À la mémoire de Boris Nemtsov

À la mémoire de Boris Nemtsov

291
Ukrinform
« Je ne veux pas que des gens soient tués. Je ne veux pas que des Russes soient tués, je ne veux pas que des Ukrainiens soient tués. Je considère la guerre de Poutine contre l’Ukraine comme un véritable crime »

C’est dans le but d’arrêter la guerre que l'un des plus célèbres et plus charismatiques opposant russe a commencé à préparer le rapport intitulé « Poutine. Guerre », réunissant et détaillant des témoignages et des données recueillis par Nemtsov lui-même sur l’intervention de Moscou dans la politique ukrainienne et la présence des Forces armées de la Fédération de Russie dans l’est du pays. Et il est fort probable que ce soit cette envie de dévoiler la vérité qui lui ait coûté la vie le 27 février 2015, sous les fenêtres du Kremlin.

Le rapport a tout de même été terminé et présenté par les fidèles de Nemtsov le 15 mai 2015 et c'est cette vie de lutte farouche qui vaut chaleur et gratitude à son souvenir en Ukraine, tandis que le monde entier se rassemble pour les célébrations de son assassinat : En Ukraine, en République tchèque, aux USA, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Lituanie. Mais également dans de nombreuses villes de Russie.

«Poutine croit que le meurtre n'est pas un péché, il croit que le vol n'est pas un péché. Il croit que tous les commandements de l'Ancien Testament ne valent rien comparés à la loyauté et à la dévotion personnelles. C'est, en termes de moralité, une personne profondément immoral. Le pouvoir que nous avons est donc profondément immoral»

Boris Nemtsov est né le 9 octobre 1959 dans la ville de Sotchi. En 1981, il sort de l'université de Nijni-Novgorod avec un diplôme de radiophysicien avant de se choisir une carrière politique. En 1990, il devient député de la république socialiste fédérative soviétique de Russie. En 1997, il quitte son poste de gouverneur de la région de Nijni-Novgorod après s'être révélé, au début de l'année 1996 en organisant une collecte de signatures pour le retrait des troupes russes de Tchétchénie qui recueillera plus d'un million de signatures avant d'être remises à Boris Elstine, le Président russe d'alors. Il devient premier vice-premier ministre du gouvernement fédéral. Opposant à la première guerre de Tchétchénie, il se rend à Grozni à l'invitation d'Akhmad Kadyrov, le père de Ramzan, qui dirige aujourd'hui le pays d'une main de fer avec la bénédiction de Moscou, pour y défendre l'idée d'un système politique différent, ouvert aux dissenssions et aux opposants, même séparatistes ; un système politique sans figure présidentielle, basé sur les coutumes traditionnelles de la région.

«Akhmad Kadyrov m'a invité à venir au Congrès du peuple tchétchène. Je l’ai immédiatement prévenu que je viendrais avec des idées pas très populaires ... Quand je suis sorti de la pièce, un homme avec des yeux pâles s’est approché de moi et dit qu'à cause de mes déclarations il fallait me tuer. Je lui ai demandé: « Qui êtes-vous? ». C'était Ramzan Kadyrov. Je ne peux pas dire que j’ai eu très peur, parce que les Tchétchènes autour m'ont dit que Ramzan plaisantait. Mais dans ses yeux, je n’ai pas vu de plaisanterie. Dans ses yeux, j'ai vu la haine».

D'avril à novembre 1997, Nemtsov, plus jeune ministre du gouvernement, occupe le poste des combustibles et de l'industrie avant d'accéder au poste de vice-premier ministre par intérim de la Russie en avril 1998, puis de démissioner le 28 août suivant pour fonder le mouvement «Jeune Russie», qui fusionnera ensuite avec l'« Union des forces droites ». À l'automne 2004, Nemtsov soutient ouvertement la Révolution orange en Ukraine, et se félicite de la victoire de Viktor Iouchtchenko, s'estimant prêt à soutenir la «diffusion de l'expérience de la révolution orange en Russie».

Après la dissolution de l'« Union des forces droites » en 2008, Boris Nemtsov participe à la création du mouvement démocratique d'opposition « Solidarité » puis se présente aux élections municipales de Sotchi l'année suivante, critiquant sévèrement les actions des autorités qui préparent les Jeux Olympiques dans cette ville.

«Les Jeux Olympiques d'hiver à Sotchi sont le projet personnel de Poutine ... Il est de plus en plus évident que les JO de Sotchi sont une affaire de vol sans précédent dans lequel sont impliqués les représentants du pouvoir de Poutine et les oligarques proches de lui... Les Jeux Olympiques mettent en évidence les principaux défauts du système : arbitraire, corruption, tyrannie, clanisme, manque de professionnalisme, irresponsabilité ».

En 2012, le politicien devient co-président du « Parti républicain de Russie - Parti de la liberté du peuple» (RPR-PARNAS), étiquette sous laquelle il se présentera aux élections régionales et sera élu député de la Douma de Yaroslav le 8 septembre 2013.

«Durant toutes ces années de Poutinisme, la Russie a perdu l'immunité, elle est atteinte du SIDA économique ... Le succès de l'Ukraine sur la voie européenne sera une catastrophe pour Poutine»».

Boris Nemtsov a toujours critiqué la politique de Vladimir Poutine, rédigeants de nombreux rapports anti-corruption: « Poutine. Résultats. 10 ans », « Poutine. Corruption. ». Il a également été l'un des initiateurs et l'un des plus actifs participants à la «Marche de la dissidence» en 2007, à la «Stratégie 31», ainsi qu'aux rassemblements de protestation «Pour des élections justes» entre 2011 et 2013.

En mai 2014, Boris Nemtsov adresse une lettre au chef du Service fédéral de sécurité russe, Alexander Bortnikov, lui demandant de réviser ses informations sur les hommes armés traversant la frontière russo-ukrainienne qui, selon Nemtsov, étaient des agents des forces de sécurité tchétchènes sous contrôle du FSB. Nemtsov lui-même a expliqué l'intelligence de sa lettre en disant que « toute réponse du FSB serait soit une reconnaissance du fait que  « des combattants se battent en Ukraine », soit « une preuve indéniable du mensonge des auitorités russes ». Il n'hésite pas à partager les informations qu'il reçoit de membres du premier cercle de Poutine, craignant que le président russe se soit préparé à une guerre sanglante et une destabilisation de l'Ukraine sur le long terme : « il a dit à son cercle intime : Soyez prêt pour que les sanctions durent 10 ans. Il va donc mener cette guerre sanglante pour encore 10 années ».

Le 10 février 2015, Nemtsov donne une interview (qui s'avèrera être sa dernière) au média russe « Sobesednik », dans laquelle il déclare ouvertement que Vladimir Poutine le tuera. Le 27 février 2015, à 23h31, Boris Nemtsov est assassiné de cinq balles dans le dos sur le pont Bolshoy Moskvoretsky, comme un symbole de ses derniers combats contre la guerre et le déchirement, presque sous les fenêtres du Kremlin.

«Ma mère m'a toujours appris à défendre mon point de vue, à être indépendant. C’est elle qui m'a élevé comme ça et maintenant elle s’indigne lorsque je critique Poutine qui essaie de nous enlever notre liberté. Elle a vraiment peur qu'il puisse me tuer dans un proche avenir à cause de mes performances - à la fois dans la vie réelle et dans les réseaux sociaux».

Quelques temps plus tard, les autorités russes, en charge de l'enquête, arrêteront cinq citoyens de la République de Tchétchénie pour l’assassinat de Boris Nemtsov. Il s’agit de Zaur Dadaev, les frères  Anzor et Shadid Gubashev, Temirlan Eskerhanov et Khamzat Bakhayev. Les accusés, qui ont tous plaidé coupable, ont officiellement justifié leur meurtre par « les déclarations négatives contre les musulmans » de Nemtsov, d'après un texte publié par le politicien sur sa page Facebook après l'attentat terroriste contre e journal satirique français Charlie Hebdo : «L'islam est une jeune religion, en plein Moyen Age et une longue lutte est à prévoir pour vaincre l'inquisition islamique ».

Photo: Shutterstock

Photo: Shutterstock

Pendant le procès, tous les accusés sont revenus sur leurs aveux, déclarant avoir été soumis à la torture et que les accusations portées contre eux avaient été falsifiées. Anzor Gubashev a déclaré: « À mon avis, Nemtsov a été tué pour son courage, pour ce qu'il a dit à propos du gouvernement actuel. Avant je ne le connaissais pas, mais ici [dans la cellule d’isolement] j'ai lu son livre « Confessions d'un rebelle » et je veux dire à sa mère merci d'avoir élevé une telle personne ».

Cela n'empêchera pas le tribunal de les reconnaître tous coupables. Zaur Dadaev a été condamné à 20 ans de prison, Anzor Gubashev à 19 ans, son frère à 16 ans, Temirlan Eskerkhanov à 14 ans et Khamzat Bakhayev à 11 ans. Peines qu'ils iront purger dans une colonie de haute-sécurité.

Le meurtre de Boris Nemtsov ressemble beaucoup à un autre assassinat retentissant que la Russie de Poutine a vécu quelques années auparavant, celui d’Anna Politkovskaïa, journaliste à Novaïa Gazeta, qui critiquait à la fois les régimes de Poutine et de Kadyrov. De la même manière que pour le meurtre de Nemtsov, des tchétchènes ont rapidement été accusés et condamnés après l'assassinat de la journaliste dissidente. Mais cette fois-ci également, le nom des commanditaires n'a jamais été établi.

Le rapport "Poutine. Guerre."est disponible en français

Elena Gorkova

Information importante : toute utilisation de données ou informations du site «ukrinform.fr» sur internet nécessite de citer ukrinform.fr et d’indiquer via un lien comment consulter la source de l’information. Toute utilisation de données ou informations du site «ukrinform.fr» dans le cadre d’une publication destinée à l'impression nécessite une autorisation écrite de l’équipe d’ukrinform.fr. Les publications présentées comme des «Publicités» et «PR» relèvent du domaine de la publication.

© 2015-2018 Ukrinform. Tous droits réservés.

La conception de site — Studio «Laconica»
Recherche avancéeMasquer la barre de recherche avancee
Par période:
-
*/ ?>