Le sport à Donetsk occupée : les normes « Prêt pour le travail et la défense » à la mode soviétique remplacent les compétitions internationales

Les arènes sportives de renommée mondiale tombent en déshérité, les athlètes sont envoyés mourir pour la Russie, tandis que le soi-disant leader de la pseudo-République populaire de Donetsk (RPD), Denys Pouchiline, joue au ping-pong avec un Bouriate.

Beaucoup se souviennent qu'avant 2014, Donetsk n'était pas seulement connue comme un centre industriel, mais brillait également par sa vie sportive et culturelle. Des compétitions et des festivals s'y déroulaient à un haut niveau, certains étant uniques et dotés d'un statut international...

Ukrinform a déjà relaté la situation critique de la médecine dans les territoires occupés de la région de Donetsk, ainsi que l'instauration dans les écoles du culte de la guerre et de la haine envers tout ce qui ne s'inscrit pas dans l'idéologie du « monde russe ». Aujourd'hui, nous examinons comment la vie sportive de ce territoire a été transformée.

« DONBAS-ARENA » SANS FOOTBALL

Naturellement, il était autrefois impossible d'imaginer Donetsk sans le football et l'équipe de Première Ligue chérie par tous les habitants : le « Chakhtar ». En 2009, la ville a accueilli les matches du Championnat d'Europe de football des moins de 19 ans, et en 2012, Donetsk a reçu plusieurs matches de la phase de groupes, un quart de finale et une demi-finale de l'Euro. Sur la pelouse du nouveau stade ultramoderne « Donbas-Arena », les sélections de France, d'Angleterre, d'Espagne, du Portugal et d'Ukraine ont disputé l'Euro. Pour la demi-finale entre l'Espagne et le Portugal, le roi d'Espagne Juan Carlos et le président portugais Aníbal Cavaco Silva avaient même fait le déplacement à Donetsk. Dans la « Donbas-Arena », conçue pour près de 53 000 places, la foule était telle durant le championnat qu'il n'y avait plus un siège de libre, avec parmi les spectateurs des dizaines de personnalités VIP.

"Donbas-Arena" avant 2014 en Ukraine

La « Donbas-Arena » était le stade de résidence du club de football « Chakhtar » — vainqueur de la Coupe de l'UEFA, multiple champion d'Ukraine et multiple détenteur de la Coupe et de la Supercoupe d'Ukraine.

Le dernier match du FC « Chakhtar » à la « Donbas-Arena » s'est joué le 2 mai 2014. Ce même mois de mai, l'équipe de football a quitté Donetsk occupée par les miliciens russes pour disputer ses matches de championnat et de coupes d'Europe sur d'autres stades en Ukraine.

La « Donbas-Arena », dont la construction et l'aménagement des territoires adjacents ont coûté 400 millions de dollars américains et dont l'inauguration fut marquée par une performance de la célèbre chanteuse américaine Beyoncé, est aujourd'hui sous cocon et à l'abandon. Le stade est fermé depuis plus de 10 ans, aucun match n'y est organisé, les infrastructures tombent en ruines malgré les tentatives des occupants de l'exploiter comme une « curiosité locale ». La seule action entreprise en juillet 2024 par les autorités d'occupation de la ville a été de modifier l'emblème du FC « Chakhtar » sur la façade du stade, en remplaçant la lettre ukrainienne « a » par la lettre russe « ё ».

Qu'est-il advenu du football à Donetsk ? En juillet 2015, une prétendue « Union de football de la RPD » a été fondée, dont le président d'honneur n'est autre que l'actuel chef de la république fantoche, Denis Pouchiline.

La « sélection de la RPD » a disputé son premier match dans une autre « république » tout aussi artificiellement créée, l'Abkhazie, en 2015, s'inclinant sur le score de 0-1. Évidemment, cette équipe contrôlée par l'« Union de football de la RPD» n'a intégré ni la FIFA, ni l'UEFA ; elle est seulement devenue membre de l'organisation ConIFA, qui regroupe les sélections d'États non reconnus ou partiellement reconnus. Elle comprend des équipes comme l'Abkhazie, Zanzibar, la Laponie, Chypre du Nord, l'Occitanie, la Padanie, le Tamilie, l'Ossétie du Sud, le Kurdistan, le Tibet, le Québec, la Sardaigne, entre autres.

"Donbas-Arena" actuellement en "RPD"

Les informations publiques sur les résultats de ces rencontres de football sont rares. Ainsi, en juin 2019, les footballeurs de la « sélection de la RDP » devaient affronter la sélection de Padanie (la plus titrée des non reconnues) et celle de Sardaigne. Pourtant, pour des raisons inconnues, les sportifs de Donetsk n'ont pas participé à ces matches. Quant à la rencontre face à l'Abkhazie en septembre 2020, elle n'a pu être terminée pour des raisons techniques floues.

Lorsque la Russie a annexé la « RDP » dans sa fédération en 2022, juste avant l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, le clone de l'équipe « Chakhtar » créé à Donetsk a reçu le droit de jouer dans la Deuxième division du football russe. L'arène de « résidence » de ce Chakhtar autoproclamé est devenue un stade situé à Taganrog, en Russie. Pour la saison actuelle en Fédération de Russie, l'équipe de la « RDP » évoluera pour la première fois en Deuxième division, le niveau professionnel le plus bas du pays.

En « RDP », le directeur sportif du clone du FC « Chakhtar » ukrainien, Denis Toumassian, a récemment déclaré publiquement que « les habitants du Donbass sont affamés de grand football ». Mais il reste difficile de voir avec quoi ces habitants seront « nourris » aujourd'hui.

Tournoi international de saut à la perche – « Les stars de la perche » à Donetsk (année 2010)

 « LES STARS DE LA PERCHE » SANS STARS

Donetsk était également mondialement connue dans le milieu sportif pour son prestigieux tournoi international de saut à la perche : « Les stars de la perche » (Zirky Chesta). Fondé par Serhiy Bubka en 1990, il figurait au calendrier de l'IAAF depuis 1997. Lors de ces compétitions à Donetsk, 12 records du monde ont été établis, le dernier ayant été enregistré le 15 février 2014 lors de la 25e édition anniversaire du tournoi.

À l'époque, des représentants de 11 pays s'étaient déplacés pour la compétition, traditionnellement accueillie par le complexe sportif « Arena Druzhba ». Chez les femmes, les principales prétendantes à la victoire étaient la médaillée olympique polonaise Anna Rogowska et l'ex-championne du monde brésilienne Fabiana Murer. Le grand favori chez les hommes était le champion olympique en titre français, Renaud Lavillenie, qui s'était fixé pour objectif de battre le record du monde en salle. Et il l'a fait : il a surpassé Serhiy Bubka, dont l'exploit n'avait pas été égalé depuis 21 ans. Lavillenie a franchi la barre des 6,16 m dès son premier essai, et un immense public de Donetsk a eu le privilège de voir de ses propres yeux ce moment historique.

Le tournoi international de saut à la perche se tenait chaque année à Donetsk jusqu'en 2014, rassemblant l'élite du sport mondial dans une atmosphère unique, constituant l'un des événements les plus emblématiques de l'athlétisme mondial.

Que se passe-t-il aujourd'hui dans Donetsk occupée par la Russie ? Le prétendu « ministère du tourisme et des sports » local rapportait en février 2026 que « dans le cadre de la mise en œuvre du programme d'État "Sport de Russie", se sont tenues les Compétitions Républicaines Ouvertes d'athlétisme "Tournoi Les stars de la perche à la mémoire de S.M. Symakhin" ». Il a été précisé que plus de 150 athlètes âgés de 12 ans et plus, venus de différentes villes et districts de la « République populaire de Donetsk » (RPD), ont participé à ce tournoi. Les jeunes sportifs se sont affrontés dans des disciplines de saut, de course et de lancer de poids.

Prestation de serment militaire des recrues d'une compagnie sportive du CSKA en "RPD"

Le « ministère » a déclaré qu'à l'issue des compétitions, une équipe nationale de la « RPD » serait formée dans la catégorie des moins de 16 ans pour participer au championnat de Russie d'athlétisme, qui se déroulera à Oulianovsk.

Passage des « normes « Prêt pour le travail et la défense » à Donetsk

On ne trouve plus d'autres informations en « RPD » concernant les athlètes perchistes et leurs compétitions, et celles qui existent ne dépassent pas les frontières de la Russie.

CORTES SANS TENNIS

À Donetsk, jusqu'en 2014, des tournois de tennis internationaux prestigieux étaient régulièrement organisés, notamment des Challengers masculins de l'ATP tels que le « Donetsk Challenger » et le « Mémorial Oleksandr Kolyaskin », ainsi que des tournois féminins de l'ITF (Fédération Internationale de Tennis) qui rassemblaient des joueurs du top 100 mondial.

La base principale de ces compétitions était les courts du club « Viccourt », situés dans le complexe hôtelier et sportif « Victoria », à proximité du stade « Donbas-Arena ».

Le complexe hôtelier et sportif « Victoria » à Donetsk actuellement en "RPD"

Le tournoi masculin « Donetsk Challenger » (série ATP Challenger Tour) se déroulait sur surface dure et constituait un événement majeur de la vie sportive régionale. Les tournois féminins de l'ITF étaient régulièrement dotés de prix élevés — allant de 75 000 $à 100 000$ — attirant ainsi de jeunes espoirs et des joueurs expérimentés.

Ainsi, le « Mémorial Oleksandr Kolyaskin », tournoi international masculin de la série professionnelle ATP Challenger Tour, avait été fondé en 2001 en mémoire de l'éminent tennisman, champion d'Europe, qui vivait à Donetsk. La dotation du tournoi variait selon les années, commençant à 25 000 $, et ses participants provenaient de dizaines de pays. En 2003, par exemple, des joueurs de 16 pays y ont participé. Les vainqueurs, au fil des ans, venaient de Croatie, de Pologne, de Serbie, etc., mais même ceux qui perdaient au premier tour recevaient une compensation financière.

Passage du "GTO" à Donetsk en "RPD"

Le dernier tournoi international de tennis à Donetsk s'est tenu en 2013, du 29 juillet au 3 août. Il s'agissait du tournoi professionnel féminin « Coupe VicCourt », doté de 75 000 $. Organisé sous l'égide de l'ITF Women's Circuit, c'était le plus grand événement de tennis en Ukraine, avec des compétitions en simple et en double. 22 joueuses de 15 pays y ont participé. L'Ukraine était représentée par Elina Svitolina et Nadiya Kichenok.

Aujourd'hui, le complexe hôtelier « Victoria » à Donetsk est à l'abandon : la façade est criblée d'impacts d'éclats, les fenêtres sont brisées ou barricadées avec du contreplaqué, le revêtement extérieur est endommagé et l'aménagement intérieur est détruit. L'hôtel n'est plus opérationnel et l'accès au territoire est interdit aux tiers.

Quant à l'état des courts de tennis qui faisaient partie de l'infrastructure sportive de l'hôtel, on n'en sait rien. Les habitants de Donetsk disent qu'ils existeraient encore, mais on n'entend plus parler de la moindre compétition de tennis de haut niveau dans la ville depuis longtemps.

En revanche, le soi-disant « ministère des sports et du tourisme de la RPD » communique périodiquement sur son canal Telegram à propos du tennis de table à Donetsk. Le chef local Denis Pouchiline a déclaré soutenir « les traditions du tennis de table dans la république ». Il s'est vanté d'avoir joué avec des « invités » — les présidents des fédérations de tennis de table du district d'Extrême-Orient et de la République de Bouriatie.

Le chef de la "RPD" Pouchiline joue au tennis de table à Donetsk en 2026

Précédemment, il a été rapporté qu'en janvier de cette année, un tournoi de tennis de table dédié au tankiste soviétique Ivan Deputatov, originaire de la région de Donetsk au siècle dernier, a été organisé à Donetsk. « Le vainqueur et les lauréats ont été récompensés par des diplômes et des cadeaux commémoratifs », a rapporté le « ministère ».

Par ailleurs, le tennis de table existait déjà à Donetsk avant 2014 : les équipes masculine et féminine du club sportif « Nord » ont occupé pendant plusieurs années la première place de la Super Ligue du championnat des clubs d'Ukraine. En 2008, le pongiste de Donetsk Kou Lei, représentant le club « Nord », a même participé aux Jeux Olympiques d'été de Pékin.

AVANT LE « MONDE RUSSE »

De manière générale, avant l’arrivée du « monde russe », diverses disciplines sportives étaient développées dans la ville ukrainienne de Donetsk, et les performances des athlètes étaient significatives. La ville accueillait le Festival sportif international « Lilia d’or » – un spectacle de grande envergure organisé par la championne olympique de gymnastique artistique, Lilia Podkopaieva. L'événement associait gymnastique, acrobatie et chorégraphie, attirant des stars mondiales du sport et des champions olympiques. Le festival jouissait d'une large reconnaissance, faisant salle comble et contribuant au développement du sport dans la région.

Donetsk possédait également son propre club de hockey, le « Donbass ». En 2011, le Palais des sports « Droujba » a été renouvelé ; l’aménagement du palais reprenait les couleurs du club de hockey et son emblème figurait sur la façade. En mars 2011, Donetsk a accueilli les matches du Championnat du monde de hockey sur glace des moins de 18 ans ainsi que le Championnat du monde de hockey (Division I).

En outre, Donetsk accueillait les compétitions de cyclisme « Grand Prix de Donetsk » et disposait du karting « Donbas-kart », qui comprenait une piste d'environ 800 mètres avec des postes de commissaires, un système de chronométrage, des box aménagés et des aires pour les équipes avec raccordement électrique. Cette piste était l'une des meilleures d'Ukraine ; Donetsk a également accueilli le rallye « Donbass » et des compétitions d'autocross.

Les sports équestres se développaient aussi à Donetsk, notamment le saut d’obstacles, le dressage, le concours complet et l’endurance. Plusieurs bases équestres avaient été créées, telles que « Jaguar », « Tattersall », « Lokomotyv », « Grand Prix », etc. Au printemps 2009, le complexe équestre de niveau européen « Donbass Equicentre » a été inauguré, avant d'être détruit par des bombardements en 2015.

LES NORMES «PRÊT POUR LE TRAVAIL ET LA DÉFENSE» EN « RPD »

On pourrait encore énumérer longtemps tout ce qui existait et se développait dans le Donetsk sportif sous l’Ukraine... Aujourd'hui, la ville est occupée par la Russie, et son idéologie imprègne tout ce qu'elle touche.

Ainsi, en « RPD », le complexe national de culture physique et de sport — le fameux « GTO » (« Prêt pour le travail et la défense ») — est imposé avec insistance. Quelles sont les normes à valider ? Course de courte et longue distance, tractions, pompes, saut en longueur, flexions avant, lancer de projectile et d'autres épreuves testant une « préparation physique polyvalente ».

« Le Théâtre d'Opéra et de Ballet de Donetsk peut être fier de ses artistes, dont les talents et les performances ne se limitent pas à la scène. L’artiste Oleksandr Nikolaiev a montré un brillant exemple de force, d'endurance et de détermination en validant avec succès les normes du complexe national de culture physique et de sport "Prêt pour le travail et la défense" pour obtenir l'insigne d'or », rapportent les fonctionnaires du « ministère » dans leurs comptes rendus sur l'implantation du « GTO » auprès des masses.

DES ATHLÈTES POUR LA GUERRE

Globalement, le sport à Donetsk est aujourd'hui politisé, imprégné par l'héroïsation de la guerre et le culte du « défenseur de la patrie ».

Il y a peu, le « premier vice-ministre des sports et du tourisme de la RPD », Yevhen Chirchov, a participé à une « cérémonie solennelle et symbolique » : la prestation de serment militaire des recrues de la compagnie sportive du CSKA. Dans une vidéo publiée, on voit de jeunes athlètes en uniforme militaire, armés de fusils d'assaut Kalachnikov, défiler dans une salle de sport et prêter serment devant des fonctionnaires, affirmant leur volonté de combattre pour la Russie.

Chirchov a écrit sur Telegram : « Parmi ceux qui ont fait ce pas décisif aujourd'hui, figurent 18 espoirs sportifs de la République Populaire de Donetsk. 18 jeunes hommes forts d'esprit et de corps, qui ont déjà honoré notre région sur les tatamis, les tapis de lutte, les rings de boxe et d'autres arènes sportives, et qui se lèvent maintenant pour la défense de la Patrie ».

En clair, traduit du jargon de la « RPD », ces athlètes de Donetsk, endoctrinés par la dictature russe, seront envoyés au front car ils doivent désormais mourir pour la Russie.

Voilà ce qu'est le sport aujourd'hui à Donetsk. De tout ce qui existait sous l'Ukraine, les Russes ont déjà « libéré » les habitants, malheureusement.

Olga Kolgoucheva

Photos des groupes locaux « RPD » et des réseaux sociaux