Les procès du Maїdan, miroir des changements qui tardent

Les procès du Maїdan, miroir des changements qui tardent

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Ukrinform
Du 18 au 21 février, l’Ukraine a commémoré la mémoire de ceux qui ont été tués lors de la Révolution de la Dignité. Quatre ans après les événements sur la place Maidan, les coupables de meurtres et de violences n’ont toujours pas été punis.

Yuriy Krysine en est l'illustration parfaite. Principal accusé dans le meurtre du journaliste Vyatcheslav Veremiy, il a été récemment condamné à 4 ans de prison avec sursis, en dépit de preuves de son implication directe dans la mort du journaliste.

Lors de son intervention à l’inauguration de l’exposition « Fais-moi traverser le Maidan » dédiée aux artistes ayant participé à la Révolution de la Dignité, le Président ukrainien a expliqué que les crimes contre les manifestants du Maidan ne seraient pas soumis à un délai de prescription, mais que les investigations devaient être basées sur des preuves imparables :

"Je partage le mécontentement de la population concernant le rythme des enquêtes ainsi que la lenteur des procès. Il aurait fallu faire bien plus en 4 ans. Je suis bien conscient de l'ampleur du crime, ainsi que de la nécessité de réunir des preuves absolument irréprochables et du respect continu de toutes les normes procédurales. Le mal doit être puni. Pour la première fois dans l'histoire ukrainienne, j'ai décidé de participer au procès. C’est la première fois qu'un Président fait cela en personne. Nous devons suivre un chemin complexe sur le plan de la procédure afin que les assassins n'aient aucune issue devant les tribunaux européens. Les crimes contre le Maïdan n'auront pas de prescription", a déclaré le chef de l'Etat.

Yuriy Loutsenko, Procureur général de l’Ukraine, a déclaré qu’à l’issue des audiences préliminaires dans les affaires concernant les événements du Maidan, 50 personnes avaient été reconnues coupables, et 43 condamnées à différentes peines de prison :

"Au total, 1 800 personnes ont obtenu le statut de victime et nous avons délivré 412 avis de suspicion, dont 48 pour des hauts fonctionnaires de l’ancien gouvernement et 208 à des agents des forces de l’ordre. Nous avons déposé auprès des tribunaux 161 actes d'accusation à l’encontre de 252 personnes", a précisé Loutsenko.

Serhiy Gorbatuk, responsable du département des enquêtes spéciales du Bureau du Procureur général, qui gère directement les affaires de crimes commis sur la place Maidan, affirme en revanche que  parmi toutes ces mises en examen, personne n'avait encore été condamné pour meurtre.

Entre outre, les attaques sur les journalistes et les représentants des médias restent elles aussi impunies selon une information issue d'un rapport de l'Union des journalistes d'Ukraine intitulé « Victimes de l’impunité » :

"Nous avons un jugement honteux pour Yuriy Krysine, impliqué dans l'assassinat de Viatcheslav Veremiy et dans celle des policiers qui ont brutalement battu Igor Efimov, un photographe de Tcherkassy et qui ont été acquittés alors que nous entendons de nombreuses promesses sur « la priorité absolue » des affaires de crimes commis sur le Maїdan", a commenté Serhiy Tomilenko, le président de l’Union, en présentant ce rapport.

Le rapport met en lumière 20 dossiers de journalistes victimes d'exactions à l’époque de la Révolution de la Dignité et qui se plaignent aujourd'hui de l’absence totale de progrès dans leurs affaires.

Selon l’Union des journalistes, 271 de leurs confrères ont été victimes d'exactions à l’époque de l’Euromaїdan. 14 attaques contre des rédactions, 9 arrestations de journalistes et 31 cas de menaces physiques ont également été constatées.

Le 20 février, quand toute l’Ukraine commémorait la memoire des Héros de la Centurie Céléste, leurs proches se sont réunis pour protester contre les amnisties éventuelles décidées pour les juges qui s’occupaient des affaires du Maїdan.

Lors de cette manifestation qui s’est déroulé à Kyiv devant le local de la Commission Suprême de qualification de juges, l'un des avocats des victimes de la Centurie Céléste, Roman Marselko, a déclaré :

"Quatre ans se sont écoulés, nous surveillons tous ces changements et l'un des changements qui aurait dû se produire depuis un moment est que ces criminels qui ont tué, enquêté, torturé et les juges qui les ont acquitté devraient enfin être punis", avant d'ajouter que 85% des juges qui avaient participé à la falsification d'affaires judiciaires contre des manifestants étaient toujours en poste.

Les proches des manifestants tués lors de la Révolution de la Dignité ont installé sur les marches du bâtiment des bougies et des portrets de leurs proches.

"Eux dans ces cabinets, pensent que nous ne comprenons pas ce qui se passe. Que nous sommes des gens  analphabètes et loins de la réalité du pays. Nous comprenons très bien pour quelle raison nos proches ont donné leur vie et nous n’avons pas l’intention de nous rendre et de baisser les bras, les changements vont arriver", a souligné le père d'une victime, Volodymyr Golodnuk.

La Révolution de la Dignité, appelée aussi Maïdan, est une série de manifestations qui ont ébranlé l’Ukraine entre novembre 2013 et février 2014, initialement organisées dans le but de pousser le président ukrainien de l'époque, Victor Yanoukovitch, et son gouvernement à renouveler les préparatifs pour la signature de l’Accord d’Association entre l’Ukraine et l’Union européenne qui venaient d'être annulés. Ces manifestations ont été marquées par des violences et une forte répression entre le 30 novembre et le 8 décembre 2013 qui n'ont fait qu'accroître le mouvement de protestation, avec entre 250 000 et 500 000 manifestants présents sur la place de l'indépendance à Kiev. Du 18 au 21 février 2014, les forces de l’ordre gouvernementales ont utilisé des armes pour venir à bout des manifestants et tué plus de 100 personnes en deux jours. Au total, selon les sources officielles, on compte 2 500 personnes victimes des forces de l’ordre entre le 21 novembre 2013 et le 21 février 2014, dont 108 décès. Les morts du Maïdan ont été surnommés « Centurie Céleste », en référence aux unités de combat des Cosaques Zaporogues.

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