L'approche de l'OTAN en matière de lutte contre la désinformation : le cas de la COVID-19

L'approche de l'OTAN en matière de lutte contre la désinformation : le cas de la COVID-19

Ukrinform
La crise sanitaire de la COVID-19 affecte pratiquement tout le monde, dans tous les pays de l'OTAN. Il est vital qu'elle ne se transforme pas également en crise de sécurité mondiale.

Selon le rapport publié sur le site de l'OTAN, l’Alliance a démontré qu'elle était capable de poursuivre ses opérations, ses missions et ses activités, et de maintenir sa disponibilité opérationnelle malgré la pandémie. Aujourd'hui, face à la perspective d'une deuxième vague, l'Alliance se prépare : plan d'opération, stocks de matériel médical, financements. Mais elle s'emploie également à accroître la résilience des sociétés qui la composent. En effet, les organisations internationales telles que l'OTAN, de même que ses pays membres et ses partenaires, sont confrontées depuis le début de la pandémie à une multiplication des activités de désinformation, de propagande et de mésinformation.

L'OTAN définit la désinformation comme la création et la diffusion délibérées d'informations fallacieuses ou manipulées, dans le but d'induire en erreur ou de tromper. La désinformation vise à exacerber les divisions au sein des pays de l'Alliance ainsi qu'entre eux, et à saper la confiance des populations en leurs élus. Il s'agit d'un problème auquel l'Alliance fait face depuis sa création ; elle lutte d'ailleurs activement contre une intensification significative de la désinformation et de la propagande depuis l'annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014.

L'OTAN a redoublé d'efforts pour contrer la désinformation, suivant les orientations claires données par les chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Alliance dans la déclaration du sommet de Bruxelles, en 2018. Comme ceux-ci l'indiquaient alors, « nous sommes confrontés à des menaces hybrides, prenant notamment la forme de campagnes de désinformation et de cyberactivités malveillantes ». En réponse, l'OTAN renforce son aptitude à assurer la préparation, la dissuasion et la défense face aux tactiques hybrides visant à porter atteinte à notre sécurité et à nos sociétés (déclaration de Londres, 2019).

L'OTAN réagit en restant unie et en coopérant étroitement avec ses pays membres et ses partenaires. Elle apporte une réponse mesurée et responsable, en luttant contre la désinformation par une communication publique factuelle et crédible. Elle réfute publiquement les allégations mensongères ainsi que les principaux messages de désinformation qui visent l'Alliance, et coordonne la mise en commun des informations, des éclairages et des bonnes pratiques.

Pour lutter contre la désinformation, l'OTAN collabore également avec l'Union européenne, les Nations Unies, le G7 et la société civile. Des médias libres et indépendants, avec des journalistes libres de poser des questions difficiles et de vérifier leurs sources, constituent la meilleure ligne de défense contre la désinformation et la propagande.

L’OTAN aborde la lutte contre la désinformation suivant une double approche axée sur les fonctions « Comprendre » (« Understand ») et « Agir » (« Engage »).

La fonction « Comprendre » correspond aux évaluations de l’environnement informationnel, qui permettent de suivre, de surveiller et d’analyser de façon régulière les informations présentant de l’intérêt pour la mission de l’OTAN. L’OTAN peut ainsi évaluer l’efficacité de sa communication.

La fonction « Agir » consiste à assimiler ces données pour que l’OTAN puisse adapter sa communication stratégique et lutter le plus efficacement possible contre la désinformation.

La communication de l’OTAN est factuelle, ponctuelle, transparente et coordonnée. Elle lui permet d’avoir une place de choix dans l’environnement disputé qu’est l’espace informationnel.

La coordination avec les Alliés et les partenaires est la pierre angulaire de tous les travaux menés par l’OTAN pour comprendre l’environnement informationnel et communiquer avec le public. Elle revêt une importance particulière lorsqu’il s’agit de faire face à une crise évoluant aussi rapidement que celle de la COVID-19. Il est crucial pour l’OTAN que les pays, d’autres organisations internationales comme l’UE, ainsi que la société civile et le secteur privé, travaillent ensemble au renforcement de la résilience de nos sociétés.

Il est crucial, pour une réponse crédible, de comprendre parfaitement l'environnement informationnel, en particulier la désinformation. L'OTAN étudie régulièrement l'environnement informationnel pour fournir des enseignements et des recommandations utiles qui serviront pour sa communication et celle des Alliés.

Les acteurs étatiques comme les acteurs non étatiques ont exploité la pandémie de COVID-19 à des fins de désinformation et de propagande et dans le but de déstabiliser et de fragiliser les sociétés occidentales. Ces dix dernières années, une série d’acteurs étatiques en particulier ont développé et mis en œuvre des techniques de marketing numérique, renforcées par des opérations cyber et psychologiques. Leur objectif est de donner une autre vision du monde, préjudiciable aux valeurs démocratiques.

Les médias contrôlés par l’État, comme Russia Today (RT) et Sputnik, diffusent des reportages mêlant informations authentiques et informations mensongères, qui déjouent les filtres naturels permettant de détecter la désinformation. À travers des organisations comme l’usine à trolls de Saint-Pétersbourg - officiellement appelée « Agence de recherche sur internet », la Russie utilise des comptes falsifiés ou automatisés pour diffuser des « informations » destinées à amplifier certains récits sur les réseaux sociaux et les sites de blogs.

L'OTAN a été la cible d'un certain nombre d'attaques spécifiques axées sur la désinformation entre mars et juin 2020, période qui a coïncidé avec le confinement dans de nombreux pays de l'Alliance.

En deux jours seulement (20 et 21 avril), l’OTAN a détecté trois attaques coordonnées contre la présence de ses troupes en Lettonie, en Lituanie et en Pologne. Ces attaques ont notamment pris la forme d’un faux courrier du secrétaire général de l’OTAN au ministre lituanien de la Défense, Raimundas Karoblis, annonçant à ce dernier que l’OTAN avait l’intention de retirer ses troupes du pays ; d’une fausse interview affirmant que les forces canadiennes en Lettonie avaient introduit le virus dans le pays ; et d’un faux courrier dans lequel un responsable militaire polonais critique la présence de soldats américains.

Depuis le début de la pandémie, la Russie fait circuler de fausses affirmations selon lesquelles l’OTAN continue d’organiser des exercices de grande envergure sans se soucier de limiter la propagation du virus. Par exemple, Sputnik a affirmé que l’exercice OTAN Steel Brawler en Lettonie allait mettre des civils en danger et entraîner une hausse des cas de COVID-19 4. Il a prétendu plus ou moins la même chose à propos de l’exercice maritime BALTOPS en mer Baltique 5. En réalité, Steel Brawler a eu lieu uniquement sur des sites d’entraînement militaires, le but étant justement d’éviter tout contact avec la population locale, et BALTOPS s’est déroulé presque exclusivement en mer 6.

L’exercice Defender-Europe 20, dirigé par les États-Unis et dans le cadre duquel des milliers de soldats basés aux États-Unis ont été déployés en Europe, a régulièrement été la cible d’activités de désinformation 7 8. En raison de la pandémie, le périmètre et la portée de l’exercice ont été réduits 9, pourtant des sources russes continuent d’affirmer que les restrictions imposées aux déplacements n’ont pas été respectées et que cet exercice a propagé le virus dans toute l’Europe.

Bien qu’elle ait critiqué les exercices de l’OTAN, qui seraient soi-disant un vecteur de la propagation du virus, l’armée russe a continué d’organiser des exercices 10 pendant la pandémie. Le ministre russe de la Défense a annoncé le début du programme des exercices militaires qui sont habituellement organisés l’été 11 et indiqué que près de 3 600 activités d’entraînement au combat seront organisées entre juin et septembre 2020.

À mesure que la crise liée au coronavirus s’est étendue, la communication de la Chine a évolué et s’est durcie, ce qui lui a valu d’être qualifiée de « diplomatie du loup combattant » 13 ou de « diplomatie des masques ». L’objectif semble double : rejeter toute critique de la gestion chinoise de la pandémie et donner de la Chine l’image d’un leader mondial responsable, doté d’un modèle de gouvernance supérieur.

Pour faire taire les critiques, les sources officielles chinoises s’emploient à semer le doute sur l’origine du virus, allant jusqu’à rendre des Alliés responsables de l’éclatement de la pandémie. Le tabloïd chinois « Global Times », contrôlé par l’État, a laissé entendre dans un tweet 14 que le virus pourrait être venu d’Italie, tandis que le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a indiqué sur Twitter que l’armée des États-Unis pourrait avoir amené l’épidémie à Wuhan 15. Aucune preuve n’est venue étayer ces propos.

En avril 2020, l’ambassade de Chine en France a publié sur son site web un article qui prétendait que le personnel d’une maison de retraite française avait abandonné les résidents, les condamnant à « mourir de faim et de maladie »16. Jean-Yves Le Drian, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, a réagi aux déclarations de l’ambassade de Chine en convoquant l’ambassadeur chinois le 14 avril. Dans une déclaration, il a qualifié les agissements de l’ambassade de Chine de « non conformes à la qualité de la relation bilatérale entre nos deux pays » et il a exprimé sa désapprobation.

Tout en mettant en doute les origines du virus, les médias étatiques chinois s’emploient à mettre en avant les divisions entre les Alliés dans leur réponse à la pandémie et insinuent que si un vaccin est mis au point, les pays occidentaux ne comptent pas le partager. La chaîne télévisée publique CGTN a affirmé que le soutien de l’OTAN aux Alliés et aux partenaires était inefficace.

Des acteurs non étatiques tentent aussi d’exploiter la pandémie dans leur communication. Des groupes terroristes essaient soit de recruter de nouveaux partisans et de préparer des attentats, soit d’améliorer leur image. Dans sa lettre d'information, intitulée Al-Naba, l’EIIL affirme que commettre des actes terroristes immunise les djihadistes contre la COVID-19, et il encourage ses adeptes à profiter de la situation pour monter de nouvelles attaques. Tant l’EIIL qu’Al-Qaida soutiennent que la pandémie est une manifestation de la colère de Dieu contre les « infidèles ». Al-Qaida encourage ceux de ses sympathisants qui vivent en Occident à utiliser ce temps pour étudier ses enseignements et se convertir à l’islam.

En avril 2020, une opération de désinformation en plusieurs phases a consisté à diffuser de fausses allégations indiquant qu'en raison d'une flambée de cas de COVID-19 au sein du groupement tactique multinational de l'OTAN en Lituanie, l'Organisation avait décidé de retirer ses troupes.

Cette information fallacieuse et mensongère s'appuyait sur un faux courrier du secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, au ministre lituanien de la Défense, Raimundas Karoblis. Ce courrier contenait de multiples récits hostiles mensongers concernant un nombre croissant de cas de COVID-19 parmi les soldats de l'OTAN et des informations fallacieuses concernant la réaction des autorités lituaniennes de santé publique à la pandémie.

Il ressort de l'horodatage de cette opération que la campagne a débuté par la publication de deux postes sur des blogs, l'un en lituanien et l'autre en anglais. Chaque version contenait des informations fallacieuses et mensongères différentes au sujet de l'impact des cas de COVID-19 sur place. Ces blogs ont ensuite été partagés sur divers réseaux sociaux et sites web marginaux au moyen de faux comptes éphémères, dont le compte usurpé d'un vrai journaliste lituanien. Les comptes utilisés avaient pour l'essentiel été créés les jours précédant la publication des postes initiaux sur les blogs, ce qui montre que l'opération avait été minutieusement planifiée.

En plus du faux courrier et des articles non authentiques diffusés à l'appui de celui-ci, l'opération a également fait intervenir une vidéo trafiquée sur YouTube. Il s'agissait d'une recontextualisation d'une conférence de presse donnée par le secrétaire général à la réunion des ministres de la Défense des pays de l'OTAN du 14 avril 2020. La vidéo a été modifiée pour faire croire à une conférence de presse consacrée uniquement à l'impact de la COVID-19 sur les soldats de l'OTAN en Lituanie.

La fausse lettre a ensuite été envoyée directement par courriel au siège de l'OTAN au moyen d'une adresse électronique censée provenir d'un commandement OTAN, mais en réalité usurpée. Même s'il tentait d'imiter une communication officielle de l'OTAN, le courriel était de mauvaise qualité et contenait plusieurs erreurs de formatage, de syntaxe et de grammaire qui rendaient sa crédibilité douteuse.

Voici ce qu'a déclaré le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, au Baltic News Service : « Ils n'ont pas réussi car, d'abord, il a été clairement révélé que cette lettre est un faux ; et ensuite, nous avons vu que les Alliés restent déterminés, qu'ils restent unis, et qu'en réalité ils s'entraident face à la crise liée au coronavirus. »


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