James Bezan, Ministre fantôme de la défense du Canada
L'isolement et les sanctions sont les plus forts messages que nous pouvons envoyer à Poutine
22.04.2017 14:49 348

L’année 2017, même si on n’est qu’en mois d’avril, s'est montrée riche en événements en matière de relationsukrai+no-canadiennes. En seulement quatre mois a été annoncé le prolongement de la mission d'entraînement militaire en Ukraine UNIFIER, on a signé un accord de défense et a presque lancé une zone de libre-échange. D'autre part, dans la question des livraisons d’armes à l'Ukraine le progrès pour l’instantest minime, ainsi que dans l'élargissement des sanctions contre la Russie. Tous ces sujetsl’Ukrinform a discuté avec James Bezan, député du parlement fédéral du Canada du parti Conservateur d’opposition qui dans le gouvernement fantôme occupe le poste de ministre de la défense.

LE CANADA DOIT FAIRE PLUS POUR L'UKRAINE

- Ces derniers temps, dans la coopération canado-ukrainienne ont eu lieu plusieurs événements importants. Comment pourriez-vous qualifier les relations actuelles entre nos deux pays?

- En général, elles se développent. Finalement a été prise une décision de prolonger la mission UNIFIER. Il fallait le faire plus tôt, mais mieux vaut tard que jamais. À dire la vérité, je m'attendais à une extension du mandat de la mission, mais il est resté inchangé. En outre, après un long retard le gouvernement a finalement signé un accord de coopérationde défense entre le Canada et l'Ukraine, donc, dans cette question il y a également des progrès. Nos relationsplus approfondies dans le domaine de la défensenous permettront d’effectuer plus d'exercices et d'échangesbilatéraux, ainsi que de partager plus de renseignements. Tout de même, je voudrais voir une aide plus importante de la part du Canada dans la réforme de l'Ukraine.

- Vous avez mentionné un Accord de coopération de défense entre le Ministère de la défense de l'Ukraine et le Ministère de la défense nationale du Canada et les Forces armées du Canada qui a été signé au début du mois d'avril. En êtes-vous satisfaits?

- Je n'ai pas encore eu l'occasion de voir le document final, mais je veux le faire pour m'assurer que toutes les préoccupations de l’Ukraine sont prises en considérations dans cet accord et que tous les détails dont nous avons parlé dès le début sont prévus, puisqu’une part importante des négociations a été tenue sous le gouvernement précédent. Il fallait signer cet accord au moins l’année dernière, mais la formalisation définitive des relations est un pas dans la bonne direction. Il est important de laisser une possibilité pour approfondir la coopération dans ce domaine: la livraison d'armes et d'équipement, la tenue d'échanges de militaires,d’officiers, etc. pour que les relations entre le Canada et l'Ukraine soient plus intégrées. Pour moi, c'est là que je vois la clé du succès durable de l'Ukraine. Votre pays s'efforce de passer aux normes de l'OTAN et donc, l'opération d'UNIFIER l’aide à y aboutir, toutefois, notre accord de défense a constaté l’empressement du Canada de contribuer à l'intégration de l'Ukraine dans l'OTAN, ainsi qu’à la modernisation de son armée. Dans le même temps, nous avons eu la possibilité de tirer des leçons de ce qui se passe dans le Donbass.

 Фото: Максим Наливайко

- En dépit du fait que l’Accord a finalement été signé, l'Ukraine, tout de même, n’est pas encore inscrite dans la Liste de contrôle automatique des pays pour les armes à feu (Automatic Firearms Country Control List) qui détermine les pays pour lesquels le Canada permet à ses fabricants de fournir des armes. Par conséquent, l'Ukraine est sous l'embargo d’armes du Canada. Pourquoi?                                                                                                      

- Ilest temps de changer cela. La Russie renforce ses positions dans le Donbass, en massant là-basde l'artillerie et des armes. Les arrangement de Minsk ont échoué, les rebelleset les militaires russes continuent de les ignorer. C’est pourquoi je plaide en faveur de l’inscription de l'Ukraine dans cette liste etde l'ouverture pour votre pays de l'accès au marché canadien des armes. De plus, avant la conclusion de contrats, j'encourage le gouvernement du Canada de commencer les livraisons d’armes défensivesnécessairesà l'Ukraine: desfusil de précision,des systèmes antiartillerie et antichar etc. pour que l'Ukraine puisse mieux protéger son territoire souverain et son peuple.

- Une autre question c’est des images satellitaires RADARSAT que le Canada a cessé de fournir à l’Ukraine il y a plus d'un an. Est-ce que cette décision sera réconsidérée?

                                                                                                          

- Le problème provient de la volonté du gouvernement de Trudeau à normaliser les relations avec la Russie. C'est pour ça qu'ils ne veulent pas fournir à l’Ukraine des armes mortelles et ont annulé le transfert à votre pays des images satellitaires. D'ailleurs, dans le texte del’Accordil y a un paragraphe sur l'échange de renseignements ce que justement représente RADARSAT. Ces images ont été très importantes pour l’armée ukrainienne.

 Фото: Максим Наливайко

-Votre collègue au parlement Tony Clement se plaint que son téléphoneest mis sur écoute par la Russie. Avez-vous des craintes pareilles?

- Oui. Quand j’ai été en Ukraine (pas les dernières fois, mais avant), mon téléphone était cassé. Je ne sais pas qui était derrière tout cela: les suppôts de Yanoukovitch ou bien les russes. Maintenant, j’ai eu plusieurs cas de mise sur écoute au Canada, et j’en soupçonne la Russie ou la Chine. Pour me protéger, j’ai changé les règles de maniement avec mes périphériques personnels, en faisant des appelsimportants uniquement depuis le téléphone fixe. Sur mon ordinateurpersonnel je n’écris que des e-mails à mes amis et à mes proches, et pour tout le reste j’utilise les réseaux sécurisés.

- Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont déclaré des atteintes de la Russie à leurs plébiscites. Pouvez-vous être sûr que ce n’était pas le cas avec le Canada?

                                                                                                

- Je ne connais aucune preuve de son ingérence dans nos dernières élections. Cependant, nous devons être très vigilants. Les services de renseignement et les autorités du Canada sont très préoccupés des actions de la Russie non seulement en matière de propagande, mais également de tentatives de s’ingérer dans nos processus démocratiques. Regardez le fiasco aux États-Unis, le Canada n'en a pas besoin! Nous n'avons pas besoin de la situation quand les gens pourraient douter de notre démocratie et penser qu’un je-ne-sais-quelpays à l'autre bout du monde puisse l’influer.

- Donc, le Canada est vulnérable devant ces cyberattaques?

- Tous sont vulnérables, surtoutvu lescampagnes désinformatriceset la puissance des médias sociaux. La cyberguerre c’est plus que le piratage informatique. C'est aussi des faitsalternatifs quinientplausiblement certains événements qui ont eu lieu à l'étranger ou dans notre propre pays. Les technologies internet (médias sociaux et d'autres moyens) donnent la possibilité d'influencer les électeurs, nuire aux systèmes d'information et voler des données personnelles pour les utiliser contre nous. Les événements aux États-Unisl’illustrent carrément. Il convient de prêter attention aux relations de Wikileaks avec la Russie et d'autres pays. Les sources de Wikileaks ont d'incroyables possibilités de piratage et de vol des données personnelles et e-mails.

LA PROPAGANDE DE LA RUSSIE EXIGE UNE RIPOSTE

- Alors, est-ce que la propagande russe représenteune menace pour les canadiens?

- Oui. Tant que que la Russie mettra en circulation des faits alternatifs, nous sommes tous en danger. Le Canada et ses alliés doivent jouer un rôle plus important dans le déboulonnement des campagnes propagandistes qui sont faites par «RT», «Sputnik» et d'autres médias contrôlés par la Russie. Ils essaient de faire leurs matériaux approchant desvraiesnouvelles, bien que beaucoup de leurs messages sont de la propagande gouvernementale qui soutient Poutine et son régime.

LES OREILLES DU KREMLIN ET DE TÉHÉRAN SE MONTRENT DANS TOUS LES CONFLITS

- Le ministre précédent des affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion, a eu des approches assez singulièresen matière de politique étrangère. Maintenant c’est Chrystia Freeland qui l’a remplacé. Quelle est la différence entre leurs approches de travail?

- Chrystia Freeland plaidait depuis longtemps en faveur du soutien de l'Ukraine. Comme à moi, Poutine lui a interdit l'entrée en Russie. J'espère qu'elle continuera à suivre le même cours. En ces temps derniers, elle est devenue plus diplomatique dans ses paroles, mais le plus important c’est de défendre ses principes et de prendre des mesures nécessaires contre de telles personnalités, comme Assad, Rouhani, Poutine. Il faut agir pour arrêter les envahissements et contribuer à la résolution des conflits en quoi la Russie n’a pas du tout de confiance. Il faut changer le rôle de la Russie en Ukraine et en Syrie, ainsi que l'influence de Moscou sur la Moldavie et la Géorgie. Le Kremlin flirte avec le régime iranien et met en danger la stabilité de tout le Moyen-Orient, en effet, parce que ses oreilles et celles de Téhéran se montrent dans tous les conflits: syrien, yéménite, irakien. Je suis convaincu que la ministre Freeland agira correctement, surtout en ce qui concerne le soutien de «l'acte Magnitskiy» qui a déjà été approuvé par le Sénat.

LE CANADA NE SERA JAMAIS UNHAVRE DE PAIX POUR LES POURRIS

- Quelle est votre position concernant ce projet de loi?

- La veille des dernières élections parlementaires fédérales, tous les partis ont promis de le soutenir. Voilà déjà un an et demi révolus, mais la loi n'est malheureusement pasencore adoptée. Il aurait octroyé au gouvernement les mécanismes nécessaires pour imposer des sanctions sur les fonctionnaires étrangers corrompuset les violateurs des droits de l'homme. Il faut le faire le plus rapidement possible.

- Que dira au monde l'adoption par le Canada de «l’acte Magnitskiy»?

- La loi va donner un message clair à la Russie, à l'Arabie Saoudite, à la Chine et à d'autres pays où il y a des violations des droits de l'homme: tant que vous resterez corrompus, priverez de la liberté et ne respecterez pas les droits de vos citoyens, le Canada fera toujours des efforts pertinents. Notre gouvernement ne sera jamaisun havre de paix pour la dissimulation de fonds et va joindre la longue liste des États qui s'opposent aux dictateurs et despotes qui détournent les pouvoirs.

LES SANCTIONS CONTRE LA RUSSIE DOIVENTÊTRE RENFORCÉES

- Vu les événements tragiques en Syrie, surtout en matière d’utilisation des armes chimiques, convient-il d'étendre les sanctions contre la Russie?                                                                                             

- Sans doute! L'utilisation par la Russie de son droit de veto au Conseil de sécurité lors du vote de la résolution sur la Syrie est une gifle à la morale. La Russie n'a même pas permis de mener une enquête à l'ONUsurcet incident. C'est incroyable! Cela témoigne du fait que le Kremlin dissimule les violations des droits et des libertés des personnes et veut priver le peuple de la Syrie de la justice. Cela indique également un problème plus vaste: l’atteinte par la Russie des bases de l'ONU.

- Dans ce cas, qu’est-ce que vous pensez d’un récent coup par les États-Unisavec des missiles de croisière sur la base aérienne en Syrie?

-Cet acte du président Trump a été tardif. Je suis convaincu, que si Obama faisait quelque chose de similaire, en cernant en son temps une ligne rouge en matière d'utilisation d'armes chimiques en Syrie, nous n'aurions pas l'offensive russe en Crimée et le conflit dans le Donbass, et la Russie ne soutiendrait pas le régime d'Assad.

- Toutefois, étape par étape, la Russie sort de l'isolement: en mois de mai à Moscou effectuera un bref séjour Angela Merkel, cette semaine la visite de Shinzo Abe. Est-ce que c’est une bonne politique de renforcer le dialogue avec la Russie?

- Chaque fois que nous tentons d'impliquer la Russie, ils pensent que les conversations signifient notre incapacité de prendre des mesures spécifiques contre eux. L'isolement et les sanctions sont les plus forts messages que nous pouvons envoyer à Poutine et cleptocrates qui l'entourent dans le Kremlin. Pour satisfaire son propre ego, Poutine doit être une personne visible sur la scène mondiale. Cependant, une fois que le monde vacommencer à l'ignorer, il va changer de tactique. Poutine considère la réconciliation comme une faiblesse et si nous prenons envers lui une position plus forte, alors nous pourrons le forcer à respecter le droit international et l'ordre mondial.

Maxime Nalyvayko, Ottawa.

Photo: Maxime Nalyvayko

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