La trivialité inexplicable du quotidien: un mini-Reichstag pour les Jeunes de Poutine

La trivialité inexplicable du quotidien: un mini-Reichstag pour les Jeunes de Poutine

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Ukrinform
La folie militaire russe s’accroît. Le plus terrible, c’est qu’elle est tournée vers les enfants, les déplacés.....

Il y a des infos tellement absurdes et triviales qu’on a du mal à y croire. Tout d’abord, on regarde le calendrier, ne serions-nous pas le 1er avril? Non, nous sommes le 22 février.

Ce jour-là, Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense, dans son intervention à la Douma la veille de la fête des militaires russes, a dit textuellement: «Nous sommes en train de construire un Reichstag dans le parc Patriote. Pas le bâtiment entier, non, mais pour que nos jeunes militaires puisse prendre d’assaut un objectif précis et non pas n’importe quoi ».

Pour ceux qui ne connaissent pas, les jeunes militaires sont une sorte de «Poutine jugend», les Jeunes de Poutine, une organisation paramilitaire de la jeunesse. En la créant, Sergueï Choïgou insiste fermement sur le fait qu’il est contre la militarisation du pays. Néanmoins, le «Mouvement de la jeunesse patriotique Jeune armée » continuera à se développer. La situation est d’autant plus piquante que l’un des personnages de «Jeune armée » est Michail Galoustyan, un comédien russe célèbre.

Passons au bâtiment du Reichstag. Depuis 1999 c’est la résidence du Bundestag, le Parlement de la République fédérale d'Allemagne.Donc, aujourd’hui, la jeunesse russe va s’entraîner régulièrement et améliorer ses performances, en se lançant à l’assaut de la copie du Parlement de l’un des pays les plus importants de l’Europe continentale. N’est-ce pas magnifique? Si, bien sûr!

Au lieu de chercher la réconciliation, au lieu de coopérer à un avenir meilleur, on va entretenir la défaite du voisin. Ce remâchement de la victoire triomphale et de l'humiliation des adversaires dans les guerres du passé conduit à une prochaine guerre.

Et si les autres prenaient ce modèle pour exemple? Dans ce cas, il faudrait construire une copie du Kremlin près de Kiev et Varsovie, les hussards polonais et les Cosaques ukrainien se sont bien entraînés sur ce bâtiment au début du XVII siècle. Et alors ? À Pirogovo près de Kiev il y a encore suffisamment de place. Ou bien à Mejygirya....

Et voici ce que Choïgou ajoute: il paraît qu’un village entier de partisans a été construit dans le parc «Patriote ». La grande classe de la stylistique militairo-bureaucratique. Profitez de chaque syllabe! «Entier». Pourrait –on faire autrement? Un court métrage? Des villages de partisans de Staline, des villages de partisans de Khrouchtchev? Des villages de partisans studios avec salle de bain intégrée?

Et encore plus intéressant : «Dans ce village, il y a des cours de préparation de saboteurs, une cuisine, des chefs cuisiniers, des bains et même un bunker, pour le zampolit, le commissaire politique ( Prilépine ? –note du rédacteur.)". Et ce bunker du zampolit choque, tue encore plus que les cours de préparation des saboteurs. Imaginez-vous des villageois-partisans barbus qui organisent une action, que vont-ils faire d’un zampolit. Et s’il y a un zampolit, alors ce serait des partisans d’un autre genre: des groupes de diversion entraînés dans la plus pure tradition du NKVD, impitoyables envers l'ennemi, mais aussi envers la population locale. Et puis les zampolit sont des militaires bons à rien. Tout d'abord, ils cherchent qui envoyer à la mort pour faire un beau rapport. Et de préférence ceux dont les femmes sont jolies, pour pouvoir bien se détendre avec elle après le bain.

Pour en finir avec le sujet des "villages", on peut donner un bon conseil à Choïgou: construire dans le parc "Patriote" un petit village allemand pour la Prusse à l'est, la Poméranie, la Silésie, en reconstituant bien sûr les scènes de barbarie de masse de l'Armée Rouge.

Mais non, le ministère de la Défense de la Russie a d’autres projets: une ligne de front avec des tranchés et des blindés est actuellement en construction pour que les gens puissent ressentir l'atmosphère de la vie dans ces conditions. Et la publicité aussi est digne de respect: "Cette année vous allez pouvoir passer une journée dans un sous-marin avec toute votre famille pour vivre tout ce qui s’y passe, en commençant par la lutte pour survivre et en terminant avec la cuisine militaire".

J'espère que cette maquette de sous-marin s'appellera "Koursk" et que la "lutte pour survivre" présentera toute sa complexité, y compris les vacances du président à Sotchi, tandis que l'équipage du sous-marin s'asphyxiait dans les compartiments intacts?

La folie militaire russe s'accroît. Le plus terrible, c’est qu'elle se tourne vers les enfants, les adolescents, elle les empoisonne pour les décennies à venir.

Et je tiens à vous rappeler que cela a été dit par le ministère de Choïgou, la veille de la Journée du défenseur de la Patrie. Les gens sont habitués à cette fête depuis de longues années, même si la date du 23 février a été créée de toutes pièces. Le matin de ce jour là, l'Allemagne du Kayser avait lancé un ultimatum au gouvernement soviétique impuissant et cet ultimatum avait été accepté.

Et sur le front il ne s’était rien passé. Et il n'y a pas eu de "défaite fracassante des Allemands à Pskov ou à Narva le 23 février 1918". Il ne s’est rien passé ni le 23, ni le 24 février. Et nous nous plaignons des propagandistes russes Kiselev et Soloviev. Ils ne font que suivre des traditions d'État.

Et pour être tout à fait exact, il s’est quand même passé quelque chose le 24 février: la ville de Pskov a été prise. Mais pas par les Rouges, par les Allemands qui sont entrés dans Pskov avec un petit groupe et presque sans résistance. Car l'armée était déjà pourrie par la propagande bolchévique.

Et c’est là que Choïgou a montré qu'il était un digne héritier. Il a déclaré sans détours que les "armées des opérations d'information "ont été créées au sein des Forces armées russes, pour mener "une propagande intelligente, efficace et bien encadrée".

Il n'y a pas très longtemps, en Russie et au parlement russe, personne ne reconnaissait l'existence des cybers troupes, le régiment des opérations spéciales de propagande et de désinformation. Même si pour les Ukrainiens c'est un secret de Polichinelle depuis 2014. Mais il faut que le monde, et surtout l'Europe, surtout l'Allemagne lise le rapport de Choïgou plus attentivement.

Oleg Koudrine, Riga

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