Qui a tué Katya Handziuk : ce que nous savons pour le moment

Qui a tué Katya Handziuk : ce que nous savons pour le moment

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Ukrinform
La nouvelle est tombée le 4 novembre dans la journée : Kateryna Handziuk est morte

Activiste et conseillère du maire de Kherson, elle s'est retrouvée à l'hôpital le 31 juillet après avoir reçu  de l'acide sulfurique, jeté par un homme. Depuis lors, elle a subi plusieurs opérations et, selon les informations préalables, son décès serait dû à une rupture d’anévrisme.

Qui était-elle?

Kateryna Handziuk est née en 1985. Elle a fait 3 années études supérieures dans les domaines de l'économie et de la gestion. En 2006, elle est diplômée de l'Université d'État de Kherson, en 2008 de l'Université économique nationale de Kyiv et en 2016, de l'Académie nationale de l'administration publique.

Crédit photo: Facebook de Kateryna Handziuk
Crédit photo: Facebook de Kateryna Handziuk

En 2004, Kateryna participe activement à la Révolution orange. En 2006, elle a travaillé comme chef de projet, responsable de la branche de Kherson de l’ONG « Eidos », le Centre d’études politiques et d’analyses.

En 2012, Kateryna devient cofondatrice de l'Agence de journalisme public, « MOST », qui a publié des enquêtes concernant la corruption des autorités de la région de Kherson.

En 2014, elle participe à l'EuroMaidan à Kherson. Après l'annexion de la Crimée et le début du conflit dans le Donbass, elle s'engage pour apporter de l’aide aux déplacés et devient assistante pour les réfugiés dans le Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies de la région de Kherson, ainsi que bénévole pour Itchy Trigger Finger Ukrainians, une organisation engagée dans les publications patriotiques pour les habitants de Crimée occupée. Au cours des dernières années de sa vie, Kateryna travaillait pour des organisations internationales telles que la Fondation pour le soutien aux activités civiques, l'Organisation internationale pour les migrations, le Fonds des Nations Unies pour la population en Ukraine et la Fondation internationale Renaissance.

Son conflit avec les forces de l'ordre

En septembre 2017, Kateryna Handziuk a publiquement accusé le chef du département de la protection de l'économie de la région de Kherson, Artyom Antochtchuk, d'avoir extorqué un pot-de-vin aux employés du conseil municipal. Après cela, le fonctionnaire a porté plainte contre elle pour honneur et dignité. Le tribunal a donné raison à Antochtchouk : l'activiste a été obligée de retirer une partie de ses accusations.

En 2018, elle a publié une liste de plus de 200 personnes qui se prétendaient journalistes pour obtenir des autorisations de possession d'armes à feu et des pistolets traumatiques.

Crédit photo: Kateryna Handziuk
Crédit photo: Kateryna Handziuk

Le 28 juillet, soit 3 jours avant l'attaque, la jeune femme a rendu publiques les informations concernant la création d’organisations autonomes pro-russes à Kherson et l'inactivité totale des forces de l'ordre à cet égard.

Selon Handziuk, ces organisations ont été créées par les mêmes personnes qui, en 2014, ont organisé des rassemblements pro-russes et des unités de hooligans armés, appelés « titouchky », ainsi que le recrutement de combattants pour les « armées » des prétendues Républiques populaires de Louhansk et de Donetsk.

« Les séparatistes de Kherson fabriquent des timbres-postes, constituent leurs propres autorités, émettent des certificats et rendent des services administratifs rémunérés. À plusieurs reprises, nous nous sommes tournés vers le bureau du procureur, qui, pourtant, n'y voit pas de crime », a-t-elle repris.

Kateryna a également eu plusieurs différends avec un certain Kyryl Stremoussov, membre du Parti socialiste, qui serait un activiste pro-russe. Il existe même une vidéo sur laquelle on le voit en train d'insulter Katya.

L'attaque et l'enquête

Kateryna Handziuk s'est faite attaquer le 31 juillet dans la matinée en bas de son immeuble à Kherson. L'homme qui l'attendait à l'entrée lui a jeté de l'acide sulfurique concentré sur la tête; la jeune femme a été brûlée à 35% sur tout le corps. Au cours des mois suivants, elle a subi plus d’une dizaine d'opérations et est restée en soins intensifs.

Crédit photo: Facebook de Kateryna Handziuk
Crédit photo: Facebook de Kateryna Handziuk

Dés le début, la police a qualifié l'affaire de « hooliganisme ». Mais sous la pression de la société, la police a fini par qualifier cette attaque de « tentative de meurtre avec une cruauté particulière ».

Le 3 août, Yuriy Loutsenko, procureur général de l'Ukraine a déclaré que l'affaire Handzyuk serait transférée au Service de sécurité de l'Ukraine. Le même jour, le ministre de l'Intérieur ukrainien, Arsen Avakov, a annoncé l'arrestation d'un certain Mykola Novikov, soupçonné d'avoir commis cette attaque.

Cependant, Kateryna Handziuk, qui a repris conscience, a déclaré qu'elle n'avait jamais vu cet homme auparavant et que les témoins de l'attaque ne le reconnaissaient pas non plus. Cette tournure a  révolté encore plus la société, d’autant que l'homme avait un alibi : le jour où Kateryna a été agressée, il était en vacances avec sa famille loin de Kherson. Finalement, après plusieurs semaines de calvaire, l'homme a été relâché.

Le 20 août, le président de la police nationale, Serhiy Knyazev, a déclaré que cinq personnes avaient été arrêtées par la police, soupçonnées d'organisation et de complicité de tentative d'assassinat » sur Kateryna Handziuk. Il s'agirait de Victor Gorbounov qui aurait acheté l'acide, Mykola Grabtchouk qui aurait directement attaqué Kateryna, Serhiy Torbin, organisateur de  l'attaque et deux autres hommes. Tous les prévenus seraient des anciens combattants. Selon les informations de la police, quatre des cinq individus interpelés ont déjà reconnu leur implication dans le crime.

Cependant, le nom du commanditaire de cette attaque n'a jamais été dévoilé et c'est surtout cela que les activistes reprochent à la police.

La réaction des autorités ukrainiennes

Petro Porochenko, président ukrainien, a rapidement réagi sur la triste nouvelle.

« Je tiens à m'adresser aux représentants des forces de l'ordre pour qu'ils fassent tout leur possible pour trouver les assassins, pour que ces assassins soient punis et se retrouvent sur le banc des accusés. Et nous devons tous joindre nos efforts afin que cela aboutisse, aider tous ensemble les forces de l'ordre et la police pour que le mal soit puni », a-t-il déclaré lors de sa rencontre avec la communauté ukrainienne en Turquie où se trouvait le président ukrainien le jour du décès de Kateryna.

Volodymyr Hroisman, premier ministre de l'Ukraine, a présenté ses condoléances à la famille et aux proches de Kateryna.

« Kateryna Handziuk est morte. Le crime contre elle - sans délai de prescription. Les coupables doivent être punis. Mémoire éternelle », a-t-il écrit sur sa page Twitter.

La réaction de la société ukrainienne

Au total, une quarantaine d’attaques contre des activistes civils et des journalistes ont eu lieu en 2018, dont pratiquement aucune n'a été élucidée. Bien entendu, cela provoquait déjà un vif mécontentement au sein de la société ukrainienne, mais l'attaque contre Kateryna semble être cette goutte d'eau qui a fait déborder le vase. L'enquête qui n'avance pas et la tentative pour le moins maladroite de «coller » cette attaque sur le dos du premier venu n'ont fait qu’obscurcir cette affaire.

Le 28 septembre, une action de protestation sous le nom de « Nuit sur Bankova » s'est tenue  devant le Bureau présidentiel à Kyiv.

«Aujourd'hui, nous sommes arrivés à l'intersection des rues Bankova et Institutskaia, devant le Bureau du président de l'Ukraine, garant des droits et libertés de chaque citoyen, qui doit protéger chaque citoyen et assurer que justice soit rendue à chaque victime. C’est aujourd’hui et là que nous menons une coordination générale de nombreux mouvements sociaux d'activistes et de forces politiques », a déclaré le coorganisateur de l'action, Maxim Kitsyuk.

Quand la triste nouvelle sur la mort de Kateryna s'est propagée, les activistes ont organisé une autre action le soir même de son décès. Cette fois-ci, ils se sont rassemblés devant le ministère de l’intérieur de l'Ukraine.

Les activistes accusent.

En attendant, les amis et les collègues de Kateryna ont fait une annonce choquante : ils savaient qui a « commandité» son assassinat. Le texte a été publié sur la page Facebook du groupe « Хто замовив Катю Гандзюк » (« Qui a commandité l’assassinat de Katya Handzsuk »).

« Katya est morte.

Cause officielle du décès: défaillance multiviscérale et brûlures chimiques touchant 39% du corps à la suite d'une attaque utilisant un produit chimique

Katya a été tuée

Ses commanditaires  sont en vie.

Et nous les connaissons.

Katya savait également qui avait commandité son assassinat et l'avait finalement tuée.

Et nous ne parlons pas ici de cinq ex-combattants de Pravy secteur. Ce ne sont que des exécutants.

Nous savons qui, quand et combien ils ont reçu.

Nous connaissons toute la chaîne, des exécutants, organisateurs, intermédiaires des clients.

Nous savons pourquoi elle a été tuée.

Le ministère de l’Intérieur et le Bureau du procureur le savent aussi. Ils le savent depuis plus de trois mois et ne disent rien.

Ils savent, mais ils couvrent.

Ils savent, mais ils se mettent d’accord.

Ils savent, mais ils se rabaissent au même niveau que les assassins.

Ils savent et ils tuent.

L’intermédiaire entre les auteurs du crime et le client s’appelle Igor Pavlovsky. Auparavant, il a déjà fait de la prison. Il est surnommé « chien ».

Il aime parler de son passé criminel.

Pavlovsky est un ancien assistant officiel du député du Parti des régions Samoilenko et un ancien assistant informel du député du Parti des régions, Zhuravka. Zhuravko est maintenant en soi-disant République populaire de Donetsk. Pavlovsky est l'assistant officiel de Mykola Palamartchouk, député du Bloc Petro Porochenko. Palamartchouk est celui qui gère le département du ministère des Affaires étrangères dans la région de Kherson.

C'est Pavlovsky qui a transféré l'argent à Torbin, chef du groupe d’assassins,  pour le meurtre de Katya

Igor Pavlovsky a transféré l'argent du client.

Oui, nous savons qui a donné l'argent à Pavlovsky », peut-on lire dans le message.

Cependant, Mykola Palamartchouk a rapidement rejeté toutes les accusations portées contre lui en disant que « ce n’était que des conneries » :

« Est-ce que j’avais des relations quelconques avec Kateryna Handzyuk. Non, je n’en avais pas. Est-ce que nous avons eu des conflits ? Non, il n’y en a pas eu. Est-ce que j’avais des raisons de lui vouloir du mal? Non, bien entendu que non. Est-ce que je condamne ce crime? Bien-sûr, je le fais. Et je n’ai certainement rien avoir avec ceci », a-t-il déclaré.

Le scandale autour de la commission à la Rada

Après la mort de Kateryna Handziuk, les activistes et certains politiciens ont exigé la création d’une commission spéciale d’enquête dans l’affaire Handziuk auprès de la Verkhovna Rada de l’Ukraine. Les députés ont accepté la création de cette commission, par contre, les candidats, membres de cette commission, n’ont pas fait l’unanimité.

Selon les informations des activistes, c’est Palamartchouk en personne qui aurait dû faire partie de la commission et ce n’est qu’au dernier moment que sa candidature a été remplacée.

Les activistes ne veulent pas non plus voir des candidats des partis du Bloc Petro Porochenko et du Front populaire comme membres de la commission.

« Le Front populaire et le Bloc Petro Porochenko contrôlent toutes les forces de l’ordre et de plus, ils veulent obtenir le contrôle de la commission de la Verkhovna Rada qui devrait, elle, contrôler le travail de ces mêmes forces de l’ordre », s’offensent-ils.

Selon les activistes, il ne faut inclure dans cette commission que des personnes qui bénéficient de la confiance de la société et qui sont intéressées à la résolution de ce meurtre.

Les réactions de l’Occident

Plusieurs institutions occidentales se sont également empressées de faire des commentaires sur le décès de Katya et de demander d’accélérer l’enquête.

C’est ainsi que, Osnat Lubrani, coordonnatrice du système des Nations Unies et coordinatrice pour les questions humanitaires en Ukraine, s’est exprimée sur Twitter :

«Le bureau des Nations Unies en Ukraine exprime ses condoléances aux parents et aux amis de Kateryna Handziuk. L'impunité pour les crimes commis contre des militants sociaux, des journalistes et d'autres personnes qui parlent en public est inacceptable. L'ONU appelle à une enquête immédiate, à la responsabilité et à la justice », a-t-elle déclaré.

La réaction de l’Union européenne n’a pas tardé non plus.

«Je suis très attristé par l'annonce de la mort de la courageuse Kateryna Handzyuk. Les attaques contre les activistes ne sont pas acceptables. Les auteurs de ce crime doivent être tenus pour responsables. Je suis en deuil avec sa famille et ses amis », a écrit sur Twitter Johannes Hahn, Commissaire européen chargé de la politique d'élargissement et de voisinage.

 « Cette femme de 33 ans  incroyablement courageuse a reçu de terribles brûlures sur 40% de son corps suite à une attaque à l'acide en juillet. Le président Porochenko a promis de rendre justice, et nous soutenons sincèrement cette décision», a déclaré Jeremy Hunt, ministre des Affaires étrangères britannique, avant de qualifier la mort de l’activiste ukrainienne « d'un autre jour triste pour les valeurs démocratiques ».

Christya Freeland, ministre des Affaires étrangères du Canada, insiste aussi sur la responsabilité pour les coupables du meurtre de Handziuk.

« Le meurtre de l’activiste ukrainienne Kateryna #Handziuk, qui dénonçait la corruption, est une perte tragique. Nos prières vont à sa famille et à ses proches. Ceux qui sont responsables de ce crime doivent être traduits en justice », a-t-elle noté.

Kateryna Handziuk a passé 96 jours à l’hôpital. Elle est décédée le 4 novembre, soit 17 jours avant l’anniversaire du début de l’Euromaidan, appellé Révolution de la Dignité, dont l’objectif était de changer à tout jamais le visage de l’Ukraine. Malgré de nombreuses réalisations, malheureusement, aujourd’hui, les Ukrainiens continuent à faire face à la corruption, à l’impunité et à l’impuissance des forces de l’ordre.

Nous ne savons pas comment l’enquête va évoluer et quels seront les résultats, mais une chose est clair : la société ukrainienne ne pourra pas avancer sans trouver la réponse à la question : Qui a tué Katya Handziuk?

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