Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine : Notre objectif est une adhésion pleine et entière à l'UE
Interview accordée à l’édition slovaque Hospodářské noviny
03.10.2020 14:39

- Monsieur le Président, vous occupez ce poste depuis plus d'un an. Pendant la campagne électorale, certains pensaient que vous étiez en faveur de la normalisation des relations avec la Fédération de Russie. Comment les évaluez-vous aujourd’hui? Voyez-vous une amélioration ou la fin de la guerre?

- Nous avons des relations compliquées avec la Russie. La guerre dans le Donbass dure depuis bientôt sept ans. La Russie a annexé notre péninsule de Crimée. Dans le même temps, historiquement nous avions beaucoup de contacts économiques et humains, et la rupture a été douloureuse.

La guerre dans l'est de l'Ukraine a fait plus de 14 000 morts, détruit des dizaines de milliers de vies, déchiré des familles et laissé des millions de personnes sans abri. Parler de normalisation, c'est mettre des clichés sur des processus complexes.

Nous n’avons réussi à instaurer un véritable cessez-le-feu que cette année. Il a duré 42 jours, jusqu'à ce que deux provocations graves aient lieu, avec pour conséquence un de nos soldats tué et deux ont été blessés. Cependant, même après cela, l'armée ukrainienne a eu le courage et la sagesse de maintenir la trêve la plus longue en six ans et demi. Je comprends à quel point elle est instable et je pousse un soupir de soulagement en lisant chaque jour les rapports sur la situation dans le Donbass. Mais je comprends aussi l'efficacité du «régime du silence» (la trêve): le processus sans fin de la perte de nos militaires et civils s'est arrêté, les habitants locaux ont entendu le «silence» pour la première fois depuis de nombreuses années, et cela a un grand effet psychologique. Croyez-moi, tout le monde est fatigué et veut la paix. Désormais, la tâche principale de chacun est de passer d'un «silence» stable à une paix durable.

L'année dernière, nous avons repris les négociations entre les dirigeants du format Normandie: Ukraine, Allemagne, France et Russie, les premières depuis ces dernières années. Sans ces négociations, sans dialogue avec Poutine, nous ne pourrons pas parvenir à la paix.

Au cours de l’année de ma présidence, nous avons réussi à libérer près de 150 personnes détenues en Russie et dans les territoires occupés. Nous avons réussi le retrait des troupes dans le Donbass dans trois zones, nous déminons activement le territoire. Et le 11 septembre, lors d'une réunion de conseillers des dirigeants des pays du format Normandie, nous avons réussi à conclure un accord sur l’accès des agents de la Croix Rouge dans les territoires occupés du Donbass.

L'Ukraine est la partie la plus intéressée par la paix, car la guerre est sur notre territoire. Mais sur la voie de la paix, il doit y avoir un mouvement des deux côtés, et c’est à la Russie, qui contrôle les territoires occupés de l'Ukraine, de prendre les principales mesures. Nous aimerions que Moscou fasse preuve d’un plus grand désir d'accélérer la réalisation de la paix.

Bien sûr, seuls 3% de notre territoire est en guerre, mais nous avons encore besoin du soutien de l'Occident. La guerre dans le Donbass déstabilise la situation sur tout le continent. Ce sont des pertes pour l'économie et le capital humain.

Toutes les guerres se terminent un jour. La question est de savoir combien de temps elles durent, combien de vies elles prennent, combien de souffrances elles apportent. Nous sommes sûrs à 100% que les villes ukrainiennes - Donetsk et Louhansk –  sont nos villes, ce sont nos habitants là-bas, ainsi qu'en Crimée, soit dit en passant. Et s’il n’y avait pas d’ingérence extérieure, Donetsk, Louhansk et la Crimée vivraient normalement dans notre système d'État unifié.

- Communiquez-vous directement avec Poutine? Comment décririez-vous votre relation?

- Nous avons différents formats de communication avec le président Poutine. Il s’agit du format Normandie, mais aussi d’un format bilatéral: quand la nécessité l’exige, nous parlons directement. Cela aide à trouver des solutions nécessaires, importantes non seulement pour l'Ukraine, mais pour l'ensemble de l'Europe. Par exemple, en décembre dernier, nous sommes parvenus à un accord sur le transit du gaz russe à travers le territoire ukrainien. Cela garantit la stabilité énergétique de toute notre partie du continent. J'ai également parlé avec Poutine le 26 juillet, à la veille de l'établissement d'un cessez-le-feu à l'est. Et nous avons convenu du régime du «cessez-le-feu» le plus long. La communication avec le président de la Russie est limitée, mais substantielle. En tant que perfectionniste, j'aimerais plus d'efficacité dans notre dialogue.

- Êtes-vous préoccupé par la situation au Bélarus? La déstabilisation y serait-elle dangereuse pour l'Ukraine?

- Une telle crise n’affecte pas seulement les pays voisins du Bélarus. Les événements y ont déjà des conséquences pour l'Europe. Nous observons que s’est produite la plus grande crise politique de toutes les années d'indépendance du Bélarus. Elle est également associée à des crises économiques et sociales déjà mûres et qui ont des conséquences. Si le scénario est négatif, cela signifiera pour le moins des centaines de milliers de réfugiés du Bélarus vers les pays européens.

Une élection équitable du président est le meilleur moyen de sortir de cette crise. Si les candidats sont confiants dans leur victoire, alors il n'y a rien à craindre d'une autre élection. Des autorités, qui n'ont pas peur de leur peuple, agissent ainsi. Je note également qu'il doit y avoir un dialogue avec la société, la violence doit être évitée. C’est ainsi qu’agissent des autorités qui se soucient de leur peuple.

- L'Ukraine est parmi les pays les plus touchés par le Covid-19 en Europe. À votre avis, quelles en sont les raisons?

- Les raisons de l'augmentation du nombre d'infections en Ukraine sont les mêmes que dans tout autre pays. Les gens sont las de la menace du Covid-19, des restrictions de la quarantaine et du stress émotionnel constant. Les gens veulent vraiment retourner à leur vie habituelle. La plupart des flambées sont provoquées lors de fêtes, concerts, mariages, dans les clubs, lors de cérémonies religieuses.

Au début de cette crise, nous avons réagi très rapidement - grâce à la quarantaine, nous avons vraiment réussi à empêcher une propagation très large de la pandémie, comme cela a été le cas, par exemple, en Italie ou en Espagne. Actuellement, nous avons mis en place dans notre pays une quarantaine adaptative, ce qui nous permet de répondre de manière flexible aux appels dans une zone ou une autre.

Au deuxième trimestre, nous avons connu une récession économique - comme dans tous les autres pays. Nous avons eu une baisse de 11,4% du PIB. C'était au moment des restrictions les plus strictes de la quarantaine. Mais d'ici la fin de l'année, la reprise économique deviendra tangible et durable. Pour le deuxième mois consécutif, nous avons enregistré une hausse des exportations, ce qui est un très bon signe. Les réserves internationales de notre Banque nationale augmentent.

Comme d'autres pays, nous nous sommes concentrés sur l'aide aux personnes touchées par la pandémie: nous avons développé un programme de prêts bon marché pour les entreprises, de compensation financière pour ceux qui ont perdu leur emploi, renforcé l'aide à la recherche d'un emploi pour les inscrits dans les centres pour l'emploi et d'autres programmes.

Il est important qu’un vaccin soit mis au point le plus tôt possible et que nous, en travaillant ensemble et en nous aidant les uns les autres, développons des réponses paneuropéennes aux conséquences négatives de la pandémie.

- Êtes-vous satisfait du développement des relations avec l'Union européenne? Y a-t-il des progrès sur la question de l'intégration de l'Ukraine dans l'Union européenne?

- L'Union européenne est un partenaire clé pour restaurer notre souveraineté et notre intégrité territoriale et soutenir les réformes. Depuis la signature de l'accord d'association, l'UE est devenue le principal partenaire commercial de l'Ukraine, et représente déjà plus de 40% de notre commerce extérieur. Depuis le début du régime sans visa en 2017, les Ukrainiens ont effectué 50 millions de voyages dans les pays de l'Union européenne.

Cependant, l'Ukraine souhaite une adhésion pleine et entière à l’Union européenne. Nous sommes un pays européen et nous pouvons apporter beaucoup à l'Europe, en travaillant ensemble, beaucoup de choses sur le continent européen dépendent de la situation en Ukraine, il serait donc logique que l'Ukraine devienne membre à part entière de l'Union européenne. Nous essayons d'obtenir de l'UE une perspective claire et articulée d'adhésion de l'Ukraine. Il est important pour les Ukrainiens que l'Union européenne reconnaisse et soutienne nos aspirations.

Nous travaillons actuellement à maximiser le potentiel de l'accord d'association pour approfondir encore l'intégration entre l'Ukraine et l'UE, ainsi qu'à adapter la partie commerciale de l'accord aux réalités économiques modernes. Ce sera l'un des thèmes importants du sommet Ukraine-UE du 1er octobre à Bruxelles.

- Comment la Slovaquie pourrait-elle vous y aider, étant l’un de vos voisins les plus proches?

- La Slovaquie possède déjà ce vers quoi nous nous dirigeons - une adhésion à part entière à l’Union européenne. Par conséquent, il est naturel que nous commencions, avec la Slovaquie, à réfléchir au développement et à l’élargissement de l’UE. L’intérêt est grand pour n’importe quel pays que son voisin à l’est soit aussi un pays-membre de l’Union européenne. Il s'agit d'un niveau de prévisibilité, de développement et de coopération complètement différent - plus élevé. Il est très important pour nous que le soutien à la perspective européenne de l’Ukraine soit mentionné dans le programme de l’actuel gouvernement slovaque.

À un moment donné, la Slovaquie a surmonté avec succès les défis sur la voie de l'intégration européenne et euro-atlantique, grâce à une incitation puissante: une perspective clairement formulée d'adhésion à l'UE et à l'OTAN. L'Ukraine n'a pas une telle incitation. Malgré cela, nous avons choisi une voie et allons de l'avant, réalisant que les réformes nécessaires sont dans l'intérêt de notre peuple et de notre État.

Une Ukraine réformée et forte peut renforcer considérablement l'Union, qui cherche une nouvelle place et un rôle approprié dans le monde. Nous comptons sur le soutien de nos initiatives pour approfondir l'intégration sectorielle dans l'énergie, l'économie numérique et le commerce. Nous espérons également une position active de la Slovaquie dans la préparation d'une nouvelle stratégie à long terme pour la poursuite du développement du partenariat oriental, qui devrait autant que possible tenir compte des ambitions et des besoins des partenaires et se fonder sur le principe de la différenciation.

- Dans quels domaines voyez-vous les principales opportunités et les potentiels de renforcement de la coopération entre nos pays?

- L'Ukraine et la Slovaquie devraient développer des relations commerciales et économiques mutuellement avantageuses. Nous voyons le potentiel de renforcement de la coopération dans l'agriculture. L'Ukraine occupe une position de leader dans le système mondial de sécurité alimentaire, elle est un partenaire commercial fiable qui se soucie constamment de la qualité de ses propres produits alimentaires et agricoles, en les alignant sur les normes et standards de l'UE.

Un certain nombre de projets d'infrastructure sont également prometteurs, parmi lesquels je voudrais noter la reprise du fonctionnement total de l'aéroport international d'Uzhhorod. Lors de ma visite, il est prévu de signer un accord qui permettra la reprise des vols réguliers vers la ville d'Uzhhorod.

Il existe également une vision stratégique commune de l'Ukraine et de la Slovaquie pour développer le potentiel de transit et améliorer la livraison de marchandises en conteneurs de l'UE vers la Chine et dans le sens inverse. Il est nécessaire d'intensifier le travail des parties pour développer des terminaux logistiques à Tchop, Mukatcheve, Kochitche. La sécurité énergétique est définitivement notre priorité stratégique. Une coopération efficace entre les opérateurs de nos pays conformément aux règles européennes donnera le maximum d'effet économique.

- Avez-vous un plan pour attirer les touristes slovaques en Ukraine après la pandémie?

- Nous avons commencé à restaurer les infrastructures à l'échelle nationale - routes, infrastructures sociales et sportives, culture. C'est un excellent investissement pour accroître la communication. Ce sont la communication, l'expansion des liens économiques, le tourisme. Nous avons pour stratégie de créer des «aimants» touristiques dans chacune de nos régions - des objets spéciaux qui intéresseront des millions de touristes. Nous les restaurons, construisons toute l'infrastructure - et cela fonctionnera pour que nos amis slovaques puissent également découvrir l'Ukraine.

Nous avons maintenant des opportunités commerciales uniques - des personnes qualifiées, un grand potentiel des industries créatives, y compris la production cinématographique, l'industrie de la publicité, nous développons des projets de concession, introduisons une réforme agraire. Ajoutons des infrastructures à tout cela, et cela rendra certainement l'Ukraine plus «compréhensible» pour l'UE, lorsque l'épidémie prendra fin.

Photo: Office du président

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