La guerre en Ukraine peut provoquer une crise alimentaire mondiale

La guerre en Ukraine peut provoquer une crise alimentaire mondiale

Ukrinform
L’Ukraine est depuis longtemps considérée comme le grenier du monde. La guerre impacte directement sa capacité à exporter ses denrées agricoles et les marchés internationaux s’emballent.

Selon l’agence onusienne FAO, jusqu’à 13 millions de personnes supplémentaires pourraient subir des privations de nourriture. Premiers touchés : les pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie, qui dépendent fortement des céréales venues d’Ukraine et de Russie, parmi les principaux exportateurs au monde.

Au cœur de l’attention médiatique, l’approvisionnement énergétique et l’accueil des personnes en demande de protection. Les questions alimentaires commencent elles aussi à se faire une place au premier rang des préoccupations, ressort-il de l’article publié par CNCD.be

L’aide alimentaire pour les réfugiés ukrainiens est un défi majeur mais les problèmes logistiques pour assurer les exportations céréalières, les baisses de production actuelles et à venir, ou encore l’envolée des prix mondiaux font craindre un nouvel épisode de crise alimentaire mondiale aussi important que celui de 2008.

Chaque année via son rapport sur l’état de la sécurité alimentaire dans le monde, la FAO épingle la guerre comme étant la première cause de la faim. L’invasion de l’Ukraine s’ajoute donc à la liste des conflits faisant croître le nombre de personnes sous-alimentées. Selon la FAO, cette guerre amènera 8 à 13 millions de personnes supplémentaires à s’additionner aux 811 millions de personnes touchées par la faim actuellement dans le monde. Des chiffres qui ne font qu’augmenter depuis 2014 et dont la courbe ascendante a été fortement accentuée par la pandémie de la Covid-19.

L’Ukraine et la Russie occupent tous deux une place majeure au niveau de la production et des exportations des produits agricoles de base. Sur le marché des céréales, l’Ukraine et la Russie sont tout deux dans le top 3 au classement des plus grands exportateurs mondiaux. En 2018, l’Ukraine était le cinquième producteur mondial de maïs, le troisième producteur de sarrasin, le premier producteur de tournesol. La moitié de l’huile de tournesol vendue sur les marchés internationaux provient de l’Ukraine. Mais la denrée qui inquiète le plus les marchés est le blé. L’Ukraine n’est que le huitième producteur mondial de blé, mais elle en assure 12% des exportations. 12% c’est aussi le chiffre de la baisse à venir des exportations de blé estimé par le département américain de l’agriculture. A noter que la majorité de la production de blé se situe au sud-est du pays, dans les régions où l’invasion russe est la plus poussée jusqu’à présent. Les deux régions indépendantistes de Louhansk et du Donetsk sont responsables de 8% de la production du pays. Si on ajoute la part de la Russie, on atteint 30% des exportations mondiales de blé qui sont menacées par la guerre.

La guerre occasionne la fermeture, voire la destruction des principaux ports du pays (Odessa et Marioupol) et même lorsqu’ils ne sont pas fermés, la sécurité n’est pas assurée et donc les compagnies maritimes censées transporter les céréales et l’huile alimentaire d’Ukraine ne peuvent opérer. Autre inquiétude, le futur de la production dans ce pays. De nombreux agriculteurs auront fait le choix de l’exil ou celui des armes, d’autres auront sans doute fait le choix de rester et de semer, mais l’évolution de la guerre permettra-t-elle de récolter le blé cet été ? Du côté de la Russie, les sanctions ne touchent pas directement les denrées alimentaires mais les exportations sont bel et bien ralenties indirectement par les sanctions qui touchent l’industrie financière qui soutien les entreprises de matières premières du pays.

L’articulation entre les problèmes de transports, les sanctions économiques qui touchent la Russie et les perspectives de chute de la production affole les marchés des matières premières agricoles. La spéculation financière vient exacerber cette flambée des prix sur les marchés des matières premières agricoles. Le 7 mars 2022, la tonne de blé a atteint le record historique de 422,50€ la tonne sur Euronext. C’est deux fois et demie le cours de 2020. En parallèle, l’explosion des prix du gaz entraîne l’augmentation du prix des engrais azotés. Leurs prix ont triplé depuis janvier 2022, ce qui entraîne une hausse des prix des denrées alimentaires. Aux problèmes de transport et de baisse de la production à venir s’ajoute donc celui de l’explosion du prix des intrants agricoles. Le pire est donc encore très probablement à venir.

Jusqu’à la guerre, 40% des exportations ukrainiennes de blé et de maïs étaient dirigées vers le Moyen-Orient et l’Afrique. Parmi les principaux importateurs de blé dont les prix ont dépassé les sommets atteints avant la crise de 2008, se trouvent l’Égypte, l’Indonésie, les Philippines, la Turquie ou encore la Tunisie. Le Liban n’apparaît pas dans le top 10 des importateurs, mais 90% de ses besoins domestiques sont assurés par l’Ukraine. Dans les médias, le ministre de l’Agriculture français rappelait que les pays méditerranéens avaient dû affronter une sécheresse importante cette année, ce qui renforce d’autant plus les risques de crise alimentaire dans les mois à venir pour cette région. En effet, de nombreux pays d’Afrique rencontrent des difficultés chaque année aux périodes de soudure (période avant les récoltes où les réserves de grains de la récole précédente viennent à manquer). A la suite de la sécheresse qu’a connue la corne de l’Afrique en 2021, la FAO tirait déjà la sonnette d’alarme en janvier 2022, annonçant une crise alimentaire au monde pour le mois de mai 2022. Elle a alerté sur les risques de famine dans 26 pays en développement qui dépendent à plus de 50% de l’Ukraine et de la Russie pour les importations de blé.

Même craintes du côté du FIDA (Fonds international de développement agricole) et du PAM (Programme alimentaire mondial). Le FIDA souligne l’impact des prix sur la sécurité alimentaire mondiale mais ajoute que ces envolées de prix vont également créer et exacerber des tensions géopolitiques. Rappelons qu’en 2011, une envolée comparable des prix alimentaires fut une des causes à l’origine des révolutions dans le monde arabe. Le PAM annonce que des millions de personnes dans les pays en développement risquent la famine à cause de ce conflit. Début mars, son directeur, David Beasley déclarait : « Les balles et les bombes en Ukraine pourraient amener la crise alimentaire mondiale à des niveaux pires que tout ce que nous avons vu précédemment ».

L’agence onusienne dépend elle aussi de la production céréalière des deux pays au cœur du conflit et en subit les prix historiques. En 2021, le PAM s’était procuré 789 000 tonnes de blé venant d’Ukraine. Aujourd’hui, c’est pour assurer une aide alimentaire aux réfugiés venant de ce pays que le PAM lance un appel afin de soulever des fonds d’urgence (570 millions de dollars US). Les besoins humanitaires liés à l’exode ukrainien vont également affecter les capacités du PAM à être à la hauteur pour gérer les autres situations d’urgence dans le monde. Ce ne sont donc pas seulement les pays dépendants des exportations venant d’Ukraine qui sont menacés de crise alimentaire, mais aussi les pays actuellement dépendants de programmes d’aide alimentaire qui ont à craindre une guerre longue.

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