Les analystes identifient les principaux risques politiques dans l’Ukraine d’après-guerre

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Des experts ont identifié les principales lignes de fracture susceptibles d’émerger dans la société ukrainienne après la fin de la guerre.

Selon l’étude Ukraine Political Risk Assessment Framework (UPRAF), présentée à Ukrinform par le centre analytique « Ukraine unie », cinq grands risques de division ont été mis en évidence.

Comme l’a indiqué le fondateur du centre, le politologue Ihor Petrenko, la fracture traditionnelle entre l’est et l’ouest du pays tend à s’estomper. Elle est progressivement remplacée par une nouvelle ligne de division liée à la guerre et à la participation — ou non — des citoyens à celle-ci.

« Pendant toute l’histoire de l’indépendance de l’Ukraine, la principale crainte portait sur la division entre l’est et l’ouest. Aujourd’hui, selon nos données, ce clivage passe au second plan. Un nouveau, potentiellement plus explosif, apparaît : entre ceux qui ont combattu et ceux qui ne l’ont pas fait, entre ceux qui ont quitté le pays et ceux qui y sont restés », a-t-il déclaré.

Le premier risque majeur concerne ainsi la fracture entre ceux qui ont combattu et ceux qui ne l’ont pas fait. Selon l’étude, 75 % des vétérans s’attendent à des incompréhensions dans la société après leur retour du front. Dans le même temps, 58,5 % des citoyens expriment une certaine compréhension à l’égard de ceux qui ont évité la mobilisation.

« Mettez ces deux chiffres ensemble et vous obtenez la formule du nouveau clivage. Un vétéran de Lviv et un vétéran de Kharkiv ont aujourd’hui davantage en commun entre eux qu’avec une personne ayant évité la mobilisation dans leur propre ville. Ce clivage ne correspond ni à la géographie ni à la langue ou à la religion : il touche à la question de la justice morale », a souligné Petrenko.

Le deuxième risque concerne une asymétrie de confiance. Les forces armées bénéficient d’un taux de confiance de 92 %, les vétérans de 91 % et les bénévoles de 85 %. En revanche, l’appareil d’État suscite 79 % de défiance, les centres de recrutement militaire 67 % et les organes anticorruption 62 %.

« En termes simples, les Ukrainiens croient en la capacité du pays à faire la guerre, mais pas en celle de l’État à répartir équitablement ses coûts », a expliqué l’expert.

Le troisième risque est celui des inégalités. Selon l’étude, 72 % des citoyens estiment que les ressources sont réparties de manière injuste.

« Aucune des cinq grandes réformes — santé, retraites, justice, lutte anticorruption et décentralisation — n’a reçu d’évaluation positive. Les plus modestes les jugent très négativement, les plus aisés de manière neutre. L’écart dépasse 50 points de pourcentage. Les réformes sont perçues de facto comme favorisant les plus riches », a-t-il ajouté.

Le quatrième risque réside dans l’émergence d’un système politique populiste. L’étude met en garde contre l’apparition de nouvelles forces politiques exploitant le thème d’une « guerre trahie ».

« L’électorat est fragmenté entre de nombreuses formations, dont certaines n’existent pas encore. Il existe une demande de nouveaux leaders en dehors du système actuel, ce qui crée un terrain favorable aux mouvements populistes », a indiqué Petrenko.

Enfin, le cinquième risque correspond à la convergence de ces facteurs dans un scénario qualifié de « tempête parfaite ».

« Tous ces clivages pourraient s’intensifier simultanément en cas de combinaison d’un accord de paix impliquant des concessions territoriales, d’une démobilisation massive et de premières élections d’après-guerre dans un délai de 12 à 18 mois. Dans ce cas, l’unité forgée pendant la guerre pourrait disparaître en quelques mois », a-t-il conclu.

Le cadre UPRAF est une méthodologie d’évaluation des risques politiques en Ukraine, adaptée au contexte de la guerre et de la transition d’après-guerre, développée par le centre analytique « Ukraine unie ».