Vadym Prystaiko, ministre des Affaires étrangères de l'Ukraine
Nous voulons libérer un nombre maximum de prisonniers avant le Jour de l’an
28.12.2019 17:00

Le planning de tout ministre des Affaires étrangères est toujours tendu. Celui de Vadym Prystaiko, ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine n’est pas seulement tendu, c’ est un véritable test d'endurance tant du point de vue physique que psychologique.

Cette semaine, le chef du ministère des Affaires étrangères de l’Ukraine était à Berlin pour une visite officielle. Il a discuté avec le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas des avancements atteints dans les accords conclus lors de la réunion au format Normandie, ainsi que des négociations sur la prolongation du transit du gaz russe par le territoire ukrainien. Vadym Prystaiko a rencontré les députés du Bundestag, des représentants de la Chancellerie, a tenu une réunion avec 20 ambassadeurs ukrainiens en Europe occidentale et septentrionale, et a accordé une interview à Ukrinform.

- Monsieur Prystaiko, aujourd'hui c’est votre fête professionnelle, la Journée des diplomates, nos félicitations! Aujourd’hui, à Berlin, vous avez eu une discussion avec nos ambassadeurs. Pourriez-vous nous expliquer, s’il vous plaît, ce qu'attend le ministère de nos ambassades pour l’année prochaine?

- Pour commencer, le ministère des Affaires étrangères est devenu au cours des 30 dernières années un mécanisme assez complexe qui nécessite une coordination constantes des activités. Ce sont 126 institutions, 94 ambassades, vraiment un grand mécanisme très sérieux.

De temps en temps, nous organisons des réunions de coordination. Cela est particulièrement important actuellement, car notre pays a un nouveau président et un nouveau gouvernement, mais, également, car il y a eu des changements majeurs dans notre politique étrangère. Certains accords ont été conclus et, pour la première fois depuis quelques années, une réunion au format Normandie s’est tenue, il y a de nouvelles approches du gouvernement et du président pour l'organisation du travail, il y a de nouvelles exigences. L'une de ces exigences est l'économie et la pragmatisation totale de la politique étrangère. Nous en avons parlé lors d'une réunion à Berlin avec nos ambassadeurs en Europe occidentale et septentrionale.

Lors de notre réunion à Berlin, j'ai informé les ambassadeurs des accords conclus à Paris, en précisant quelles sont les difficultés et les attentes que nous avons lors de la mise en œuvre de ces accords, comment chacun des pays où ils sont accrédités devrait nous aider à atteindre nos objectifs. Une partie de la réunion a été consacrée aux activités dans le cadre des processus d'intégration dans l'Union européenne. Un rapport détaillé a été présenté sur les succès et les lacunes que nous devons surmonter dans ce domaine.

Une partie de la réunion a été consacrée au soutien juridique de nos actions en justice, qui en sont à différents stades. Pour ce faire, nous avons demandé à notre ambassadeur en charge de la plupart de ces affaires, l'ambassadeur aux Pays-Bas (Vsevolod Chentsov - ed.), de rendre compte en détail à nos collègues, de résumer nos démarches et de coordonner toutes les ambassades concernées.

Nous avons également discuté de la diplomatie publique, des changements structurels qui se produisent actuellement au sein du gouvernement et du ministère des Affaires étrangères, ainsi que de la double citoyenneté qui reste pour nous une question compliquée et douloureuse.

- Justement, cette loi sur la double nationalité, sera -t-elle bientôt adoptée ?

- Le projet de loi a été soumis à la Verkhovna Rada. Et maintenant, le travail des députés est de légaliser les idées existantes. Il s'agit d'une approche moderne pour garantir la double citoyenneté.

- Parlons du gaz. Les pourparlers de Berlin et de Minsk viennent littéralement de se terminer et des accords ont été conclus. Nous avons compris que l'Ukraine reçoit 3 milliards de dollars de la Russie, mais abandonne d'autres poursuites. À votre avis, n'avons-nous pas cédé dans cette affaire?

- Nous ne cédons rien du tout, nous négocions, comme promis, dans le cadre de la coopération tripartite. Cette partie de notre activité gazière témoigne de la réaffirmation par l'Ukraine de ses garanties en tant que fournisseur fiable de gaz russe sur le marché européen.

La Russie cherche d'autres options de livraison du gaz, nous le comprenons tous bien, nous surveillons les différents «Streams» qu’elle construit. Nous essayons activement d'empêcher certains scénarios négatifs de se produire. Nous défendons nos intérêts.

- Mais nous avons convenu que Naftogaz retirera les requêtes restantes contre Gazprom ...

- La question est de savoir ce que nous pouvons obtenir par ces requêtes: nous pouvons gagner, mais nous pouvons également perdre.

Aujourd’hui, nous avons réussi à obtenir un montant de 3 milliards de dollars. Il s'agit d'une somme très sérieuse, que l’on nous a octroyée dans une confrontation équitable devant les tribunaux. C'est une très grosse victoire.

- L'un des principaux sujets a également été Minsk et le récent sommet. Envisagez-vous un entretien direct avec Sergei Lavrov, votre homologue russe?

- Nous n'avons pas prévu de rencontres directes avec Lavrov jusqu'à présent.

La seule chose que je puisse dire, c'est que les dirigeants, pendant leur séjour à Paris, ont approuvé la décision selon laquelle les ministres des Affaires étrangères et les conseillers en politique étrangère adhéreraient pleinement au processus. Nous en avons discuté avec la ministre Heiko Maas et avec la conseillère d’Angela Merkel.

- L'un des arrangements les plus importants du sommet de Normandie a été un échange de prisonniers d'ici la fin de l'année. Mais les membres du Groupe de contacts tripartite n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les listes des prisonniers....

- Oui, 7 tâches ont été assignées au Groupe des contacts tripartite. Nous attendions vraiment avec impatience un peu plus de progrès sur ce sujet. Ils se sont mis d'accord sur un groupe de personnes à échanger. La question est: faut-il les échanger maintenant ou essayer de finaliser les listes et de les libérer tous, parce que nous voulons que le maximum de personnes retrouvent leurs familles avant le Jour de l’An. Par conséquent, le Coordonnateur de l'OSCE a décidé de tenir immédiatement une vidéoconférence et d'achever le travail sur les listes.

- À quel stade en est la mise en œuvre de l'accord sur l'admission des représentants du Comité international de la Croix-Rouge dans les territoires non contrôlés?

- Un tel arrangement existe. Et le groupe humanitaire du Groupe des contacts tripartite devrait discuter cette question. Nous avons déjà trouvé un accord avec la Croix-Rouge, les leaders des pays du format Normandie ont validé cette décision. Cependant, il faut un processus préparatoire, ce n'est pas si simple: il faut déterminer où aller. J’espère que cela se produira avant la fin de l’année. Nous avons fait une demande à la Croix-Rouge, mais cela dépend de leurs capacités.

- J’ai une question au sujet de la ligne de démarcation. Quand les 3 nouveaux points de retrait des armes seront-ils convenus? Cette question doit être réglée avant le prochain sommet au format Normandie?

- Nous espérons que c’est le retrait des armes qui aura lieu avant le prochain sommet. Lors d’une réunion du Groupe des contacts tripartite, nous avons proposé trois zones de retrait des armes qui, à notre avis, sont d’importance humanitaire. Et nous nous attendons à ce qu'ils soient traités. Peut-être que d'autres zones seront proposées. C’est un processus complexe. Pour le moment, nous préférons ne pas dévoiler de quelles zones il s’agit.

- Le prochain sommet sera-t-il remis en cause en cas de non-respect de l'un de ces points de l'accord?

- Les leaders des pays du format Normandie ont déclaré qu'avant la prochaine réunion, prévue dans 4 mois, il faudra avoir atteint des résultats concrets. Les résultats devraient donc être liés au fait que les dirigeants ont convenu de se rencontrer.

- Vous avez été présent à des réunions précédentes, des sommets. Comment pensez-vous que l'atmosphère a changé au fil des années? Y a-t-il au moins de légers changements de sentiment du côté russe? Sont-ils prêts à plus de flexibilité? Est-ce qu’ils continuent de s’obstiner et s'attendaient à ce que nous fassions des concessions? Votre sentiment purement émotionnel en tant que personne impliquée depuis 5 ans ...

- Leur attente ne s'est probablement pas concrétisée. Ils ont été confrontés à une position ferme et cela a conduit à de nombreuses heures de négociations et à des discussions difficiles sur toutes les questions. Je pense qu'ils s'attendaient à ce que ce soit beaucoup plus facile. Et cela ne s'est pas réalisé, car notre position était assez claire, assez ferme et exigeante.

- La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré lors de la conférence de presse à l'issue du sommet de Paris que l'OSCE devait être sur place «non seulement 12 heures par jour, mais 24 heures par jour, 7 jours par semaine». Autrement dit, lors de ces négociations, est-ce que les parties ont discuté de l’augmentation de la mission?

- Il y a deux positions. La première est que le mandat reste le même et ils ont le droit d'observer 24/7. Ici, notre position est différente de la position russe: ils affirment que les observateurs ont déjà une telle option. Nous disons que c'est écrit, mais la réalité est différente: ils ne le font pas à cause du problème de sécurité en particulier.

Ce n'est pas un problème de mandat, mais de mise en œuvre et de restrictions imposées par les délégations nationales. Par exemple, un médecin américain a péri dans le Donbass, quelques autres agents de la mission ont été blessés…. Les pays membres de l’OSCE essaient de protéger leurs envoyés qui travaillent dans le Donbass, de réduire les risques, je les comprends.

Une option de réduction des risques consiste à ne pas laisser les observateurs traverser des routes, des champs, qui pourraient être minés dans la nuit etc.

Il y a deux options: soit améliorer leurs capacités (drones, caméras permanentes, satellites à partir desquels les images sont envoyées), soit tout de même augmenter le potentiel humain sur le territoire. Cela peut être fait, par exemple, en établissant un quartier général permanent dans une zone où l'équipe de l'OSCE peut arriver et rester en sécurité la nuit. Telle était la question et c'était exactement la proposition.

-Il faut dire que nous avons cessé de parler d’une autre mission, à savoir la mission des Casques bleus de l’ONU.

- Bien au contraire. Nous en avons parlé lors du sommet à Paris. En revanche, la position de la Russie ne change pas: les Russes ne sont pas prêts d’accepter la présence de la mission sur tout le territoire du Donbass. Ils insistent toujours sur le fait que la mission ne doit se positionner que le long de la ligne de démarcation.

- La fameuse formule de Steinmeier. S'il n'y a rien de négatif, qu'il ne s'agit que d'une suite d'actions, ce qui est constamment souligné, pourquoi ne l'avons-nous pas mis en œuvre depuis 3 ans dans la législation nationale?

- Cette formule a été proposée pour contribuer à régler une question simple: mettre fin à la confrontation constante entre les deux équipes de négociation. La question est de savoir ce qui doit être fait en premier.

Nous pensons que cela doit être la sécurité, les Russes exigent constamment que les problèmes politiques soient d'abord résolus, puis la frontière sécurisée. En raison de l'impossibilité de faire converger les positions, cette formule est apparue.

Il y a un moment difficile: nous avons à proprement parlé tout misé sur les élections. La préparation, l'organisation et la certification pour qu’elles se déroulent de manière honnête et transparente sont un tel moment de vérité qu’ensuite la situation doit changer. Mais il sera extrêmement difficile de préparer les élections. Et les conditions de leur tenue n'ont pas été déterminées, et il n'y a pas encore de loi sur les élections. L'énormité de la tâche retient les gens. Mais la formule de Steinmeier ne consiste pas à créer des conditions.

- En Ukraine, on entend souvent la critique que la question de la Crimée n’est pas suffisamment soulevée lors des réunions en format Normandie.  Considérez-vous approprié de combiner ces questions en un seul problème? Cela ne conduira-t-il pas un règlement pacifique à l'est dans une impasse? Au contraire, devrions-nous avoir, pour ainsi dire, initier ces négociations globales au format Normandie pour que le problème de la Crimée ne soit pas mis aux oubliettes?

-- Bien sûr, les gens sont à juste titre inquiets. Et nous craignons que la Crimée soit toujours sous occupation et que la sortie de cette situation ne soit pas convenue. C'est pourquoi nous saisissons chaque occasion, y compris celles que Minsk nous propose.

Mais je conviens que cela complique déjà les négociations infiniment difficiles à Minsk.

Pour être pragmatique, les problèmes de l'Est doivent être traités par des mécanismes spécifiquement axés sur l'Est. Les problèmes de la Crimée doivent être traités par d'autres mécanismes. Il existe également des mécanismes. À mon avis, celui qui est appliqué à l'Est, le soi-disant processus de Minsk, devrait être laissé dans l'état où il se trouve. Les négociations sont déjà difficiles.

Olga Tanasiytchouk, Berlin.

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