Syrsky se dit prêt à travailler avec tout ministre de la Défense : « Je ne suis pas en guerre contre le ministère, je suis en guerre contre la Russie »
Le commandant en chef des Forces armées ukrainiennes, Oleksandr Syrsky, a déclaré que l'état-major général travaillerait avec tout ministre de la Défense qui sera nommé, soulignant que la priorité demeure la défense de l'Ukraine.
« J'ai été surpris d'apprendre que j'aurais eu un conflit avec le ministre (Mykhaïlo Fedorov, ndlr). J'ai toujours considéré nos relations comme des relations de travail, avec des questions complexes et parfois des positions différentes. C'est ainsi que doivent fonctionner deux institutions en temps de guerre », a-t-il écrit dans une tribune publiée par le média Militarnyi.
Il a souligné que l'Ukraine résistera non pas parce qu'elle dispose de personnes irremplaçables, « mais parce qu'elle possède une armée, des institutions et des millions de citoyens qui accomplissent leur travail ».
« Réduire cette guerre à un affrontement entre deux personnalités est le plus grand service que nous puissions rendre à l'ennemi. (…) Ce sont le travail concret, et non les drames publics, qui permettent de gagner une guerre », a insisté Syrsky.
Le commandant en chef a rappelé que le ministère de la Défense est responsable du soutien logistique de l'armée, des achats, de l'élaboration des politiques et du contrôle civil des Forces armées, tandis que la stratégie militaire, la planification des opérations et la conduite des combats relèvent de l'état-major général.
« La stratégie de la guerre, la planification des opérations et la situation sur le front relèvent, conformément à la loi, de ma responsabilité devant le commandant en chef suprême. Les frappes de longue portée et l'isolement de la Crimée sont menés par les Forces armées, le Service de sécurité d'Ukraine (SBU), la Direction principale du renseignement (GUR) et le Service national des gardes-frontières, sous la coordination du commandant en chef suprême et de moi-même. Ce n'est pas parce que j'empêche quelqu'un de participer aux succès, mais parce que c'est ainsi que fonctionnent les institutions dans toutes les armées du monde », a-t-il expliqué.
Il a également souligné que la stratégie militaire ne pouvait faire l'objet de débats publics.
« La stratégie de guerre n'est ni un document public ni une publication sur les réseaux sociaux. Elle est présentée au commandant en chef suprême, et ses résultats se voient sur le champ de bataille », a-t-il déclaré.
Répondant aux critiques concernant les systèmes sans pilote, Syrsky a rappelé qu'il avait lui-même proposé la création des Forces des systèmes sans pilote en tant que branche distincte des Forces armées et recommandé la nomination du major Robert Brovdi, dit « Madiar », à leur tête.
« Une personne qui ne veut pas faire la guerre avec des drones ne crée pas la première branche militaire au monde entièrement dédiée aux systèmes sans pilote et n'en confie pas le commandement à un officier en rompant avec toutes les traditions de la hiérarchie militaire », a-t-il affirmé.
Il a toutefois souligné que les drones ne pouvaient pas remplacer tous les autres moyens de combat.
« Les drones représentent aujourd'hui une part importante des destructions infligées à l'ennemi. C'est un fait. Mais pour préparer le terrain à leur utilisation efficace, il faut aussi de l'artillerie, des mortiers, des moyens du génie, des systèmes de défense antiaérienne, des moyens de guerre électronique et des dizaines d'autres capacités », a-t-il précisé.
Évoquant la politique de nomination des commandants, Syrsky a rejeté les accusations selon lesquelles il ne promouvrait que des officiers qui lui sont fidèles, citant plusieurs militaires dont l'avancement a été motivé uniquement par leurs résultats opérationnels.
« Il en va de même pour la réforme de la mobilisation, une mission fixée par le président. Les Forces terrestres et les centres territoriaux de recrutement relèvent de ma chaîne de commandement, et nous sommes prêts aux changements : nous participons à toutes les réunions de la Verkhovna Rada, nous transmettons tous les cas d'abus au Bureau d'enquête d'État et nous insistons sur l'implication de la police. Mais la réforme elle-même est un travail législatif et administratif qui relève du ministère. Je l'attends autant que l'ensemble du pays », a-t-il déclaré.
Le commandant en chef a également insisté sur la nécessité de garantir le versement ponctuel des soldes aux militaires.
« Le ministre a lui-même déclaré publiquement qu'une partie des fonds destinés aux soldes des militaires avait été réaffectée à l'achat de drones. Cela a créé un problème de financement des paiements pour le second semestre. (…) La solde d'un soldat n'est pas une réserve budgétaire que l'on peut redistribuer, mais une obligation de l'État envers des personnes qui risquent leur vie chaque jour », a-t-il souligné.
Il a indiqué que le gouvernement recherchait actuellement une solution afin que chaque militaire « reçoive sa rémunération intégralement et dans les délais ».
En conclusion, Syrsky a assuré que l'état-major général continuerait à coopérer avec tout ministre de la Défense qui sera nommé, la priorité restant la défense de l'Ukraine.
« Je ne suis pas en guerre contre le ministère. Je suis en guerre contre la Russie. L'état-major général n'a jamais combattu le ministère : nous avons travaillé et nous continuerons à travailler avec tout ministre nommé par l'État. Dans l'armée, on ne choisit pas avec qui l'on sert. On exécute les ordres et on accomplit sa mission. Mais on la remplit avec professionnalisme. Mon travail, c'est la guerre. La stratégie, le front, les hommes. C'est ce que je continuerai à faire, de préférence sans interviews ni tribunes. L'Ukraine est plus importante que n'importe quel nom. Et elle résistera si chacun accomplit sa mission là où il se trouve », a conclu le commandant en chef.