Volodymyr Rouban : libérateur ou terroriste?

Volodymyr Rouban : libérateur ou terroriste?

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Ukrinform
L’arrestation de Volodymyr Rouban, a fait beaucoup de bruit en Ukraine. L'occasion de revenir sur l'homme, ses relations et le contexte de son arrestation.

Qui est Volodymyr Rouban, et de quoi est-il accusé ?

Volodymyr Rouban est le président du Centre de libération des prisonniers « Corps des officiers »., une ONG qui s'occupe de l'échange de prisonniers et du transfert d’aide humanitaire vers ceux maintenus en détention depuis le début du conflit dans l'Est de l'Ukraine. Cette organisation existait avant même la création du Centre de libération des prisonniers des Service de sécurité de l’Ukraine.  Selon certaines sources, l'ONG aurait continué à participer aux échanges depuis la reprise en main des services officiels du gouvernement et oeuvré à la libération de plus de 700 personnes

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Les services de sécurité ukrainiens, par la voix de leur directeur, Vassyl Grytsak, affirment que Rouban procédait au transport d'une importante quantité d'armes de la DNR vers l'Ukraine dans le but de commettre des "actes terroristes, dont des milliers de citoyens, ainsi que certains politiciens, fonctionnaires et députés, auraient pu être les victimes".  Parmi l'arsenal saisi dans son véhicule figurent de nombreuses "armes automatiques de type Kalachnikov, des pistolets de type Makarov, des grenades, des équipements pour atténuer le bruit des tirs, des obus et des munitions, dont une partie a été fabriquée en Russie ".  

Vassyl Grytsak a également déclaré que le but final de ces attentats, selon les premières investigations des services de sécurité, était de déstabiliser la situation politique du pays afin de renforcer l'idée que le conflit en cours est avant tout une "guerre civile". Le SBU suppose que les actes de Rouban ont été coordonnés de Moscou. Lors de sa conférence, le directeur des Services de sécurité a diffusé à l'intention des journalistes une bande audio sur laquelle il était possible d'entendre Rouban faire le décompte des armes en provenance de DNR, ainsi qu'une vidéo du suspect au volant d’un véhicule qui entrait dans la ville occupée de Horlivka. Il n'a cependant pas souhaité répondre aux questions concernant l'origine de ces preuves matérielles mais a assuré que Rouban agissait en coopération avec le "président" de l'auto-proclamée République de Donetsk, Olexandre Zakhartchenko et Olexandre Timofeev, sans toutefois pouvoir apporter de preuves matérielles à ce stade de l'enquête.

Homme d’affaire, combattant, ministre et négociateur

Olexandre Timofeev, surnommé "Tachkent", est originaire de Donetsk. Diplômé de l’institut de gestion de la ville, il est le créateur du premier réseau de liaison satellite  de Donetsk, DonSatTv.  Dès le début du conflit dans l’est de l’Ukraine, Timofeev devient chef d’état-major du bataillon « Oplot », et participe aux combats pour l’aéroport de Donetsk.

En 2014, il devint député du Conseil populaire de DNR avant d'être nommé quelques temps plus tard ministre des revenus et des taxes.  Timofeev aurait également profité de la situation anarchique liée au conflit pour s'approprier plusieurs mines de charbon, lui valant d'être surnommé le "plus riche ministre de DNR" par ses détracteurs. Avant la création du Centre d’échange des prisonniers du SBU, c’est avec Timofeev que Volodymyr Rouban s’entretenait concernant la libération des otages.

Personnage trouble, les médias de la DNR ont diffusé en 2016 une information relatant son décès, avant qu'il ne réapparaisse sain et sauf quelques jours plus tard et le 23 septembre 2017, la voiture de "Tashkent" explose en plein centre de Donetsk, blessant huit personnes dont Timofeev. Gravement blessé dans l'attentat qui le visait, il fait depuis profil bas. 

Le « Choix ukrainien » de Volodymyr Rouban

Lors de sa conférence de presse, Vassyl Grytsak a accusé Rouban de coopération active avec Victor Medvedtchouk, politicien ukrainien et leader du parti « Choix ukrainien », dont la fille Daria est la filleule de Vladimir Poutine en personne. Depuis 2014, Medevedtchouk coordonne l’échange des prisonniers de guerre ukrainiens contre des combattants pro-russes dans le cadre du Groupe de contacts trilatéral de Minsk.  Il a notamment œuvré activement à l’échange de Nadia Savtchenko contre deux prisonniers de guerre russes.

Certains médias, y compris la sérieuse Radio Svoboda,  affirment que Volodymyr Rouban a été un membre très actif de "Choix ukrainiens", jusqu'à l'été 2013 lorsqu'il il a quitté la formation politique pour créer le "Corps des officiers".  Malgré cela, il continue par de nombreux spécialiste politiques  et journalistes ukrainiens a être percu comme "un homme de Medvedtchouk". 

En février 2017, la seconde protégée de Medvedtchouk, Nadia Savtchenko, ancienne prisonnière de guerre devenue députée de l'opposition, s’est rendue à Makiivka, en territoire occupé, pour visiter des prisonniers de guerre dans une colonie pénitentiaire. Elle était alors accompagnée de Volodymyr Rouban. A leur retour, ce dernier a expliqué lors d’une interview pour Hromadske qu’il avait aidé Savtchenko à se rendre dans les territoires occupés, car "elle souhaitait se joindre à la libération des otages et voir de l’intérieur. Lorsque l'occasion s’est présentée, j’ai organisé une rencontre à Minsk (entre Nadia Savtchenko, Olexandre Zakhartchenko ["président" de la DNR] et Igor Plotnitzkiy [alors "président" de la LNR"].

A son retour des territoires occupés, Volodymyr Rouban avait été arrêté une première fois pas les Services de sécurité ukrainiens pour "violation de l’ordre établi lors du franchissement de la ligne de démarcation dans la zone d’opération anti-terroriste" et son accréditation de passage lui avait été retirée.

Il semble que cet incident n'ait pas empêché Volodymyr Rouban et Savtchenko de rester en bons termes puisque celle-ci est venue à l’audience du 9 mars pour se porter caution contre la libération du suspect.

La justice a rendu son verdict en un temps record

L'affaire Rouban se déroule actuellement à grande vitesse. Arrêté le long de la ligne de démarcation le 8 mars, il a été présenté dès le lendemain, en comparution immédiate, dans un tribunal de Kyiv pour les faits de violation de la législation ukrainienne en matière de possession illégale d'armes et préparation d'actes terroristes.

L’accusé a refusé de plaider coupable : "J'ignorais qu’il y avait des armes dans cette voiture. Je ne faisais que la conduire", a-t-il affirmé devant le tribunal, ajoutant que les autorités ukrainiennes voulaient  "faire de [lui] le terroriste numéro 1".

EH

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