. Je suis convaincu que les États-Unis doivent prendre une position bien active et ferme vis-à-vis de la Russie.

- Pensez-vous que la pression sur la Russie est adéquate et suffisante pour convaincre le Kremlin de respecter le droit international dans un monde civilisé?

- Non. Je crois que nous devons augmenter le prix pour la Russie pour son agression persistante contre l'Ukraine. Aussi, il s’agit du soutien par la Russie du régime Assad en Syrie et son intervention dans le processus d'élections démocratiques dans nos pays.

L'UE aura la possibilité d'envoyer un message (à la Russie - éd.), quand elle va prolonger les sanctions contre la Russie en juin prochain. Je maintiens la position que les mesures restrictives doivent être prolongées pour la période de douze mois, et non pas pour la période de six mois comme cela se fait maintenant. Ces mesures doivent également inclure les sociétés et les individus qui ont été trempés dans la confiscation des actifs ukrainiens à l'est. Cela pourrait assurer un minimum d'effet de ce que l'UE doit durement déclarer à Moscou.

 LA POSITION UKRAINIENNE DANS LA COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE DES NATIONS UNIES EST INSURMONTABLE

- L'Ukraine a déposé une plainte à la Cour Internationale de justice des Nations Unies à la Haye afin de traduire Moscou en justice pour ses crimes commis dans le Donbass et en Crimée, y compris le financement et le soutien du terrorisme. Objectivement, à ce stade, il n’y pas encore de jugements officiels à cet égard. Mais il y a beaucoup de déclarations politiques évidentes que la Russie sponsorise et parraine le terrorisme. Quelle est votre opinion à ce sujet?

- L'Ukraine a présenté de lourdes inculpations dans la Cour Internationale de justice qui montrent que la Russie avait violé la Convention Internationale de 1999 sur la lutte contre le financement du terrorisme. Je suis convaincu que la position ukrainienne est insurmontable et nous attendons maintenant le verdict de la Cour.

Cependant, en dépit de la décision de la Cour, personne ne peut réfuter le fait que la Russie soutient la violence à l'est de l'Ukraine et continue de violer les droits de la minorité criméenne en Crimée. Cela doit être pris en compte par toutes les organisations internationales.

- Monsieur Rasmussen, comment pourriez-vous évaluer la politique agressive et l'influence destructive de la Russie sur l'Europe qui a pour but de déstabiliser et affaiblir l'UE et l'OTAN?

-La Russie cherche à torpiller deux principales bases de l'architecture de sécurité de l'après-guerre en Europe: l'UE et l'OTAN.

L'armée russe des trolls sur internet, des médias d'information, le financement des partis politiques marginaux en Europe, c'est une partie de la tactique de la guerre hybride de la Russie en Europe, dans laquelle Moscou utilise la transparence des sociétés occidentales.

À l'Ouest, nous faisons face à de nombreux défis, mais les actions de la Russie les provoquent et utilisent pour la diffusion de la peur et de l'impuissance.

L'UE et l'OTAN doivent lutter contre la propagande russe, notamment en résistant à une armée de trolls. Nous devons également redoubler nos efforts pour résoudre les problèmes dont la Russie fait abus, par exemple, en ce qui concerne la crise de migration.

- Le 25 mai, les dirigeants des pays de l'OTAN vont se réunir au sommet à Bruxelles afin de discuter l'avenir de l'OTAN face à de nouveaux défis de sécurité. Comment voyez-vous l'avenir de l'OTAN, organisation politique et militaire la plus efficace dans le monde?

- Je suis convaincu que cette réunion sera couronnée de succès et va adopter deux principales déclarations. Primo, le Président Trump doit confirmer l'engagement strict des États-Unis en terme de l'article 5 du traité de Washington sur l'OTAN. Secundo, les alliés européens doivent montrer des progrès substantiels dans la réalisation de l'affectation de 2% du PIB pour les dépenses de défense de l’OTAN jusqu’à 2024. Ces deux facteurs vont permette de renforcer l'OTAN, de garantir l'unité et d'envoyer un message très vigoureux à Moscou.

Andriy Lavreniouk, Bruxelles.

Rubriques

L'Agence

Information importante : toute utilisation de données ou informations du site «ukrinform.fr» sur internet nécessite de citer ukrinform.fr et d’indiquer via un lien comment consulter la source de l’information. Toute utilisation de données ou informations du site «ukrinform.fr» dans le cadre d’une publication destinée à l'impression nécessite une autorisation écrite de l’équipe d’ukrinform.fr. Les publications présentées comme des «publicités» relèvent du domaine de la publication.

© 2015-2017 Ukrinform. Tous droits réservés.

La conception de site — Studio «Laconica»
Recherche avancéeMasquer la barre de recherche avancee
Par période:
-