Grandes entreprises en Russie au bord de la faillite, selon le renseignement ukrainien
Les représentants de l’Union russe des industriels et entrepreneurs (RSPP) ont publiquement dénoncé une détérioration systémique de la situation financière des grandes entreprises russes, qu’ils attribuent directement à la politique économique actuelle du gouvernement, selon un communiqué du Service de renseignement extérieur ukrainien (SZRU).
D’après les données recueillies par l’organisation, en 2025 :
- 62 % des entreprises civiles ont enregistré une baisse de leurs bénéfices ;
- 66 % ont réduit leurs investissements ;
- 15 % ont complètement gelé leurs projets.
Parallèlement, 72 % des sociétés – y compris les entreprises publiques – ont signalé une forte augmentation de leurs créances clients. Dans ce contexte, une partie du secteur privé prépare déjà des plans de réduction d’effectifs pour la seconde moitié de 2026.
Le vice-président du RSPP, Oleksandr Murichev, a mis en garde contre une aggravation de la crise de liquidité et des impayés, l’épuisement des ressources des entreprises et une montée en flèche des risques de faillite.
Le RSPP – dont le comité directeur inclut plusieurs milliardaires figurant au classement Forbes – a de fait dressé une liste détaillée de reproches systémiques adressés au gouvernement et à la Banque centrale. Les entrepreneurs jugent le taux directeur excessif même après sa récente baisse à 15,5 %, car cette politique monétaire restrictive freine les investissements et pousse les entreprises vers le défaut de paiement.
En janvier 2026, 51 cas de non-respect des obligations de dette ont été recensés, et le montant total des paiements manqués a doublé sur un an, atteignant 44 millions de dollars.
Autre grief majeur : le manque de coordination au sein du bloc économique du pouvoir. Les décisions parallèles du ministère du Développement économique, du ministère des Finances et de la Banque centrale, centrées sur leurs propres indicateurs macroéconomiques, créent un vide stratégique en matière d’investissement. La pression s’accentue avec les hausses d’impôts, les crédits très chers et l’accès limité au financement, ce qui incite les entreprises à thésauriser de la trésorerie au lieu d’investir dans la production.
Au bilan annuel, un recul a été observé dans 21 des 28 secteurs prioritaires, tandis que seule la croissance persiste dans les entreprises liées au complexe militaro-industriel – signe clair d’une militarisation accrue de la structure économique.
« La dynamique actuelle témoigne de l’accumulation de profonds déséquilibres dans le secteur des entreprises. Sans baisse du coût du capital et sans reprise de la demande, la vague de défauts de paiement, de licenciements et de faillites ne fera que s’intensifier en 2026. La critique publique du RSPP révèle une pression interne croissante du grand patronat sur la politique économique russe », conclut le Service de renseignement extérieur ukrainien.
Ces alertes du RSPP – organisation traditionnellement prudente dans ses critiques ouvertes – interviennent dans un contexte de taux d’intérêt élevés maintenus pour juguler l’inflation (alimentée par les dépenses militaires massives), de sanctions persistantes et d’un épuisement progressif des réserves accumulées avant 2022. Les analystes indépendants russes et internationaux évoquent depuis plusieurs mois des risques croissants de crise bancaire et de défaillances en chaîne pour 2026.