Michał Boni, Député du Parlement Européen: la Russie a fait du faux un instrument de la politique
La Russie est le pays le plus actif qui fait la première guerre d’informations tellement organisée dans le cyberespace, surtout en Ukraine.
12.06.2017 16:53 94

Entre autres choses, dans le cyberespace les Russes exercentphysiquement une influence sur les relations polono-ukrainiennes. Telle estl’évaluationde la situation parMichał Boni, Député du Parlement européen, vice-chef de la délégation pour la coopération parlementaire avec l'Ukraine, ancien ministre de l'administration et de la mise en application des technologies numériques du gouvernement polonais, qu’il a présentée dans son interview à Ukrinform.

DES TRACTSLANCÉS DEL’AVION AUX GUERRES D’INFORMATIONS

- L'année dernière a été très importante dans le contexte de l’utilisation du cyberespace pour diverses activités illégales, notamment en matière de conduite des guerresd’informations. Quels sont les défis généraux qu’on observe actuellement dans le domaine de la cybersécurité?

      

      

L'UE prépare actuellement une nouvelle stratégie pour la cybersécurité qui prévoit la coopération interétatique

- La première chose sur laquelle nous devons porter l’attention, c'est la cybercriminalité ordinaire contre l'individu concret. Plus nous utilisons des outils numériques, plusles menaces sont importantes pour nous. Elles portent sur la sécurité de nos données etde notre argent. Le commerce illégal, la vente de drogue, le vole de l'argent des comptes bancaires font environ 400-450 milliards d’euros par an. Ce montant est énorme. En raison de la grande échelle des défis, nous devons mettre en œuvre de différents systèmes de sécurité. L'Union européenne prépare actuellementune nouvelle stratégie pour la cybersécurité, mais du fait que les défis numériques n’ont pas de frontières, alors la coopération interétatique est fort nécessaire.

Secundo, il appartient de prêter attention aux plus grandes menaces telles que l’application des logiciels malveillants de type Ransomware ou WannaCry lorsque les attaquants forçaient les utilisateurs à payer pour déverrouiller les dispositifs électroniques infectés par des virus. Plus de bitcoins il y a sur le marché (monnaie électronique), plus il est facile d’effectuer sur le marché les opérations de ce type. Il y a quelques semaines nous avons eu affaire avec cela dans le monde entier, quand tout à coup il est apparu que plus de 200 milled’ordinateurs dans 150 pays étaient la cible de la cybercriminalité, notamment une partie du système de protection de la santé de la Grande-Bretagne. Dans le domaine de la cybersécurité beaucoup dépend de l'analyse des différents risques tant au niveau des grandes et petites sociétés, que des utilisateurs individuels.

- Que faut-il savoir?

- Nous devons tous être conscients de la nécessité de changer les noms d'utilisateur et les mots de passe, il faut désactiver complètement des moyens électroniques, ne pas réagir à diverses provocations. Par exemple, il n'y a pas longtemps j’ai reçu une lettre de la Commission européenne eu égard à ce qu'elle voulait quelque chose de moi, et cela sans un nom et prénom spécifique du fonctionnaire. J’ai tout de suite jeté cette lettre au panier.

Mais il y a encore un troisième élément. Nous vivons au moment des cyberguerres. En plus de vol de données des ordinateurs etde la sécurité, il y a aussiune guerre d’informations bien organisée qui utilise des outils numériques. En règle générale, il s’agit de paralyser certains systèmes de gestion, par exemple des systèmes d'énergie etc.

- Comme ce fut le cas de l’Ukraine...

- Oui, comme en Ukraine il y a deux ans (une cyberattaqueen décembre 2015 aux systèmes informatiques de contrôle dans la salle de commande de «Prykarpattyaoblenergo» à l’aide du programme troyen BlackEnergy - Ed.), comme ce fut le cas auparavant avec le système bancaire estonien et ainsi de suite.

Aujourd'hui, nous avons affaire à une guerre d'informations qui se déroule tout différement par rapport à ce que nous avons eu il y a plusieurs décennies. Autrefois, on lançait des tracts de l’avion...

INTERNET EST CAPABLE DE CONVERTIR DES ÉVÉNEMENTS DE PEU D’IMPORTANCE EN CEUX EXTRÊMEMENT IMPORTANTS

- Et maintenant les «tracts» sur Internet influencent les élections aux Etats-Unis, en France...

- Oui. Comme dans le cas de vol de courriels au cours de la campagne présidentielle en France, où une partie du matériel était fausse. Parmi des vrais courriels il y avait de ceux faux d’où venaient des informations, par exemple, qu’Emmanuel Macron censémentaurait ordonné de la drogue et demandé de l’amener au bâtiment du Parlement. Aujourd’hui,il y a des possibilités techniques de faire une fausse lettre et de la mettre dans unpaquet de correspondance d'une autre personne, puis organiser une fuite sur Internet et dire que cette personne a quelque chose sur sa conscience. Et cela a été habilement fait pendant les campagnes électorales en France et aux Etats-Unis et se fait tout le temps en Ukraine.

La Russie fait en permanence une cyberguerre en Ukraine, et il faut en parler franchement

- Et tout cela se fait par le même pays...

- La Russie fait en permanence une cyberguerre en Ukraine, et il faut en parlerfranchement. La Russie a pas mal d’outil bien avancés pour cela. Moscou, parmi les premiers, a créé une fabrique de trolls qui invententdes différents événements et puis ils les commentent. Auparavantun fait a été analysé: un fauxqui est créépar un troll et qui est diffuséactivement sur Internet, en 48 heures devient le plus public et est commenté par le président d’un certain pays. Autrement dit, s’effectue la gestion de la politiquece qui est très dangereux. Les trolls sont bien payés, ils ont beaucoup de visages. Je le vois bien sur les «hates» (language de haine) chez moi dans les réseaux sociaux. Par exemple, dans mon twitter je vois que quelqu'un écrit quelque chose sur moi et que cette personne n'a que quatre personnes qui le suivent. Hier ou avant-hier ces personnes écrivaient activement sur Twitter à quelqu'un d'autre.

Des fausses nouvelles fonctionnent aujourd’hui comme un modèle d'entreprise bien rentable. Par exemple, les Macédoniens gagnaient de l'argent sur la création du contenu dans lequel le mensonges’associait à la vérité (programmeurs macédoniens de la ville de Veles ont fait l'année dernière des messages informationnels dans l'intérêt de la campagne de Donald Trump - Ed.).

Bien sûr, aujourd’hui tout le monde devient plus prudent et par l'intermédiaire du fact-checking vérifie l'authenticité des informations qui sont mises en circulation sur Internet.

- Mais les Russes en termes de propagation de la désinformation sont inégalés.

- À mon avis, la Russie est le pays le plus actif qui fait la première guerre d'informations tellement organisée dans le cyberespace.

Mais les Chinois tentent aussi de travailler dans ce sens. Quand ils ne voulaient pas laisser entrer Facebook dans l’espace d’information de leur pays, ils ont créé un réseau social alternatif Weibo qui compte plus de 400 millions d'utilisateurs. Certains de ces utilisateurs et leur activité sur Internet ont été payés par les fonds publics. S'il était nécessaire d'activer une opinion anti-japonaise, ils recevaient une directive de mettre en circulation un jour spécifique des informations de tel ou tel contenu. Et puis on soulignait que la société réagissait activement à certains événements. C’est également un mode de manipulation payée.

Les volumes d’influence, la création d’une tension émotionnelle sur Internet sont beaucoup plus importants que dans la presse écrite, la télévision et la radio

Dans le cas de la Russie, c’est une tentative d'influencer l'opinion des gens. Au Royaume-Uni cela a eu lieu avant le référendum sur sa sortie de l'UE, en France lors des élections,aux Pays-Bas  avant le référendum sur l'accord d'association de l’Ukraine avec l'UE. Contrairement à d'autres canaux de communication, un message sur Internet enpremières 10 minutes peut avoir des milliers d’utilisateurs des informations et en quelques heures - des millions. Par conséquent, les volumes d’influence, la créationd’une tension émotionnelle sur Internet sont beaucoup plus importants que dans la presse écrite, la télévision et la radio. Les médias ont les éditeurs et rédacteurs qui déterminent la fiabilité d’une information spécifique. Par contre, sur Internet ilest difficile de contrôler la fiabilité des informations, concernant le fact-checking,c’est seulement aujourd’hui qu’on commence à en parler. Il ne s’agit pas de l'introduction d'une certaine forme de censure, mais la vitesse de diffusion de l'information et de son impact est énorme, et il faut faire attention à cela.

Je n’ai aucune illusion que derrière des différentes manifestations anti-polonaises en Ukraine il y a de l'argent russe

En Russie, en attaquant ou affectant les personnes avec des informations, on vise à réduire l'autorité et la crédibilité du gouvernement ukrainien, du président, tout en essayant de présenter à lumière la plus négativeles actions des Ukrainiens à l’Est de l’Ukraine.

Les Russes influencent aussi de manière très active physiquement et dans le cyberespace les relations polono-ukrainiennes. Je n'ai aucune illusion que derrière des différentes manifestations anti-polonaises en Ukraine il y a de l'argent russe.

- Vous pensez, entre autres, à un tir d'un lance-grenades sur le Consulat Général de Pologne à Loutsk età une incendie volontaire d’une école polonaise à Mostyska?

- Exactement. Je pense que nous devons d’en être conscients. Il ne s’agit même pas du fait de l'incendie criminel de l'école, mais plutôtde ce qui se faitensuiteautour de cet événement par des tweets ou des posts de Facebook et comment cela est interprété. Si ce type d'événement aurait pu avoir lieu il y a 20-30 ans, alors cela serait mentionné sur la dixième page du journal et n’aurait pas de telle publicité. Par contre, aujourd’hui l'Internet est un outil qui relève des événements de peu d’importance jusqu’au niveau des événements extrêmement importants dans le but d'attiser les émotions diverses dans la société. Et c’est pourquoi, en fait, que je dis franchement que derrière cela il y ades Russes parce qu'ils veulent que les relations entre l'Ukraine et la Pologne soient mauvaises et que l'Ukraine ne soit pas capable de se transformer.

L'UE DOIT FAIRE FACE PLUS ACTIVEMENT AUX CYBERMENACES DE LA PART DE LA RUSSIE

- Aujourd’hui nous sommes en état de guerre d'informations. Que, dans ce cas, faut-il savoir et faire?

- En matière de fonctionnement des infrastructures critiques, il faut avoir une bonne cyberdéfense avec une possibilité de restaurer rapidement le système en cas d'apparition de divers problèmes. La société doit être constamment conscientede la présence des menaces dans le cyberespace etformerparmi les utilisateurs ordinaires, dans les entreprises et les institutions publiques le sens des responsabilités. Il devrait également mettre en oeuvre de diverses solutions techniques, telles que la technologie «security by design» - qui prévoit dans le dispositif des différents éléments de la sécurité dès le début - le codage et le cryptage, afin que personne ne puisse entrer dans le dispositif. Ces décisions, ainsi que d'autres nous donnent plus de sens de la sécurité.

Dans le domaine de la guerre d'informations, nous devons nous assurer de la fiabilité des sources d'information qui sont disponibles au public.

- A quel niveau?

- À tous les niveaux. Les propriétaires de médias doivent contrôler si les informations qu'ils transmettent ensuite sont sûres ou pas. Il est clair que les médias publics doivent y penser, les médias sociaux doivent y penser également. Mais pas en version que le gouvernement allemand applique aujourd'hui. À Berlin il y a pas mal de gens aujourd'hui qui veulent une réaction rapide à l'apparition de fausses informations sur Facebook, c’est-à-dire son annulation. Sinon, le diffuseur de fausses informations risque d’avoir des pénalités importantes. La réaction à des informations non vérifiées et fausses doit être maximum éclair. Nous devons également renforcer l'influence des sources d'information fiables. Cette «poubelle d'information» fonctionnera encore pendant un certain temps, mais au fil du temps les gens apprendront à y résister car ils cesseront de faireconfiance aux sources douteuses. Etpour qu’ils cessent d’y faire confiance, nous devons, pour notre part, montrer que ceci ou cela est faux, c’est-à-dire, la réaction doit être immédiate et décisive.

L'UE devrait être plus active en matière de guerre d'informations. Ces actions doivent être plus coordonnées, étant donné que la Russie est l'un des pays les plus agressifs dans la guerre d'informations

- Dans les pays de l'UE ont été créées des unités visant à monitorer l’apparition de la désinformation...

- Au sein de la Commission européenne il y a un département qui effectue le monitoring de l’espace d’informations en termes d’apparition de la désinformation. Dansl’UE les débats se poursuivent actuellement. Pour autant que je sache, le vice-président de la Commission européenneMadame Federica Mogherini veut réduire le financement de cette unité, tout en estimant que les fonds sont nécessaires pour quelque chose d’autre. Je pense que c’est une erreur et nous continuerons à nous débattre pour que le financement visant à détecter la désinformation ne diminue pas.

A Bruxelles, il y avait une vision que les pays de l'UE devraient s’y embrayer activement. Mais, excepté l'Allemagne, d'autres pays ne manifestent pas pour l’instant une activité importante. Cette question est très importante, car lesgouvernementsde nombreux pays ne réalisent pas pleinement cette menace. L'année dernière a montré une échelle significative de cette menace.Le Brexit, les élections présidentielles aux États-Unis et en France. C’est pourquoi les Allemands craignent que quelque chose de semblable puisse leur arriver avant les élections d'automne.

- Est-ce que l'UE devrait punir la Russie pour sa cyberguerre et désinformation agressive contre certains pays européens? Autrefois, a été sur le tapisun concept de déconnection de la Russie du système des paiements bancaires SWIFT. Peut-être, le moment est venu pour revenir à cette question?

- Les sanctions contre la Russie fonctionnent. Au sein de l’UE on voit actuellement une luttecontre la levée des sanctionssous réserve de la position des États-Unis légèrement modifiée. Officiellement, le président Trump dit que les sanctions seront prolongées, mais en réalité on ne sait pasce qu'il va faire. C’est pourquoi, il est important de garder les sanctions et vérifierconstamment comment elles fonctionnent. La déconnection du système SWIFT est un levier très important car il bloque tous les transferts bancaires. La question est de savoir si cette déconnection devrait toucher toute la population de la Russie ou personnellement certains individus. L'UE ne veut pas imposer des sanctions contre les Russes ordinaires qui ne sont pas responsables de l'agression contre l'Ukraine. Poutine ne réagira pas à des sanctions lorsque les Russes ordinaires vivront de mal en pis, les gens ordinaires ne l’intéressent pas. Par conséquent, il faut penser comment cela fonctionnera.

Mais, sans aucun doute, l'UE devrait être plus active en matière de guerre d'informations. Ces actions doivent être plus coordonnées, étant donné que la Russie est l'un des pays les plus agressifs dans la guerre d'informations.

Yuriy Banakhevych, Varsovie

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