La Russie intègre des combattants du groupe « Wagner » et des agents des services secrets aux équipages de sa flotte fantôme

La Russie a commencé à militariser son réseau de transport maritime clandestin. Des journalistes ont identifié des listes d'équipages de navires pétroliers sous sanctions qui quittent régulièrement les ports russes du golfe de Finlande avec deux membres supplémentaires liés à la société militaire privée « Wagner » ou au GRU, écrit le média Yle.

Selon une enquête conjointe du journal finlandais Helsingin Sanomat, de la publication estonienne Delfi et de l'OCCRP, la Russie déploie des anciens mercenaires et des officiers des services secrets sur les navires transportant son pétrole. Les journalistes ont pu identifier dix-sept personnes dépourvues de qualifications maritimes, dont douze possèdent des liens directs avec le groupe Wagner ou le renseignement militaire russe. Ces mercenaires sont mobilisés pour dissuader les autorités des pays occidentaux en mer Baltique de monter à bord des navires sous sanctions ou de tenter de les saisir.

Plusieurs organisations de renseignement occidentales, dont la police de sécurité finlandaise Supo, ont confirmé la présence de ces groupes de protection. La Supo précise que ces gardes russes servent parfois de lien entre la flotte fantôme et les forces armées russes, qui ont renforcé leur présence en mer Baltique. L'OCCRP note que ces membres d'équipage additionnels ont commencé à apparaître sur les navires après juillet 2025.

Certains analystes estiment que ces agents ne se contentent pas de protéger les navires. Glen Grant, ancien attaché militaire britannique, souligne qu'en naviguant librement en mer Baltique, ces anciens militaires collectent des informations précieuses sur la manière dont les autorités occidentales interagissent avec les pétroliers. Par ailleurs, un analyste du service de renseignement finlandais ajoute que ces groupes de sécurité ont probablement pour mission d'empêcher les autres membres d'équipage de coopérer avec les autorités étrangères.

La Russie s'appuie massivement sur la route balte pour transporter son pétrole qui reste une source de revenus cruciale pour son économie de guerre malgré les sanctions. Selon la Kyiv School of Economics, le pays exporte environ 40 % de son pétrole brut par cette voie. Si les autorités européennes ne peuvent généralement pas arrêter ces navires pour le simple fait qu'ils sont sous sanctions, elles interviennent parfois pour usage de faux pavillon ou suspicion de dommages aux infrastructures sous-marines. La présence de vétérans de combat à bord transforme désormais toute intervention de ce type en un risque de confrontation armée. Ce déploiement d'agents de sécurité infiltrés intervient dans un contexte de montée en puissance de la présence militaire directe de la Russie en mer Baltique.

Photo: Janne Järvinen / Yle