La poignée de main canadienne: faut-il croire aux promesses des libéraux?

19.12.2016 12:03 104

Plusieurs engagements importants du lobbyiste principal de l'Ukraine ne se sont montrés que des intentions.

Il y a un an à la veille des élections au parlement fédéral du Canada le Congrès des ukrainiens du Canada a envoyé aux sièges des quatre principaux partis les questionnaires dans lesquels le Congrès avait demandé de répondre à des questions qui présentaient un intérêt pour la communauté ukrainienne. Alors parmi tous les concurrents la position la plus pro-ukrainienne a été prise par le Parti libéral opposition dirigé par Justin Trudeau. D ailleurs, après la victoire surprise aux élections et l arrivée au pouvoir des Libéraux, leur politique a subi d'importantes modifications, parfois elle s est transformée en politique diamétralement opposée.

Dans quelle mesure l’espérance de la communauté ukrainienne a été remplie, dont la plupart a cru aux assurances de jeune et charismatique Trudeau et a voté pour son parti en échange du soutien promis pour l Ukraine?

SANCTIONS CONTRE LA RUSSIE

Puisque les dernières élections au parlement fédéral du Canada ont eu lieu le 19 octobre 2015, il est évident que l une des questions clés qui intéressait les canadiens ukrainiens a été la dissuasion de l'agression russe en Ukraine, et dans cette question le Parti libéral semblait le meilleur allié

(au moins en paroles).

En effet, bien que le Gouvernement conservateur dirigé à l’époque par Stephen Harper a imposé la plus longue liste dans le monde des sanctions contre la Russie qui concernaient plus de 250 personnes physiques et morales, les Libéraux avaient promis d'aller plus loin. Juste après

l'élection ils devaient interdire l'entrée au Canada et bloquer tous les comptes de deux oligarques proches de Poutine: Igor Setchine et Vladimir Yakounine. Pendant ses débats électoraux Trudeau reprochait régulièrement Harper d’avoir eu la coopération secrète avec les oligarques russes en raison de la non-inclusion de ces deux personnes dans les listes des sanctions. Aussi le

Gouvernement libéral devait "examiner la possibilité" de détacher certaines banques russes du système international des envois de fonds SWIFT.

Nous sommes convaincus que la liste actuelle des russes sur lesquels le gouvernement du Canada a imposé des sanctions se voit insuffisante et contient des omissions notables. Le gouvernement libéral va immédiatement élargir la liste des sanctions en incluant dans cette liste Igor Setchine et Vladimir Yakounine, hommes 'affaires influants proches de Poutine, a déclaré alors Anna Gainey, la Présidente du Parti libéral du Canada.

En réalité Setchine et Yakounine, ils peuvent librement utiliser leur argent dans les institutions financières canadiennes et les envoyer chez eux en Russie à l'aide des transferts SWIFT car aucune des banques russes n';a pas été privée d'accès à ce système.

Par souci déquité il convient de noter qu'au cours de l’année dernière le Canada tout de même deux fois avait étendu les sanctions contre la Russie, la dernière fois ayant inclus même dans les listes six faux députés de Crimée élus à la Douma d’Etat russe.

LISTE SAVCHENKO- MAGNITSKIY

Pendant la tenue du vote au Canada le célèbre prisonnier politique ukrainien retenu par le Kremlin a été Nadiya Savtchenko. Donc il n’est pas étonnant que la diaspora ukrainienne s’intéressait beaucoup à la perspective de l'introduction par le Canada de' la liste Savtchenko qui, comme la "liste Magnitskiy" aux Etats-Unis, imposerait des sanctions sur les fonctionnaires russes responsables de la privation illégale de liberté des ukrainiens. En comprenant le désir des électeurs, la Présidente du Parti libéral Anna Gainey a noté que "le Gouvernement libéral va adopter une législation semblable à 'acte Magnitskiy" américain qui imposerait des sanctions sur les fonctionnaires russes responsables de l'emprisonnement illégal en Russie des citoyens ukrainiens Nadiya Savtchenko, Oleg Sentsov, Olexandr Koltchenko et'autres.

On ne sait ce qui a changé depuis lors, mais le ministre canadien des affaires étrangères Stéphane Dion avait déjà plusieurs fois explicitement déclaré que pour l’instant il n’y avait pas de nécessité d';adopter de nouvelles lois parce que la législation en vigueur permet d'interdire l’entreé au Canada des personnes indésirables. Après une puissante pression de l'opposition et compte tenu de l'appui unanime par la Chambre des communes de la proposition d'examiner "l’acte Magnitskiy", le comité de profil parlementaire a reçu une tâche d'étudier cette question.

Pendant qu’avant la prise de décision restent des mois, voire des années, les ukrainiens peuvent se réjouir au moins du fait que Savtchenko goûte déjà la liberté et même elle a visité récemment le Canada pour remercier la diaspora pour son soutien. Cependant, des dizaines d'autres ukrainiens restent aujourd’hui dans les prisons russes.

RÉGIME SANS VISA INACCESSIBLE

La discussion (ou plutôt son absence) de la mise en place du régime sans visa pour les voyages à court terme des citoyens de l'Ukraine au Canada témoigne bien aussi de la politique d'Ottawa officiel à l'égard de notre pays. Bien qu’à sa question à Anna Gainey concernant la mise en place du régime sans visa le Congrès des ukrainiens du Canada a obtenu une réponse sans équivoque que "le Gouvernement va travailler sur la réalisation de cet objectif", en fait, le processus de libéralisation n’a pas bougé du point mort. Cela est devenu évident après la publication de la réponse du ministre canadien de l'immigration, des réfugiés et de la citoyenneté John McCallum à la demande du député Kerry Diotte, dans laquellle il se dit bien clairement: "le Ministère n'a jamais procédé à une révision formelle du régime de visa avec l'Ukraine".

La même réponse le gouvernement fédéral a déjà donné en septembre dernier après avoir réagi à la pétition privée de Mykola Kravets qui a reçu l'appui de plus d'une centaine de députés et de sénateurs. "Pour l’instant l'Ukraine n'a pas atteint les critères que le Canada utilise pour évaluer l'aptitude de l'exemption de visas. En conséquence, le ministère ne prévoit pas de réviser bientôt les exigences de visa pour l'Ukraine", - a écrit alors John McCallum.

En fait, peu de gens en Ukraine et dans la diaspora ukrainienne au Canada s’attendent sincèrement à la mise en place dans la perspective d'un régime sans visa avec le Canada. Il s’agit maintenant de la définition de critères précis, de la "feuille de route" pour le régime sans visa à l'instar de celle qui a été développée à l’époque pour l'Ukraine par l'UE. Cependant, même cela on n'a pas réussi à parvenir.

Vu le fait que les Libéraux dans les grandes lignes se disent favorables en matière d'immigration, ils ont déjà accueilli dans le pays plus de 30 milliers de réfugiés syriens, annoncé une augmentation sans précédent de quotas migratoires pour l'année prochaine et travaillent sur une augmentation significative du nombre de visiteurs en provenance de Chine, alors le refus radical de discuter les modifications du régime de visa avec l'Ukraine suscite au moins une surprise.

Tout de même, à la fin de l’année dernière le Canada à l’exemple des Etats-Unis a commencé à délivrer aux ukrainiens des visas touristiques de dix ans, mais le taux de refus reste toujours au-dessus de 20% ce qui est beaucoup plus supérieur par rapport aux consulats les plus austères des Etats membres de l'UE.

AIDE FINANCIÈRE

Le Canada de Stephen Harper a fourni à l'Ukraine un vaste paquet d’aide financière et humanitaire qui a été très rapide et fort considérable parmi tous les pays du monde. Outre d'innombrables objets de première nécessité, des produits pour les personnes déplacées, des équipements pour les hôpitaux, la police et d'autres services, depuis le mois de janvier 2014 Ottawa a alloué à Kyiv d'environ 400 millions de dollars de prêts et de 240 millions de dollars d’aide pour une série de différents projets de développement. Avant les élections le Parti libéral affirmait que "le Gouvernement libéral fournira une aide financière supplémentaire à l’Ukraine et appellera les gouvernements occidentaux et les institutions internationales à soutenir l'Ukraine pendant qu'elle réalise les réformes économiques nécessaires ". Cependant, une assistance financière importante à l'Ukraine de la part du Canada n'a pas été reçue au cours de l'année courante, en plus de cela au début de l’année prochaine se terminent beaucoup de projets canadiens lancés précédemment visant à développer et soutenir les réformes en Ukraine dont le sort ultérieur reste incertain.

SOUTIEN MILITAIRE

Cela concerne le plus la mission d'entraînement UNIFIER dans le cadre de laquelle des soldats ukrainiens sur deux polygones sont formés par environ 200 formateurs canadiens. Le Ministère ukrainien de la défense apprécie beaucoup son efficacité et encourage avec instance à poursuivre son travail. Malgré le fait que jusqu'à la fin du mandat de la mission reste moins de 4 mois, la réponse claire de la partie canadienne concernant le destin de cette mission n'a pas encore été reçue. Selon la vice-première ministre pour les questions de l'intégration européenne et euro-atlantique de l'Ukraine Ivanna Klimpouche Tsintsadzé, lors de sa rencontre le mois dernier avec le ministre canadien de la défense Harjit Sajjan elle a réussi à obtenir un signal absolument clair que la mission UNIFIER sera prolongée dans un format le plus nécessaire pour les Forces armées de l’Ukraine". Cependant, quel est ce format et va-t- il prévoir, en fait, le placement des militaires canadiens sur le sol ukrainien, on n’en sait rien.

Une histoire similaire se développe également autour de la signature d'un Accord de coopération entre les ministères de la défense du Canada et de l'Ukraine. La partie ukrainienne a achevé son travail sur le texte du document en été 2016, mais le Canada il y a quelques semaines seulement a annoncé sa bonne volonté de mettre sa signature sur ce document. Un tel rythme de la promotion de l'accord interministériel témoigne de la faible priorité de l'Ukraine dans l'ordre du jour d'Ottawa officiel.

Fort emblématique est devenue également la décision du Canada censément pour des motifs de budget de cesser de transmettre aux militaires ukrainiens des images satellites qui sont d’importance vitale. L'opposition a été très surprise de cet acte puisque ce programme n’a pas coûté cher, surtout en comparaison du nombre de vies qu'il a aidé à sauver.

UNE NOUVELLE #TRAHISON?

En dépit d'un grand nombre de promesses non tenues, il est faux de considérer les autorités canadiennes comme anti-ukrainiennes parce que pendant seulement l’année dernière dans de nombreux aspects de nos relations bilatérales a été fait de grand progrès. Nommément, après six ans de négociations on a réussi finalement à signer un Accord de libre-échange qui doit entrer en vigueur début 2017; la police ukrainienne a reçu 8 millions de dollars d'aide financière; se poursuit le programme d’expert de soutien des réformes EDGE qui est financé par le MAE du Canada; les échanges commerciaux entre nos deux pays augmentent progressivement; Ottawa officiel fait régulièrement des déclarations adressées à Moscou sur l'inadmissibilité de la violation de l'intégrité territoriale de l'Ukraine; au parlement fédéral canadien est formé un grand groupe d'amitié avec l'Ukraine sans précédent; le Canada ne reconnaît toujours pas l'annexion de la Crimée et respecte strictement le régime de sanctions contre la Russie pour quoi le Canada paye un certain prix puisque les mesures restrictives ont réduit de moitié le volume du commerce entre ces deux pays; enfin, le Premier ministre Justin Trudeau, le Chef de la diplomatie canadienne Stéphane Dion, le Ministre de la défense Harjit Sajjan, la ministre du commerce international Chrystia Freeland, la ministre du travail canadienne ont effectué des visites en Ukraine. Et tout cela en seulement un an!

Néanmoins, aux Utats-Unis il y a une notion "poignée de main de Texas". Elle signifie l'arrangement qui n’est consolidé qu’avec... la poignée de main. L'absence de confirmations écrites de l'arrangement donne censément l'occasion pour chaque partie d'éviter l'exécution de ses obligations sans pénalité. Toutefois, pour les habitants de Texas le refus de leurs promesses signifierait un coup de réputation inadmissible après quoi personne n'aura rien à voir avec un tel "hâbleur".

Le parti libéral pendant sa campagne électorale avait prodigué habilement des promesses tout en essayant de mobiliser les électeurs en son faveur. Bien qu’aucune de ces promesses n'exige pas de super efforts de la part du pouvoir en vigueur et peut être réalisée assez facilement, des actes réels, malheureusement, se sont avérés, pour ainsi dire, de l’autre qualité. Bien sûr, on peut expliquer cela par «la situation évolutive dans l’arène internationale", mais est-ce que vraiment le monde a changé autant cette année?

La Russie continue à se comporter de manière agressive en mettant en danger non seulement l'Ukraine, mais également le monde entier ; les personnes déplacées du Donbass ont aussi besoin de soutien; la Crimée reste occupée; les droits de l'homme en Russie ne sont pas respectés; la liste des prisonniers politiques ukrainiens emprisonnés par le Kremlin augmente constamment tandis que les soldats ukrainiens meurent presque tous les jours à la guerre. Chaque parti conclut avec ses électeurs un accord tacite et si le Parti libéral ne transforme pas bien prochainement sa "poignée de main canadienne" en "poignée de main de Texas", alors en perspective la communauté ukrainienne qui compte plus de 1,3 million de citoyens peut perdre définitivement le désir d’avoir affaire avec lui.

Maxime Nalyvayko. Ottawa

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