Les 10 risques que l’Ukraine a su éviter en 2017, mais qui sont toujours présents en 2018

Les 10 risques que l’Ukraine a su éviter en 2017, mais qui sont toujours présents en 2018

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Ukrinform
L’Ukraine a bien appris des leçons que lui a données l’année 2017. Le pays a dû faire face à de nombreux dangers, et il sait maintenant en localiser et neutraliser certains, mais il reste les autres, ceux que l’Ukraine doit encore apprendre à maîtriser.

1. La menace de l’offensive russe.  Nous nous sommes déjà habitués à la guerre, à une guerre d’intensité modérée, une guerre de position. Cependant, nous nous attendions tous à une escalade soit en hiver, soit au printemps, soit à la veille du 100e anniversaire de la Révolution d’octobre. Le moment le plus angoissant de l’année 2017 a été la fin de l’été–le début de l’automne, quand la Russie a démarré ses entraînements militaires «Zapad -2017» en Biélorussie. Certes, les entraînements sont terminés, mais une partie des troupes, qui y ont participé, sont restées près de la frontière septentrionale de l’Ukraine.

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Malheureusement, on ne peut pas dire que le risque d’une offensive russe ait beaucoup diminué pour 2018. Bien au contraire, les données des services de renseignement occidentaux témoignent qu’une guerre à large échelle est probablement à craindre. Aussi la décision de la Maison Blanche de livrer des armes à l’Ukraine est peut-être une conséquence de la prise de conscience de la menace qui plane sur le monde.

La menace ne peut être écartée que si, comme l’espère le Kremlin, le plan Surkov fonctionne, et l'Ukraine se laisse annexer sans combat. Jusqu'à présent, nous (avec notre conformité ou imitation) avons laissé une chance à la Russie d’y parvenir.

2. Donald Trump et les amis de Poutine en Europe. Au début de l’année 2017 cette menace semblait très sérieuse. Le nouveau président américain témoignait du respect à Poutine et semblait être entouré de partisans du président russe. Le renforcement des partis pro-russes dans les pays européens et plusieurs candidats pro-russes se présentant aux élections présidentielles en France, ainsi que le Brexit, contribuaient à augmenter l’inquiétude.

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Cependant, la réalité s’est avérée très positive: nos alliés, avec à leur tête les nouveaux dirigeants, ne nous ont pas abandonnés, les sanctions contre la Russie ont été prolongées, la délégation russe n’a pas été autorisée à revenir à l’APCE. Et, surtout, l’Ukraine a obtenu le régime sans visa avec l’Union européenne.

Toutefois, l’année 2018 promet d’être rude, car les partisans de Poutine dans les partis radicaux relèvent la tête, l’Union européenne vit une crise et l’attention de la Maison Blanche est tournée vers la Corée du Nord. Il va falloir prouver à l’Occident qu’il a besoin de nous.

3. Les actes terroristes. Pendant longtemps, les Ukrainiens se sont sentis en sécurité loin du front. En 2017, l’Ukraine a été brusquement secouée par plusieurs actes terroristes dans différentes villes du pays, notamment à Kyiv, la capitale ukrainienne.

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Les actes terroristes étaient ciblés et ils ont emporté la vie de personnes connues: Amina Okoueva, volontaire tchétchène, Maxime Chapoval, commandant d’une unité du Service de Renseignements, Olexandre Kharaberuch, agent important du Service de Renseignements, Denis Voronenkov, réfugié politique russe. Pour le moment, aucun meurtre n’a été résolu, excepté celui de Voronenkov. Simultanément, plusieurs explosions ont eu lieu dans des entrepôts militaires à Kalynivka (région de Vinnytsia), Balakleya (région de Kharkiv), dans une base militaire près de Marioupol. A l’extrême fin de l’année, le Service de sécurité de l’Ukraine a arrêté un espion russe qui faisait partie de l’équipe de Volodymyr Groysman, le Premier ministre ukrainien.

Tout cela a évidemment choqué la société ukrainienne qui a, tout de même, réussi à rester solidaire.

4. Une tentative de revanche des bénéficiaires de la corruption. Norbert Röttgen, politicien allemand de l’entourage d’Angela Merkel, a déclaré qu’en Ukraine, «la corruption naît au sommet du pouvoir», tandis que Madame Isabelle Dumont, Ambassadrice de France en Ukraine, a averti que les politiciens européens discutaient de la possibilité de suspendre la cessation du régime des visas accordée à l’Ukraine.

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L'apothéose de la revanche a été un projet de loi, proposé par la coalition parlementaire, qui devait priver le directeur de l’Agence nationale anti-corruption de son indépendance. Avant cela, il y a eu un «coup d’État» dans le comité parlementaire de la lutte contre la corruption, l’intervention directe du Bureau du Procureur dans le travail de l’Agence, l’inefficacité flagrante du Bureau du procureur anti-corruption et le sabotage de la création de la Cour anti-corruption au sommet du pouvoir.

En 2018, il faut s’attendre à une escalade de la lutte entre la société civile et la classe gouvernante habituée à vivre selon les anciennes règles.

5. Le deuxième front.  Notre élite politique n’a pas su prévenir le début d’une campagne anti-ukrainienne en Pologne provoquée par «l'héroïsation de l Armée insurrectionnelle ukrainienne» et les débats autour du massacre de Volynie. La situation sur le front de l’ouest a été exacerbée par une offensive idéologique brutale de la part de la Hongrie et un malentendu linguistique avec la Roumanie en raison de l’adoption de la loi «Sur l’enseignement».

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Et si le conflit avec la Pologne a été plus ou moins gelé grâce à la rencontre directe entre Petro Porochenko, Président ukrainien, et son homologue polonais Andrzej Duda, le conflit avec le gouvernement hongrois se poursuit.

Comment faire, alors? Il est évident que, étant en guerre avec la Russie, il faut mieux éviter les conflits avec les pays occidentaux. En revanche, il faut être prudent avec les concessions, la société pourrait mal les prendre. Pour éviter les risques nous aurons besoin l’année prochaine d'un maximum de patience et d'équilibre.

6. La stagnation des réformes. L’année 2017 a été particulièrement difficile pour la réalisation des réformes. Souvenez-vous de l’opposition violente à la réforme de la santé, à celle des retraites. Les politiciens n’ont pas encore osé commencer une nouvelle vague de privatisation, la réforme agraire n’a pas vraiment démarré.

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La société est en train de se noyer dans l’océan des arguments populistes contre les réformes. Les sociologues constatent le rejet par de nombreux Ukrainiens des changements radicaux. Selon les données du Centre de Razoumkov, 56,9% des Ukrainiens désapprouvent la réforme médicale, le même nombre de sondés désapprouve la réforme des retraites, 52,3% sont contre la réforme agraire et 49,1% sont contre la réforme juridique. Il est à noter que les Ukrainiens sont conscients aussi que tout le fardeau des réformes reposera sur les épaules du simple peuple, car les plus riches ne seront intéressés ni par la médecine ukrainienne, ni par le système de l’enseignement, ni par les retraites.

7. La guerre économique. Là, on peut dire que nous avons remporté une victoire stratégique: il s’agit de la décision de justice dans l’affaire «Naftogaz VS Gazprom». Les sanctions économiques contre la Russie ont été prolongées. La Russie essaie de se faire des alliés dans le combat pour le Nord Stream mais, pour le moment, en vain.

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Et pourtant, l’Ukraine reste toujours dépendante économiquement de la Russie. Les barres de combustible russes nous éclairent dans les centrales nucléaires ukrainiennes, le charbon russe est transporté en Ukraine, les propriétaires russes occupent des positions fortes dans des secteurs économiques importants de l'Ukraine, les banques russes sont capables d'affaiblir notre système financier. La propagande russe entrave l'investissement étranger en Ukraine.

Il ne faut pas non plus oublier que la guerre affecte aussi notre économie.

8. Les cybers attaques et la manipulation de l’information. Le gouvernement ukrainien a pris la décision importante de bloquer certaines ressources russes: Odnoklassniki, Vkontakte, Yandex, les anti-virus «Kasperski» et «DrWeb». Cependant, les utilisateurs intéressés ont trouvé des chemins pour contourner cette interdiction et toutes ces manoeuvres du FSB pourront encore nous nuire. L’Ukraine a aussi survécu à l’attaque du virus Petya A, qui a infecté 10% des ordinateurs du pays, dont ceux du système de la Banque nationale, de l’aéroport de Boryspil, d’une vingtaine de banques etc.

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À la fin, l’attaque a été localisée et ne s’est plus reproduite mais, malheureusement, en Ukraine il n’y a toujours aucun centre de prévention des cybers attaques, alors qu’en Russie il existe un certain nombre de «cybers troupes» bien équipées.

9. Une attente d’actions de protestation de masse. En dépit de toutes les craintes, les protestations n’ont pas été très populaires. Il s’agissait plutôt d’actions politiques dont l’objectif était d’attirer l’attention des médias et du public. La Police nationale a aussi appris à gérer ses forces: lors de tous les affrontements avec la participation de Mikhael Saakachvili, elle a réagi très prudemment et a réussi à éviter des bagarres sanglantes.

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Autrement dit, toutes les tentatives des ennemis de semer la discorde entre les autorités ukrainiennes et l’opposition n’ont pas apporté les résultats attendus par le Kremlin.

10. La menace d’incontrôlabilité. La situation dans le pays en 2017 a été négativement influencée par des signes d'une augmentation de l'incontrôlabilité de l'État. Il s’agit d’une absence réelle de coalition à la Rada, les députés sont de plus en plus absents au travail, trois ministères sont toujours présidés par des ministres par intérim. La Banque nationale n’a toujours pas de directeur, la composition du Comité central électoral n’a pas changé depuis l’époque de Victor Yanoukovitch.

Certains institutions restent depuis trop longtemps dans une situation de réorganisation, certaines n’ont toujours pas été réformées, malgré des accords avec les partenaires européens.

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L’absence de lois sur le Président et le Conseil des ministres conduit à des tentatives des uns de s’approprier certains pouvoirs des autres. Le système électoral mixte est difficile à combiner avec les principes d’une forme de gouvernement parlementaire-présidentielle, et le projet de loi récemment soumis à la Rada avec une proposition de passer à une élection purement majoritaire l’achèvera définitivement. La réforme de la décentralisation s’est arrêtée à mi-chemin.

En dépit de tous les problèmes, l’État ukrainien perdure, car le pouvoir et la société se rendent compte qu’il faut tout de même rester uni dans la lutte contre l’ennemi commun. Mais tôt ou tard, les risques de perte de contrôlabilité de l’État forceront l’élite politique ukrainienne à faire un choix: soit rester bloqué dans le passé, soit essayer de percer vers l’avenir. Même si cette dernière option représente beaucoup de risques, ce n’est que grâce à elle qu’on pourra réussir.

Yevhen Yakounov, Kyiv

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