Emine Dzheppar, Première Vice-Ministre des affaires étrangères de l'Ukraine
La Plateforme de Crimée est ouverte à tous les pays du monde qui soutiennent la désoccupation de la péninsule
23.12.2020 15:00

Depuis bientôt sept ans, la Crimée occupée par la Russie est une blessure douloureuse sur le corps de l'État ukrainien. Parmi les dernières mesures prises par l'Ukraine pour inclure dans l’agenda international l'occupation de la Crimée et les changements qui se produisent dans la péninsule depuis 2014 et qui impactent le monde entier figure la création de la Plateforme de Crimée, qui sera présentée lors d’un sommet des dirigeants des États et des organisations internationales prévu pour l'année prochaine.

Le correspondant d’Ukrinform s’est entretenu avec Emine Dzheppar, première vice-ministre des Affaires étrangères d'Ukraine, pour s’informer sur les États qui ont déjà confirmé leur participation à cette conférence, le stade auquel se trouve le processus de préparation et les résultats que pourraient apporter ce sommet.

- Madame Dzheppar, pouvez-vous nous expliquer brièvement ce qu'est la Plateforme de Crimée, comment est née l'idée de sa création et dans quel but le ministère des Affaires étrangères invite-t-il des pays à y participer?

- La plateforme de Crimée, développée par le ministère des Affaires étrangères de l'Ukraine sur l'initiative de notre président, est une plateforme internationale dédiée aux problèmes de la Crimée, elle fonctionnera dans un format de coordination et de dialogue avec pour objectif ultime la désoccupation de la Crimée et son retour sous le contrôle ukrainien. Pour atteindre cet objectif, nous prévoyons de travailler au renforcement de la politique de non-reconnaissance de l'occupation de la péninsule de Crimée et à l'accroissement des pressions politiques et diplomatiques sur le Kremlin, en particulier, celle des sanctions. La Plateforme de Crimée vise également à lutter contre les violations des droits de l'homme dans le territoire temporairement occupé de l'Ukraine, ainsi qu'à surmonter les défis sécuritaires, économiques, environnementaux et autres engendrés par l'occupation. Dans le cadre de la Plateforme de Crimée, nous avons prévu un sommet, qui devrait se tenir sous la forme d'un événement inaugural du plus haut niveau et donner ainsi un début officiel aux travaux de cette plateforme.

De l’éventail même de ces tâches apparaît clairement notre volonté d’impliquer le plus grand nombre possible de pays dans ce format.

- La date du Sommet a-t-elle été fixée?

- Nous travaillons actuellement à déterminer le meilleur moment pour tenir ce sommet. Malheureusement, pour des raisons objectives, l’existence de la pandémie, nous recherchons une date en 2021 à laquelle les participants pourraient se rendre physiquement à Kyiv. C'est la position de principe du président ukrainien. Et dès que nous aurons pu déterminer cette date, nous commencerons immédiatement à envoyer des invitations aux dirigeants des différents pays.

- Combien de pays et d'organisations internationales ont confirmé leur participation au sommet, combien d’autres prévoyez-vous d'attirer?

- Parmi nos partenaires, qui ont déjà évalué positivement l'initiative de création de la «Plateforme de Crimée», figurent les États-Unis, le Canada, l'Australie, la Grande-Bretagne, la Turquie, la Géorgie, le Danemark, l'Estonie, la Lituanie, la Slovaquie, l'Allemagne, la République tchèque, ainsi que l'UE et un certain nombre de ses pays membres.

La plateforme est ouverte à tous les pays du monde qui soutiennent ses objectifs, et il s’agit avant tout de la désoccupation de la Crimée.

En ce qui concerne les organisations internationales, je peux souligner que la Plateforme de Crimée nous permettra également de coordonner nos démarches avec nos partenaires internationaux au sein de l'ONU, de l'OSCE, du Conseil de l'Europe, de l'OTAN. Sur cette voie, nous avons déjà mis en œuvre des propositions de ces organisations, et nous prévoyons de renforcer cette coopération.

Aujourd'hui, les consultations avec nos partenaires internationaux se poursuivent. Sur la base de leurs résultats, nous avons le sentiment que le cercle des pays qui soutiendront les activités de la Plateforme s’agrandit constamment.

- Qu'est-ce qui, à votre avis, unit les pays qui ont accepté de participer aux travaux de la plate-forme de Crimée?

- Tout d'abord, c'est le respect des normes et principes du droit international. Les partenaires de l'Ukraine, qui participeront aux travaux de la Plateforme de Crimée, soutiennent notre indépendance, notre souveraineté et notre intégrité territoriale depuis le tout début de l'agression russe. Ce sont les pays qui soutiennent l’adoption des documents qui ont jeté les bases de la politique de non-reconnaissance de l’occupation de la Crimée.

- La tenue de ce forum signifie-t-elle que l'Ukraine mise sur l'organisation d'une nouvelle plateforme de négociation permanente, comme, par exemple, le protocole de Minsk? Ou le sommet se limitera-t-il à remettre le thème de l'occupation de la Crimée à l'ordre du jour international?

- En effet, le but du sommet est d'attirer une attention supplémentaire sur le thème de l'occupation de la Crimée et de le remettre à l'ordre du jour international. Dans le même temps, le sommet de la Plateforme de Crimée a un objectif important. Comme je l'ai dit, lors de ce sommet, nous allons inaugurer officiellement la plateforme.

Le travail lui-même, qui découle de l'objectif ultime des activités de la Plateforme, sera permanent et durera jusqu'à la désoccupation de la Crimée. Il se déroulera au niveau intergouvernemental, interparlementaire et à celui des experts et comprendra à la fois un travail minutieux et quotidien sur les sanctions, la militarisation et la sécurité, la liberté de navigation, les violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire, de l'économie et de l'environnement, et le maintien de la question de la Crimée dans l'actualité politique et scientifique.

- Une invitation à participer au forum sera-t-elle envoyée à la Russie, qui a déclaré à plusieurs reprises que la question de la Crimée était close pour elle?

- Pour le moment, nous n'avons pas encore envoyé d'invitations à participer au sommet. Nous consultons nos partenaires concernant les formats et le contenu de la Plateforme de Crimée et de son sommet inaugural.

Notre position de principe est que la Fédération de Russie, en tant que pays occupant, qui porte l'entière responsabilité de l'occupation et de ses conséquences, devrait être invitée à la Plateforme de Crimée.

- La participation au sommet de Crimée de ceux qui vivent actuellement en Crimée et ressentent les conséquences de l'occupation russe sera-t-elle discutée?

- Le sommet est avant tout une réunion de dirigeants des États. Il ne fait aucun doute que la voix des personnes qui sont devenues otages dans le territoire occupé doit être entendue, y compris sur la scène internationale. Nous chercherons une formule appropriée pour cela. Parce que la sécurité des personnes qui vivent actuellement en Crimée sous occupation doit être une priorité.

- Dans quelques mois, cela fera sept ans que la Russie occupe la Crimée. Si l'on compare la situation en février 2014 et en décembre 2020, quels changements positifs se sont produits dans le monde dans l'évaluation du fait de l'occupation de la péninsule ukrainienne?

- Par rapport à février 2014, le rôle de la Russie est clairement compris par tous les membres de la communauté internationale. Le statut de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol en tant que territoire de l'Ukraine temporairement occupé par la Fédération de Russie est inscrit dans les résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies et d'autres décisions d'organisations internationales, et les crimes de la Russie en Crimée sont documentés.

Nous pouvons en particulier nous appuyer sur la résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies sur «L'intégrité territoriale de l'Ukraine» adoptée en 2014. Les résolutions sur la situation des droits de l'homme dans la péninsule occupée sont également importantes. Elles sont adoptées chaque année, à partir de 2016, et chaque fois de nouveaux éléments importants sont ajoutés au texte. En particulier, en plus de compléter les violations des droits de l'homme, ces résolutions fixent également le statut de la Crimée en tant que territoire ukrainien temporairement occupé par la Fédération de Russie. Cette année, le projet de résolution, déjà approuvé par la Troisième Commission compétente de l'Assemblée générale des Nations Unies, déclare que «les organes et les fonctionnaires de la Fédération de Russie sur le territoire de la Crimée temporairement occupée sont illégitimes et devraient être appelés «la puissance d'occupation de la Fédération de Russie». Il y a une semaine, le 7 décembre, lors de la 75e session de l'Assemblée générale de l'ONU, une résolution portant sur le problème de la militarisation de la Crimée, de Sébastopol, ainsi que de certaines parties de la mer Noire et d'Azov a été adoptée. Elle a été adoptée pour la troisième année consécutive et prouve bien que ce problème est au centre de l’attention de la communauté internationale. En outre, les sanctions en réponse à l'empiètement sur la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine ont été adoptées et sont non seulement maintenues, mais se développent progressivement. La Plate-forme de Crimée vise à donner un nouvel élan à la politique internationale de désoccupation de la Crimée et à accroître l’efficacité de ces mesures.

Il est également important de noter que les dossiers concernant la Crimée sont examinés dans des instances internationales: à la Cour européenne des droits de l’homme, à la Cour internationale de justice, à la Cour maritime internationale. La coopération avec le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale se poursuit. Il s'agit d'une action plutôt lente, mais les violations des droits de l'homme, les manifestations de discrimination raciale et le financement du terrorisme, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité ont été dûment documentés et renvoyés aux autorités compétentes, il existe des décisions provisoires sur l'application de mesures provisoires.

- Qu'est-ce qui a empiré par rapport à 2014?

- La situation sur la péninsule est sans doute en train de changer. De plus en plus de personnes sont victimes de violations des droits humains. L'administration d'occupation russe militarise tous les aspects de la vie dans la péninsule, y compris l'éducation. Ainsi, la propagande de la guerre est menée auprès des enfants. Il y a répression politique et restriction des libertés fondamentales, persécution pour des motifs ethniques ou religieux. Le patrimoine naturel et culturel de la péninsule est menacé. Nous appelons la communauté internationale à lutter conjointement contre ces tendances négatives par tous les moyens politiques, juridiques et économiques disponibles. Nous constatons la volonté politique de nombreux pays d’y adhérer.

Zera Achyrova, Kyiv

Photo: Ukrinform et le service de presse du ministère des Affaires étrangères.

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