Yury Vitrenko, directeur exécutif du groupe Naftogaz
On fait croire aux Allemands que Nord Stream 2 leur offrira l'occasion de rivaliser avec les États-Unis.
10.05.2019 16:44

La société «Naftogaz d’Ukraine» a déposé une plainte auprès de la Commission européenne concernant les agissements anticoncurrentiels de la société russe «Gazprom» sur le marché européen. Le directeur exécutif du groupe «Naftogaz», Yuri Vitrenko, a qualifié cette situation de «nouveau front» dans la confrontation avec «Gazprom», expliquant qu'il serait au moins possible que l’Ukraine conserve ses revenus du transit du carburant bleu. Et bien que la société russe déclare ne pas vouloir de problèmes inutiles, il n’est pas exclu que «Gazprom» puisse choisir une position agressive en réponse.

Dans une interview exclusive, accordée à Ukrinform, Yuri Vitrenko a expliqué ce que la plainte de «Naftogaz» déposée auprès de la Commission européenne prévoit, comment les événements peuvent encore évoluer et comment tout cela a été perçu en Europe et aux États-Unis. L’entretien a eu lieu lors de la conférence intitulée «Gazprom en tant qu'instrument géopolitique: un défi stratégique pour l'Union européenne et les États-Unis», qui s'est tenue lundi au Conseil de l'Atlantique à Washington.

GAZPROM ESSAYE D'AUGMENTER LES PRIX DU GAZ EN EUROPE

- L’Ukraine a déposé aujourd’hui une plainte auprès de la Commission européenne concernant les actions anticoncurrentielles de «Gazprom», que vous avez qualifiées de «nouveau front» de confrontation. En d’autres termes, il ne s’agit pas uniquement de conserver les revenus que l’Ukraine perçoit du transit du gaz, car la définition du terme «front» implique de nombreuses lignes d’attaque?

- Oui, l'un des éléments de cette plainte est de mettre un terme aux violations des lois antitrust, par exemple dans les activités de «Gazprom» en Allemagne, puisque «Gazprom» contrôle une société comme Wingas. De ce fait, des prix plus élevés sont fixés en Allemagne, ce qui a une incidence sur les prix en Europe, et c’est également important pour nous.

En outre, la plainte soulève les questions des obstacles à la mise en œuvre du renversement virtuel via des interconnexions ukrainiennes et autres en Europe. Cela a un impact direct sur l'Ukraine et sur la concurrence en Europe dans son ensemble. «Naftogaz» achète du gaz en Europe et, même dans le cadre du contrat actuel avec «Gazprom», après examen par le tribunal, il existe un lien avec les prix européens. Par conséquent, des aspects tels que les prix en Europe sont importants pour l'Ukraine.

LE PROCESSUS PEUT ÊTRE «DIFFICILE» POUR LES RUSSES

- Dans combien de temps attendez-vous la décision de la Commission européenne?

- Cela dépend de nombreux facteurs. La procédure prévoit que l'autorité compétente doit d'abord examiner la plainte concernant la protection de la concurrence, puis tout est déterminé par sa position, plus précisément à quel point elle voudra agir de manière active, agressive, rapide.

Et tout dépendra de «Gazprom». Les Russes peuvent soit coopérer immédiatement, car ils avaient précédemment déclaré qu'ils ne souhaitaient aucune amende et qu'ils préféraient éliminer les violations, soit «Gazprom» adopte une position plus agressive. Et puis un long processus commencera, ce qui sera plus difficile pour la société russe.

- Vous êtes actuellement en visite aux États-Unis et, bien entendu, vous discutez de cette question avec vos collègues américains. Pouvez-vous nous dévoiler qui vous rencontrez et ce qui est discuté lors de ces entretiens?

- Comme vous pouvez le constater, une réunion est en cours au sein du Conseil de l’Atlantique à laquellel participent des experts, des diplomates et des hauts fonctionnaires. De plus, nous tenons des réunions au département d'État américain, au Congrès.

Nous soulevons notamment la question concernant «Nord Stream 2», quels sont les défis que cela représente pour l'Europe et les États-Unis.

- Comment les États-Unis perçoivent-ils la lutte de l'Ukraine contre l'influence de l'énergie russe, étant donné que le président nouvellement élu formera une nouvelle équipe. Quelles sont les attentes des partenaires américains?

-Ils nous demandent très prudemment quelles sont nos évaluations et quels changements sont prévus. Nous répondons qu'il faut attendre. Ainsi, par exemple, la position du président nouvellement élu sur les questions énergétiques n'est pas très claire, du moins pour moi. Il m'est donc difficile de commenter les perspectives d'avenir.

- Aujourd'hui, vous avez déclaré au Conseil de l'Atlantique que «Nord Stream 2» était davantage un projet anti-américain qu'un projet anti-ukrainien. Pourquoi?

Sans le soutien des États-Unis, l'Europe sera beaucoup plus vulnérable aux défis de l'agression russe.

- Je vais vous expliquer. En Allemagne (qui devrait être la destination finale pour la livraison de gaz russe - ed.) dans l’environnement public, l’on ne dit pas qu’il s’agit d’un projet anti-ukrainien. Du point de vue de l'opinion publique, les Allemands comprennent néanmoins que l'Ukraine est victime de l'agression russ, et que «Nord Stream 2» se positionne comme un projet dirigé contre les États-Unis.

Malheureusement, en Allemagne, une telle position bénéficie d'un soutien public, car de nombreux Allemands estiment que leur pays peut rivaliser avec les États-Unis et résister à l'Amérique. Par conséquent, un tel sentiment anti-américain est maintenant populaire dans ce pays. Et c'est très dangereux pour toute l'Europe.

Les partenaires de Gazprom en Allemagne alimentent le sentiment anti-américain

Par exemple, je pense que l’Amérique est un partenaire de l’Europe et que sans l’appui des États-Unis, surtout en matière d’armée ou de sécurité, l’Europe sera beaucoup plus vulnérable face aux défis de l’agression russe.

- Comment le comprennent-ils ici aux Etats-Unis?

Ils le comprennent. Mais j’explique toujours que les partenaires allemands de «Gazprom» alimentent le sentiment anti-américain. Et cet argument a beaucoup de résonnance aux États-Unis.

DEMANDER EST UNE POSITION VULNERABLE, IL CONVIENT DONC D'AGIR ACTIVEMENT

- Quelle stratégie l'Ukraine adoptera-t-elle ensuite pour s'opposer à l'influence énergétique de la Russie?

- Nous essayons d'utiliser tous les outils: le nouvel arbitrage, les opportunités politiques, les négociations et maintenant en déposant une plainte formelle auprès de la Commission européenne. C'est-à-dire que la stratégie est telle que nous couvrons toutes les opportunités disponibles. Mais en même temps, nous comprenons que si nous ne faisons que demander, dire «aidez-nous», cela sera une position très vulnérable. Par conséquent, nous ne nous concentrons pas sur les demandes mais signalons les violations commises par «Gazprom». De plus, nous positionnons «Naftogaz» en tant que société moderne et civilisée qui cherche à travailler selon des règles civilisées en Europe.

Yaroslav Dobgopol, Washington

Photo : Yulia Ovsyannikova

EH

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