Alexandre Hug, Chef adjoint de la mission spéciale de suivi de l’OSCE en Ukraine
La violence pourrait être arrêtée par des politiciens en costumes et non pas en tenue de camouflage
24.10.2018 17:26 155

Au cours des dernières années de violence, Alexandre Hug a été Chef adjoint de la mission spéciale du suivi de l'OSCE (SMM) en Ukraine. Le 31 octobre, sa mission dans ce domaine prend fin. Alexander Hug, dans une interview avec Ukrinform, a partagé sa vision de la situation dans l'est de l'Ukraine et évoque les procédés qui pourraient mettre fin au conflit.

JE DISCUTE BEAUCOUP AVEC DES UKRAINIENS QUI VIVENT DES DEUX CÔTÉS DE LA LIGNE DE DÉMARCATION : ILS ESTIMENT QUE CE N’EST PAS LEUR CONFLIT

- Maintenant que votre séjour en Ukraine se termine, avez-vous le sentiment d'avoir rempli votre mission?

- Je quitte le poste, car c’est une règle à l'OSCE : personne ne peut servir ici pendant plus de 10 ans et j'ai atteint cette limite. La mission d'observation spéciale de l'OSCE a été envoyée en Ukraine à la suite d'un consensus et d'une décision prise par 57 États participants de l'OSCE, y compris l'Ukraine, et ce sont eux qui ont déterminé la durée de cette mission dans le pays.

La tâche de la mission de l'OSCE est, d'une part, de surveiller et de faire des rapports, et d'autre part, de faciliter le dialogue. C’est exactement ce que nous faisons en Ukraine depuis quatre ans et demi. Dans l'est de l'Ukraine, la mission a rempli son mandat aussi parfaitement que les deux parties du conflit nous ont permis de le faire. À cause de certaines restrictions, nous n’avons pu l’accomplir pleinement. Les parties devraient faire des efforts pour nous laisser une occasion de les aider davantage. Les aider à remplir leurs propres obligations: mettre fin aux  combats, retirer les armes, déminer le terrain, s'éloigner de la ligne de contact, protéger les civils. Ce sont les tâches que Moscou, Kyiv et certaines régions des régions de Donetsk et de Louhansk - qui ont signé sept accords à Minsk - se sont engagés à remplir. Ce n’est pas une hypothèse spéculative, c’est un fait, cela est écrit sur le papier en noir et blanc.

Personnellement, je suis vraiment déçu de voir que le conflit continue, que nous enregistrons toujours des milliers de violations du cessez-le-feu régulièrement et quotidiennement, que des Ukrainiens qui se trouvent des deux côtés de la ligne de contact continuent de mourir.

- Pendant tant d'années de travail en Ukraine, avez-vous trouvé une explication à l’effusion de sang dans le Donbass?

- Je discute beaucoup avec des Ukrainiens vivant des deux côtés de la ligne de démarcation, ils estiment que ce n’est pas leur conflit. Ils ne comprennent pas pourquoi cela a commencé et pourquoi cela continue, pourquoi cela ne s’arrête pas. Ils voudraient tous que cela se termine. Le fait que plus de 40 000 civils traversent quotidiennement la ligne de contact est une autre indication du fait que les Ukrainiens ne croient tout simplement pas à l'existence de cette ligne de contact, et pourtant la réalité est bien là et cette ligne est réelle.

Nous savons également que la partie militaire du conflit pourrait être résolue très rapidement. Nous avons vu que chaque fois que les parties sont convenues d’une trêve, le nombre de violations du cessez-le-feu est passé de mille à presque zéro très rapidement, en quelques heures. De ce fait, cela signifie que le commandement et le contrôle ne posent pas de problème. Le problème est une décision politique: arrêter ou continuer.

-Est-ce à l’Ukraine de prendre cette décision ou à quelqu'un d’autre? Ou peut-être que cela devrait-il  être une sorte de résolution internationale?

- Ce n'est certainement pas une solution à sens unique. Je n'admets pas que l'Ukraine doive lever les bras, baisser les armes et attendre que quelqu'un d'autre fasse de même. Mais je crois que la confiance mutuelle et les actions simultanées devraient être possibles. La voie à suivre pour ce processus est incluse dans les accords de Minsk, car c’est là que sont inscrites les actions acceptées par tous. Le niveau de préparation et le retrait des armes lourdes devraient avoir lieu, mais pas unilatéralement. Ils devraient être effectués sur une base de réciprocité. Les actions individuelles n'apporteront jamais de résultats dans ce cas.

DES CENTAINES DE MILLIERS DE CITOYENS UKRAINIENS VIVENT QUOTIDIENNEMENT EN DANGER ET LES OBSERVATEURS DE LA MISSION DOIVENT L’AFFRONTER

- Selon vous, à quel point les parties étaient-elles disposées et prêtes à coopérer des deux côtés de la ligne de démarcation? Avez-vous observé des différences dans leur comportement?

- Tout d'abord, je voudrais noter que nous sommes invités en Ukraine. Notre mission est arrivée ici à l'invitation du gouvernement ukrainien et nous entretenons de très bonnes relations avec les autorités du pays hôte. La mission entretient des contacts permanents avec les autorités de Kyiv, ainsi qu’au niveau régional et municipal. Cette relation a eu un résultat fonctionnel et visible. Il faut néanmoins préciser que notre mission a parfois rencontré des restrictions dans ses actions dans des zones de l'est de l'Ukraine sous contrôle gouvernemental. Cela était principalement dû à des barrières dites passives, telles que des champs de mines et, dans certains cas, à une intervention ouverte. Cependant, c’est dans les zones non-contrôlées par le gouvernement ukrainien que nous avons dû faire face à la plupart des restrictions, y compris dans les cas d’intervention passifs, mais principalement actifs, pas exclusivement, mais surtout là. Bien sûr, dans les zones non contrôlées par le gouvernement, nous interagissons également avec ceux qui exercent un tel contrôle, à présent, ce sont des groupes armés. Cette interaction fait partie de notre mandat qui nécessite un contact avec tous les acteurs.

- Mais avez-vous rencontré des deux côtés un niveau égal d'ouverture, de volonté de coopération?

- Je ne compare pas les partis ainsi. Il est important de comprendre que nous interagissons avec tous les Ukrainiens qui souhaitent interagir avec nous. Il est également important de comprendre que nous attendons de toutes les personnes qui interagissent avec nous qu’elles le fassent avec de bonnes intentions.

- Dans quelle mesure le travail du personnel de la mission de l'OSCE dans la zone de conflit est-il dangereux? Avez-vous mené une enquête lorsque la voiture de l'OSCE a heurté une mine et que  des membres de votre mission sont morts? Si ce n'est pas un secret, quel en est le résultat?

Le risque auquel nous sommes confrontés est le même que celui dans lequel tant des civils vivent tous les jours. Je voudrais dire ceci très clairement. Des centaines de milliers, voire des millions d’Ukrainiens vivant des deux côtés de la ligne de contact, ont été soumis à des tirs d’artillerie pendant quatre ans et demi de suite, ils souffrent d’armes à fragmentation, d’explosifs, de mines et d’armes légères. Tout cela représente le risque auquel nos observateurs sont exposés. Contrairement aux civils, nous avons des moyens de protection - voitures blindées, moyens individuels, etc. Une autre différence entre les civils et nous, c’est que nous avons le choix, puisque nous sommes des invités ici. Les autres civils n'ont pas ce choix. Nous pouvons quitter le lieu si la situation devient trop risquée, mais beaucoup d'autres ne le peuvent pas.

L’incident tragique du 23 avril restera pour toujours dans nos cœurs et nos esprits. Cet incident a fait l'objet d'une enquête externe. Nous avons également examiné nos propres mesures de sécurité. Si j'ai bien compris, les autorités ukrainiennes ont également ouvert une enquête, mais comme cela s'est passé sur un territoire non-contrôlé par le gouvernement, la capacité des structures gouvernementales d'enquêter de manière appropriée sur l'affaire était plutôt limitée. Nous sommes convaincus que l’explosion qui a tué notre collègue a été causée par une mine antichar. Après cet incident et l'enquête correspondante, la mission a modifié les règles opérationnelles, mais cela se trouve toujours dans l'est de l'Ukraine. Nous avons bien évidemment pris des mesures pour éviter que de tels incidents ne se reproduisent à l'avenir.

LE MYTHE QUI DIT QUE LA MISSION DE L’OSCE TRAVAILLE LÀ OU IL N’Y A PAS DE COMBATS EST FAUX

- On sait que le SMM OSCE travaille essentiellement pendant la journée. Tous les bombardements, ou du moins la plupart, ont lieu la nuit. Comment, vous et votre personnel, avez-vous relevé ce défi?

- Tout d'abord, il n'est pas vrai que la mission ne travaille que pendant la journée. La nuit, nous avons des postes d'observation statiques, c'est-à-dire que les observateurs surveillent depuis leurs bases. Nous avons aussi des caméras vidéo, actuellement 22 fonctionnent la nuit. Bien entendu, nous agissons le lendemain en fonction des résultats des incidents de la nuit. Pendant longtemps, nous avons observé davantage la nuit que le jour.

Il est important de comprendre la raison pour laquelle nous ne menons pas d'opérations de nuit. Ce n’est pas notre choix, une telle procédure nous a été proposée par les parties. S'ils avaient eu des moyens de nous garantir un environnement sécurisé pour observer  la nuit, nous l’aurions souhaité et pu le faire. Mais, en ce moment, et selon notre estimation, les opérations de nuit sont impossibles, les parties ne fournissent pas un cadre satisfaisant pour les assurer.

Ce matin (le jour de l'enregistrement de l'interview - éd.), des coups de feu ont été tirés près de notre patrouille près du poste de contrôle de Donetsk. Cela se produit régulièrement et nos patrouilles sont témoins de ces combats directs, y compris dans cette région. Ainsi, le mythe populaire selon lequel le SMM fonctionne là où il n’y a pas de combats est également faux. Ce mythe est particulièrement préjudiciable car il laisse à croire que nous faisons partie de certaines conventions sur la ligne de contact, bien que nous n'en fassions aucunement partie.

NOUS OBSERVONS PLUTÔT LA CONCENTRATION DES FORCES QUE LEUR RETRAIT DE LA LIGNE DE DÉMARCATION

- Vous avez souvent déclaré publiquement que les unités militaires des parties étaient trop proches les unes des autres, ce qui est dangereux. Y a-t-il eu de réels cas de retrait de troupes du front au cours de votre mission?

- Au début, il y a eu un certain retrait dans les régions de Petrivske et de Zolotoe. En revanche, aucun retrait n’a été constaté autour du village de Louhansk. Ces trois zones ont été identifiées comme des zones pilotes, où nous essayons de tester la possibilité de retrait des forces au long de la ligne de contact, ce qui, bien entendu, devrait se produire. Le succès doit être mesuré par les actions que les parties entreprendront.

Malheureusement, nous constatons maintenant plutôt une concentration des forces que leur retrait de la ligne de contact, ce qui pourrait à l’avenir entraîner une plus grande tension, des affrontements, des pertes civiles et des destructions importantes des biens nécessaires à la population.

LES CAMIONS QUI TRAVERSENT LA FRONTIÈRES DANS LES ZONES NON-CONTRÔLÉES PEUVENT TRANSPORTER TOUT ET N’IMPORTE QUOI : DES LÉGUMES COMME DES OBUSIERS

- Dans quelle mesure est-il réaliste pour les observateurs de l'OSCE d'établir au moins un contrôle visuel de la frontière ukraino-russe? Avez-vous accès aux convois, voitures et équipements qui traversent cette frontière depuis la Russie?

- Il est important de clarifier notre mandat. Nous n'avons pas de mandat exécutif. Donc, le mot « contrôle » lui-même ne convient pas. Nous ne contrôlons rien. Ce que nous faisons : nous observons, préparons des rapports et facilitons le dialogue. Si vous lisez nos rapports, vous verrez que tous les jours, lorsque nous sommes à des postes frontière non contrôlés, nous voyons des camions, des camions civils. Leur cargaison est fermée et nous n'avons pas le pouvoir de les ouvrir et de voir ce qu'ils contiennent. Ces camions peuvent transporter n'importe quoi - nous ne le savons pas. Mais d'après nos rapports, il est clair que ces camions traversent la frontière.

Dans nos rapports, vous pouvez lire que nous avons vu des convois humanitaires. Récemment, nous avons également signalé qu'un type de convoi différent est entré en Ukraine et a quitté son territoire au milieu de la nuit dans des zones non contrôlées par le gouvernement. Mais, encore une fois, la mission n’a pas de mandat exécutif. Nous ne sommes pas la police et ce n'est pas notre choix, car ce mandat nous a été confié par la décision des 57 États participants de l'OSCE.

Néanmoins, si vous lisez attentivement nos rapports, puisque nous décrivons ce que nous avons vu, il est possible de tirer certaines conclusions. Personne ne peut dire que cette partie de la frontière est sous contrôle strict et chaque camion couvert peut transporter tout et n’importe quoi, des légumes et même des obusiers.

DES OBUSIERS DE LA MISSION DU PETIT ET MOYEN RADIUS DEVIENNENT RÉGULIÈREMENT DES CIBLES

- À quelle fréquence les drones de l’OSCE, utilisés pour la surveillance des frontières, deviennent-ils des cibles?

- Le SMM de l'OSCE utilise différents types de drones. Nous avons des drones du type mini et moyen radius à ailes fixes et des drones longue portée pouvant parcourir plus de 160 kilomètres. Il est important que cette dernière catégorie puisse également voler la nuit. Pour la première fois, nous les avons utilisés entre octobre 2014 et août 2016. Au cours de cette période, nous avons perdu plusieurs engins qui ont été abattus par des armes ou neutralisés par des moyens électroniques. Les drones longue portée ont été remis en service à la fin du mois de mars de cette année et ils n’ont pas été abattus depuis. Néanmoins, ils ont essayé de les intercepter, c'est-à-dire d'intervenir par voie électronique, ainsi que de l’abattre avec des armes légères et des systèmes de missiles sol-air. Toutefois, les petits drones et les drones de moyenne portée deviennent régulièrement des cibles.

LE DÉMINAGE DE LA ZONE DU CONFLIT SERA UNE TÂCHE À GRANDE ECHELLE

- Même en nous souvenant de la politique de neutralité sévère à laquelle adhère l'OSCE, nous ne pouvons pas éviter cette question.  Selon vos observations, qui est opposé aux Forces armées ukrainiennes à l'est?

 - Ce sont des formations armées, et nous les signalons régulièrement. Il est clair qu'elles sont sous un certain commandement. Parce que, par exemple, si elles acceptent et s’engagent à cesser le feu, cela se produit en partie. Ainsi, les commandes ne sont évidemment pas un problème. Et ce ne sont pas des cas isolés dans les régions de Donetsk ou de Louhansk, car en même temps, un commandement plus incorporé existe entre ces deux entités. Ils sont évidemment coordonnés. Nous avons également enregistré et rendu public le matériel dont ils disposent, celui qu'ils utilisent et il s'agit non seulement d'armes, mais également de systèmes électroniques militaires sophistiqués. Nous ne tirons pas de conclusions sur cette base, car notre tâche est de rendre compte des faits. Ces faits sont à la disposition du grand public.

- A votre avis, quelle est l'ampleur des conséquences de la guerre dans le Donbass? Est-il maintenant possible d'estimer l'ampleur des destructions et les mesures qui pourraient être nécessaires pour la relance économique et sociale de la région?

- Je pense que vous avez raison de penser que la composante militaire peut être supprimée très rapidement. Nous avons vu plusieurs fois que cela est tout à fait possible. Mais la restauration des infrastructures, la restauration de ce qui était là avant le conflit, de ce qui a été détruit ou non achevé au cours de cette période, alors, tout cela prendra beaucoup de temps. Tout cela doit être accompagné d'actions de déminage, car aucun travail de réparation ou de construction ne sera possible sans déminer la zone avant de commencer. Je crois que ce sera une tâche de grande envergure. Mais je ne suis pas un expert pour deviner combien de temps cela durera et combien cela coûtera. Dans tous les cas, il faut d'abord arrêter les combats.

- Quel type d'aide peut venir des pays de l'OSCE dans ce contexte?

- Si la situation le permet, je suis convaincu que les initiatives appropriées seront prises. Mais il est également important de comprendre que les autorités ukrainiennes ont suffisamment de compétence pour procéder à une telle restauration ou entamer ce processus par elles-mêmes. Cela peut être une bonne incitation à rassembler la population dans son pays.

POINTER DU DOIGT N'AIDE PAS A RESOUDRE LE CONFLIT

- Certaines choses sérieuses compliquent la recherche d'un moyen de sortir de la situation. Par exemple, l’Ukraine estime que la guerre dans le Donbass est une agression russe. La Russie continue de nier sa propre participation. Comment réussissez-vous à trouver un langage commun probable entre eux?

- Vous savez, et j'en ai parlé à de nombreuses reprises: pointer du doigt depuis quatre ans et demi n'a pas conduit à une décision. Si vous essayez de continuer à pointer du doigt, il est très peu probable que cela vous permette de trouver au moins une solution. Je ne propose pas de tout oublier et de tout balayer - non! Pour arriver au moment où nous pourrons réfléchir au passé, nous devons faire face au présent. Cela ne peut se faire que par le dialogue. S'il n'y a pas de dialogue, cela ne finira jamais. De manière catégorique, ce conflit ne peut être résolu que par le dialogue.

Je ne dis pas maintenant que ce conflit ne concerne que l'Ukraine. L'OSCE a clairement déterminé que ce conflit se déroulait autour de l'Ukraine. Dans le même temps, je ne commente pas l'attitude ou la position de la Russie à l'égard de l'Ukraine, ni la position de l'Ukraine. Mais c’est un fait: Moscou, Kyiv et certains districts des régions de Donetsk et de Louhansk ont ​​signé sept accords, avec lesquels ils se sont engagés à prendre des mesures pour revenir à la normalisation. Il est maintenant moins important de savoir qui est impliqué dans ce conflit que de savoir qui a la volonté de tout remettre en état. Ceux que j'ai nommés ont confirmé leurs engagements par des signatures.

Au lieu de rechercher quel est le plus coupable, qui a tiré le plus, il faut se concentrer sur les mesures déjà convenues. Il est encore plus important de se centrer sur les personnes qui continuent de souffrir, car celles qui ont signé des accords ne respectent pas leurs engagements. Pendant quatre ans et demi, les Ukrainiens des deux côtés de la ligne de contact ont souffert jour après jour, car ceux qui ont signé ces documents n'ont pas tenu leurs promesses.

Lisez au moins un de nos rapports quotidiens : tout est limpide. Comment les Ukrainiens qui vivent des deux côtés de la ligne de contact peuvent-ils recevoir une protection de la part de ceux qui se sont déclarés prêts à les protéger? C'est dans cette direction que tous les débats devraient être déplacés. À présent, les parties parlent davantage de la volonté de protéger les civils que de les protéger réellement. Cela doit changer. Le fait de pointer du doigt ne va pas aider.

Bien sûr, j’ai une position personnelle à cet égard, mais je ne suis pas ici pour verser de l’huile sur le feu. Je suis convaincu que ce conflit peut être résolu.

LES RÉGLES CONCERNANT LES ENQUÊTES SUR DES ACCUSATIONS À L’ÉGARD DES AGENTS SONT TRÈS STRICTS À L’OSCE

- Le même problème - la Russie ne se reconnaît pas comme une partie à la guerre et envoie donc ses représentants à la mission de l'OSCE. Quel est le taux de confiance dont bénéficient ces personnes? Nous connaissons des cas où l'armée ukrainienne a directement accusé, certaines d'entre elles, d'espionnage contre les troupes ukrainiennes en première ligne. Avez-vous enquêté sur de tels cas?

- Je comprends comment les Ukrainiens perçoivent ce fait et je n'ai pas le droit de les condamner pour cela. L'OSCE est une organisation consensuelle. Il est nécessaire de trouver un consensus entre de nombreux pays membres, y compris avec la Fédération de Russie. Sinon, cette mission n'existerait pas du tout. Il est également important de rappeler que la participation de tout État, sous réserve du consensus, implique une responsabilité. Leur participation (des Russes - ed.) est plutôt limitée en nombre d'agents. Je pense qu’ils sont aujourd’hui 39, sur un effectif total de 720 personnes. Les contingents britanniques et américains comprennent 150 spécialistes. Les citoyens de l'Union européenne représentent plus de 50% de nos observateurs. Ainsi, tout cela est très relatif dans la contribution réelle.

Un autre fait : nous effectuons environ 90 patrouilles chaque jour. Par conséquent, il n’est guère possible d’avoir au moins un observateur russe dans toutes ces patrouilles. Et même s’il en existe un, la patrouille est composée de huit observateurs ou plus. Quand ils reviennent à la base, aucun des observateurs ne peut établir indépendamment un rapport, ils doivent le rédiger ensemble. Ceci est une méthode acquise.

Nous prenons certainement très au sérieux toute accusation portée contre notre personnel. L’OSCE a des règles strictes concernant l’enquête et le traitement de telles accusations. S'il existe des preuves ou même le moindre signe de preuves de ce type d'abus officiel de la part de notre personnel à la disposition du pays hôte, il faut nous communiquer ces informations - et nous examinerons ce cas. Mais cela n'est pas arrivé. Cela peut être utile pour la Mission et, qu’il s’agisse d’un russe, d’un suédois ou d’un belge, nous sommes obligés d’examiner attentivement ces allégations. Toute personne qui ne se conforme pas à ce que nous considérons comme un comportement dû  devrait être tenue pour responsable. Cependant, nous ne le ferons pas sur la base de soupçons ou d'un passeport. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour être sûrs que plus de 1 200 de nos employés respectent les normes les plus strictes dans leur comportement.

LE CONFLIT POURRAIT ARRIVER À SA FIN TRÈS VITE SI LES POLITICIENS PRENAIENT DE BONNES DÉCISIONS

- Quels pourraient être vos conseils et vos recommandations générales? Comment rétablir la paix dans cette région et dans l'ensemble de l'Ukraine?

 - Je sais, et vous savez, que les Ukrainiens n'abandonnent jamais, qu'ils sont très  volontaires et persévérants. J'ai également compris, et cela m'a beaucoup surpris, le fait qu'en réalité la haine que nous avons vue, lors d'autres conflits, ne s'est pas manifestée entre Ukrainiens. Les gens ne parlent pas mal des Ukrainiens de l’autre côté. Ils peuvent avoir des points de vue différents concernant le gouvernement ou les forces armées, mais pas à propos des compatriotes qui se trouvent dans le camp opposé.

Je suis vraiment convaincu, j'ai vu de mes propres yeux que les Ukrainiens ne parviennent pas à croire en ce conflit. Ils ne le veulent pas. Ils ne comprennent pas pourquoi ils en sont arrivés là où ils en sont maintenant. C'est quelque chose que je ne peux pas oublier.

Je ne peux que continuer à faire appel à la résilience. Sans recourir à la philosophie, je peux dire que ce conflit prendra fin, car tous les conflits prennent inévitablement fin un jour ou l’autre. Je sais que cela est maintenant une pensée embarrassante pour beaucoup de personnes, mais je le sais vraiment. Cette violence pourrait prendre fin très rapidement si les hommes politiques vêtus de costumes et non d'uniformes militaires pouvaient prendre de bonnes décisions.

Encore une fois, ce conflit ne concerne pas uniquement l'Ukraine. L'OSCE a clairement déterminé que ce conflit se déroulait autour de l'Ukraine. Je sais que je ne suis pas le seul à dire cela. Mais je répète que  personne ne devrait abandonner et perdre espoir car ce conflit prendra fin. La reddition n'est pas une option. Encore une fois, je dis: je suis convaincu que ce conflit se terminera. Plus vite cela se produira, mieux ce sera pour les Ukrainiens, pour l'Ukraine et pour tous ceux qui l'entourent.

Je pense que tout le monde est conscient des répercussions que ce conflit engendre sur les Ukrainiens, mais personne n’en parle. Nous devons nous rendre compte que les  coups portés ne le sont pas seulement sur les personnes décédées ou blessées. Il est important de réaliser que ce conflit affecte tout le monde.

Dmytro Chkourko- Bruxelles –Kyiv

Photo : Daniil Chamkine- Ukrinform

EH

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