Dmytro Razoumkov, président de la Verkhovna Rada
La verticale de la lutte contre la corruption a été formée, il faut qu'elle remplisse efficacement ses fonctions
05.11.2020 15:15

La visite d'une délégation parlementaire ukrainienne, dirigée par le président de la Verkhovna Rada, Dmytro Razoumkov, à Berlin s'est déroulée dans une situation où l'Allemagne faisait face à des batailles politiques internes sur la question du confinement. Il est possible que la visite ukrainienne ait clôturé la saison des visites politiques de haut niveau de cette année (d'ailleurs, ce sont les Ukrainiens qui l'ont ouverte au printemps après la première vague du coronavirus). Cependant, cela n'a pas empêché la délégation ukrainienne de tenir des discussions bien nourries avec des hommes politiques allemands : le président du Bundestag Wolfgang Schaeuble, des députés de diverses fractions, des ministres des Affaires étrangères et de la Défense.

Dmytro Razoumkov a parlé dans une interview accordée à Ukrinform des questions inscrites à l'ordre du jour de la première visite du président du parlement ukrainien en Allemagne au cours des cinq dernières années.

L'UKRAINE COMMUNIQUE SA POSITION SUR NORD STREAM 2

- La pandémie de Covid-19 devient forcément l'un des sujets de négociations. Avez-vous discuté avec vos partenaires allemands de la coopération pour surmonter la pandémie, d'une éventuelle assistance de l'Allemagne, y compris dans la fourniture de vaccins ?

- Oui, nous avons parlé de l'accès aux vaccins lorsqu'ils apparaissent, de l'inclusion de l'Ukraine dans la liste prioritaire des États qui les recevront. Cette question a été évoquée lors de plusieurs rencontres.

- Commentant les résultats de votre visite, vous vous êtes concentré sur le soutien continu de l'Allemagne à l'Ukraine dans la restauration de son intégrité territoriale. La position de Berlin est très importante pour nous. Pourtant, il y a un certain nombre de questions sur lesquelles Kyiv aimerait s'attendre à une meilleure compréhension de l'Allemagne, notamment sur Nord Stream 2. Ce sujet a-t-il été soulevé lors de vos rencontres ?

- Nous avons discuté de Nord Stream 2. L'Ukraine communique sa position à ses partenaires allemands. Nous sommes bien conscients qu'il ne s'agit pas seulement d'un problème économique, mais aussi d'une opportunité d'influencer les processus géopolitiques et de créer un mécanisme supplémentaire de pression et d'influence de la Russie sur l'UE.

Nous, en tant qu'État qui est un pays de transit fiable pour le gaz, et en parallèle, qui a été confronté à plusieurs reprises à la façon dont la Russie ne peut utiliser cette question que politiquement, pour faire pression sur un autre État indépendant, nous ne pouvons pas ne pas le signaler à nos amis. Et je suis sûr que nos partenaires nous entendent.

Je comprends que la décision sera prise par l'Allemagne, mais ils devraient prendre en compte les événements qui se produisent aujourd'hui : l'empoisonnement de Navalny, des cyberattaques et bien d'autres choses qui démontrent la position de la Russie à l’égard de ses partenaires, du droit international et de l'inviolabilité des frontières. Les événements qui peuvent difficilement être considérés comme des mesures amicales. Je suis convaincu que le monde civilisé le perçoit correctement.

- Vous avez rencontré des représentants de presque tous les partis politiques représentés au Bundestag. Parmi eux figure Annegret Kramp-Karrenbauer, dirigeante de l'Union chrétienne-démocrate, qui est également à la tête de la Bundeswehr. De quelle position s'est-elle exprimée davantage ?

- Tout d'abord, elle est ministre de la Défense, et nous nous sommes rencontrés au ministère. C'était une rencontre à 100 % avec la ministre de la Défense. Mais elle est aussi à la tête du parti. C’est pourquoi je pense que c'était une combinaison de deux rencontres en même temps.

Nous avons entendu sa position personnelle en faveur de l'Ukraine et sa position en tant que représentante du gouvernement allemand. Heureusement, elles sont exactement les mêmes.

Nous avons discuté du soutien que nous ressentons en termes de traitement de nos militaires. 152 personnes ont suivi ou suivent actuellement un traitement et une réadaptation. À ce jour, 13 de nos gars sont dans des cliniques militaires allemandes. C'est un soutien assez considérable.

Nous avons des programmes de coopération au sein de l'OTAN. Si nous parlons du statut de partenaire aux opportunités de coopération renforcée, il faut dire que l'aide que l'Ukraine a reçue de l'Allemagne et directement du ministère de la Défense est très importante.

Je suis convaincu qu'aujourd'hui, dans les conditions difficiles auxquelles le monde est confronté en raison de la pandémie de coronavirus, nous pourrons à l'avenir coopérer efficacement avec l'Allemagne directement en tant qu'État et membre de l'OTAN.

Il y a des problèmes communs qui devront être résolus. Il s'agit notamment de la cybersécurité. Malheureusement, ce problème est devenu une menace sérieuse pour l'Ukraine, l'Allemagne et d'autres pays.

LA VERTICALE DE LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION A ÉTÉ FORMÉE

- Il se trouve que votre visite a eu lieu à un moment de turbulences dans notre pays. La lutte contre la corruption et la réforme du système judiciaire préoccupent beaucoup nos partenaires occidentaux. La situation avec la Cour constitutionnelle d'Ukraine a-t-elle affecté vos entretiens à Berlin ? De quelle manière les questions de lutte contre la corruption ont-elles été abordées en général ?

- Si nous parlons de la lutte contre la corruption, alors la Verkhovna Rada de la 9e législature a déjà fait beaucoup de choses, en offrant aux organes anticorruption des possibilités de travailler. C'est nous qui avons repris l'article sur l’enrichissement illégal. C'est nous qui avons lancé la Haute Cour anticorruption. Si nous parlons des déclarations de patrimoine électroniques, alors la Verkhovna Rada a prévu des mécanismes supplémentaires, rendant ce processus plus transparent.

À ce jour, toute la verticale de la lutte contre la corruption a été formée. Il est essentiel maintenant qu'elle remplisse efficacement ses fonctions.

LES CONSEILS LOCAUX ONT BESOIN DE DÉPUTÉS PATRIOTES, PROFESSIONNELS ET HONNÊTES

- L'Allemagne est l'un des partenaires les plus actifs pour soutenir les réformes dans notre pays. Prenons au moins la réforme de la décentralisation entreprise par l'Allemagne. Elle est toujours citée comme un bon exemple de réforme. Avez-vous abordé cette question à Berlin ?

- Oui, nous l'avons abordée. Nous avons discuté de la décentralisation lors de plusieurs rencontres. Personnellement, je pense que cette réforme est assez efficace. Il est vrai qu’il existe des problèmes, il y a des questions qui restent à régler, mais en général, la réforme progresse. Une étape particulièrement importante a été franchie dimanche dernier, c’étaient des élections locales. C'est l'une des étapes clés de la réforme de la décentralisation. Le gouvernement local nouvellement élu se verra attribuer un grand nombre de pouvoirs et de responsabilités, mais en même temps des ressources financières supplémentaires qui pourront être utilisées au profit des communautés.

L'approche professionnelle et de principe de certaines collectivités territoriales reste la question clé. Si nous obtenons des conseils patriotiques, honnêtes et professionnels, de même pour leurs chefs, nous y parviendrons à de bons exemples de réalisations que nous voyons déjà. Les opportunités se sont multipliées.

Nous avons franchi une étape, il y en aura une deuxième maintenant. Le second tour des élections est attendu dans de nombreuses grandes villes, le dépouillement des voix se poursuit. J'espère que tout se passera bien.

C'est important pour nous, pour l'État. Bien sûr, il y a encore des questions liées aux conseils de district, beaucoup d'aspects doivent encore être travaillés. Mais je suis sûr que nous allons dans la bonne direction.

- Comment évaluez-vous les résultats des élections locales ? Le système de liste ouverte, que certains ont jugé trop compliqué, a-t-il bien fonctionné ?

- Attendons de voir les résultats.

Il y a en effet des questions. Nous avons eu un système similaire en 2015 et, malheureusement, il y a des exemples où les gens ont obtenu de bons résultats dans leurs circonscriptions, mais ils ne sont pas devenus députés des conseils locaux. Si nous parlons objectivement, il existe des lacunes. Ce système s'est avéré différent en Ukraine qu’en Pologne.

Mais le problème qui s'est réellement posé lors de cette élection est le faible taux de participation, si je ne me trompe pas, il est le plus faible de l'histoire : 37%. C'est nettement moins que lors des dernières élections. Je comprends que cela est principalement dû au coronavirus, il a fortement influencé ce processus. D'autre part, le taux de participation aux élections locales est toujours inférieur à celui des élections présidentielles et parlementaires.

LE PARLEMENT TRAVAILLERA AU PROFIT DE L'ÉTAT AVEC 450 OU 300 DÉPUTÉS

- Les prochaines élections à la Verkhovna Rada de l'Ukraine ne sont pas pour demain. Cependant, le député Mykyta Potourayev du parti Serviteur du peuple a récemment suggéré dans une interview avec Levy Bereg que le Serviteur du peuple participerait aux prochaines élections législatives en tant que deux ou trois groupes politiques. Est-il possible que vous dirigiez l'un de ces groupes ?

- Aujourd'hui, nous n'avons pas de campagne électorale. Je ne vois aucune restructuration du parti. Je pense que Mykyta Potourayev peut commenter lui-même ses déclarations.

- Parallèlement à l'élection du 25 octobre 2020, un sondage a été réalisé intitulé « Cinq questions du président Volodymyr Zelensky », dont l'une concernait la réduction d'une fois et demie du nombre de députés de la Verkhovna Rada. Selon vous, cela contribuera-t-il à améliorer l'efficacité du Parlement ?

- J'ai pris une décision sur cette question non pas maintenant, mais il y a un an et demi, lorsque j'ai déclaré que la réduction du nombre de députés n'affecterait pas négativement les activités de la Rada.

Je sais qu'il y a différentes positions au Parlement : certaines personnes soutiennent cette idée, d'autres non. Je pense que même si ce nombre est réduit à 300, cela nous permettra quand même de travailler correctement. Il y avait 450 députés en 1991. Aujourd'hui, la population de l'Ukraine a diminué. Par conséquent, si nous faisons un recensement et laissons le même nombre d'électeurs par député, nous obtiendrons un chiffre d'environ 300 députés.

Dans tous les cas, quel que soit le nombre de députés, la Verkhovna Rada remplira ses fonctions et travaillera au profit de l'État.

IL EST DOUTEUX QUE LA VERKHOVNA RADA INTERDISE AUX HOMMES POLITIQUES DE SE RENDRE EN RUSSIE

- Plusieurs projets de loi ont été enregistrés à la Verkhovna Rada (en particulier, n° 4136, n° 2612), qui interdisent aux fonctionnaires ukrainiens d'avoir des contacts officiels ou des entretiens séparés avec les représentants du pays agresseur. Le Parlement prévoit-il d'examiner ces projets de loi, étant donné que ces voyages, notamment ceux des députés de la Plateforme de l'opposition Pour la vie, sont devenus réguliers ? Est-il possible d'imposer des sanctions dans de tels cas aux députés respectifs ?

- Ce processus semble bon en termes de médias, mais en termes de mise en œuvre directe, il sera difficile de le faire. Cela ralentira le processus au niveau du Groupe de contact trilatéral, du format de Normandie, d'autres négociations. Pour autant que je sache, à ce jour, ces questions n'ont pas été examinées par les comités et ne sont donc pas prêtes à être examinées dans la salle des sessions. Et je ne pense pas qu'elles seront là de sitôt.

Il y a actuellement de nombreuses questions d'une importance capitale à l'ordre du jour. La première d'entre elles est le budget.

- Espérez-vous qu'il sera adopté d'ici la fin de l'année ?

- Je ne promets pas et je n'espère pas. Je n'ai qu'une seule voix. Mais je pense qu'une Verkhovna Rada responsable doit approuver le budget dans les temps.

En fait, nous aurions pu l'examiner le 20 octobre, si ce n'était de la pandémie qui a rendu impossible la réunion de la commission. Je comprends que nous avons la possibilité de tenir des réunions en ligne, mais soyons réalistes : envisager le budget en ligne est un peu étrange.

Je pense que dans un avenir proche, la commission tiendra sa réunion et approuvera le tableau. Et puis il y a d'autres étapes dans le processus budgétaire. Je ferai tout ce qui dépend de moi pour que le budget soit adopté à temps. J'espère que d'autres collègues adopteront la même position.

LE GOUVERNEMENT ET L'OPPOSITION DOIVENT S'UNIR DANS LA LUTTE CONTRE LE CORONAVIRUS

- Votre visite à Berlin est intervenue au moment où un nouveau confinement a été approuvé en Allemagne, quelques heures à peine avant qu'il ne commence. En termes de population, la situation en Allemagne ces derniers jours peut être comparée à la nôtre. À ce stade, êtes-vous favorable à l'introduction de mesures strictes pour lutter contre la propagation du coronavirus ?

- Ce n’est pas tout le monde dans notre pays qui a une attitude responsable vis-à-vis de sa santé et de celle des autres. Malheureusement, je le constate même au sein de la Verkhovna Rada. Certains députés sont très superficiels quant aux mesures introduites et aux normes du confinement, malgré le fait que le taux d'incidence à la Rada soit assez élevé : plus de 60 personnes ont déjà été malades ou sont malades aujourd'hui. Le nombre de cas au niveau national est chaque jour élevé.

L'essentiel est de protéger les médecins. Si nous parlons des lits pour les personnes atteintes de la COVID-19, ou pour les cas suspects, alors leur nombre est encore suffisant, il y en a assez dans la réserve, et l'État va continuer à l’augmenter. Mais il est important d'avoir suffisamment de médecins et de pouvoir protéger leur santé.

- Si la conscience elle-même ne fonctionne pas toujours, les amendes contribueront-elles à l'augmenter ?

- De tels projets de loi sont en cours d'examen au Parlement, ils seront transférés aux commissions. Si nous constatons une détérioration de la situation, et objectivement nous le voyons, alors peut-être qu'ils seront examinés dans la salle des sessions.

D'un point de vue médical, nous sommes plus ou moins prêts. Nous sommes également prêts techniquement. Ce n'est pas le printemps. La Verkhovna Rada a fait tout son possible. Nous avons créé un fonds COVID lorsque nous avons examiné les budgets. Nous l'avons rempli de fonds. À cet égard, le Parlement s'est acquitté de sa fonction. Il y a eu plusieurs initiatives de la Rada pour soutenir les petites entreprises et, surtout, les médecins. Nous insisterons pour que le Conseil des ministres de l'Ukraine se conforme à toutes les instructions qui lui ont été données par la Verkhovna Rada.

Olga Tanasiitchouk, Berlin

Crédit photo : Olga Tanasiitchouk

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