Egils Levits, Président de la Lettonie
Je pense que nous avons réussi à convaincre la «Vieille Europe» que la Russie est une menace pour tout le monde
11.07.2022 15:40

Egils Levits a pris ses fonctions de président de la Lettonie il y a exactement trois ans.  Ce pays est une république parlementaire, mais le poste de chef de l'État revêt ici une grande importance. Le mandat de Levits est intervenu pendant les années tumultueuses de la pandémie de coronavirus, mais aussi de la pandémie de l'agression russe. Dont la pointe est dirigée vers l'Ukraine, mais entraîne des secousses tectoniques dans toute l'Europe et dans le reste du monde. Dans le même temps, le président letton se montre sur toutes les plateformes comme l'un des alliés les plus actifs et les plus intègres de l'Ukraine.

LE GOUVERNEMENT ET LA SOCIÉTÉ ENTIÈRE AIDENT L'UKRAINE

- En tant qu'Ukrainien, je tiens à remercier le Président de la Lettonie pour le soutien polyvalent apporté par son pays à l'Ukraine.

- Oui, cette aide va de soi pour nous, Lettons, car nous sommes bien conscients de la situation actuelle. Nous n’avons pas besoin que l’on nous explique ce qu’est l'impérialisme russe, notre soutien est donc naturel. L'Ukraine est aidée à la fois par le gouvernement et par l'ensemble de la société.

– Peut-être serait-il logique de commencer par le sujet des réfugiés ukrainiens.

- Nous avons déjà enregistré plus de 30 000 migrants d'Ukraine. La Lettonie a adopté une loi spéciale sur le soutien aux réfugiés ukrainiens, qui énonce des formes spécifiques de soutien. En particulier, une aide financière est fournie aux réfugiés, et elle est similaire à celle reçue par les citoyens lettons. Cela comprend à la fois un paiement unique lorsqu'une personne arrive pour la première fois dans le pays et une aide mensuelle régulière, qui est très similaire à l'aide octroyée aux citoyens lettons qui n'ont pas de revenus.

La loi prévoit également qu'un permis de travail particulier n'est pas requis - une personne peut immédiatement commencer à travailler. Dans le même temps, il convient de tenir compte du fait qu'il existe une pénurie de main-d'œuvre en Lettonie. Le problème, en fait, n'est pas le chômage, mais le manque de travailleurs - il est plus difficile pour les entreprises de trouver des travailleurs. Il n'est pas difficile pour les personnes qui veulent et peuvent travailler de trouver un emploi.

Comment arrivez-vous à résoudre les problèmes de logement ?

- Au tout début, lorsqu’une personne arrive en Lettonie, pendant les quatre premiers mois, l'État l'aide à se loger. Il s'agit notamment de faciliter pour les résidents de Lettonie - des particuliers – l’accueil de réfugiés ukrainiens et ils reçoivent une compensation partielle de l'État. Pour que nos citoyens soient motivés pour héberger les Ukrainiens. C’est très important, le sujet des réfugiés. Mais une autre question est tout aussi importante, et peut-être même plus: la livraison d'une aide militaire à l'Ukraine.

L'EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE RESSENT MIEUX LA MENACE RUSSE

- Oui. Et là, semble-t-il, les indicateurs quantitatifs sont très éloquents.

- La Lettonie a déjà fourni une assistance militaire pour environ 250 millions d'euros. Cela représente environ un tiers de notre budget militaire. Si l'on parle en pourcentage du produit intérieur brut, la Lettonie et l'Estonie, entre autres pays, fournissent à l'Ukraine la plus grande aide - environ 0,8% du PIB. Permettez-moi de préciser que cela concerne spécifiquement l'assistance militaire. Nous comptabilisons séparément l'assistance aux réfugiés. En outre, une aide humanitaire importante est fournie principalement par des organisations non gouvernementales. Cependant, la plus grande assistance en en quantité est précisément militaire. Dans la liste des donateurs militaires, la Lettonie, bien qu'un petit pays, est en tête par rapport à ses capacités. [En termes absolus] ce sont les États-Unis qui ont donné le plus - 25 milliards, suivent le Royaume-Uni - 2,5 milliards d'euros, la Pologne - 1,8 milliard, l'Allemagne - 1,4 milliard, la Norvège - 0,5 milliard, la Lettonie et l'Estonie - environ 250 millions d'euros chacun.

- Nous constatons, que la guerre dure. Dans le même temps, le Kremlin provoque des crises énergétiques, alimentaires et autres. Dans quelle mesure le monde démocratique est-il prêt à cela, existe-t-il une stratégie à long terme pour soutenir l'Ukraine qui fait face l'agression russe ?

– La semaine dernière, j'ai participé au sommet de l'OTAN à Madrid. La guerre dure déjà depuis quatre mois. Et les pays de l'Alliance, les pays démocratiques ont compris que ce sera long. Cela est également reconnu dans les documents adoptés à Madrid, y compris le nouveau concept de l'OTAN. Il déclare que la Russie est le principal opposant à l'Alliance de l'Atlantique Nord. C'est vraiment un nouveau concept. D'où la constatation que l'Ukraine aura besoin d’aide pendant longtemps - principalement au sens militaire, ainsi qu'au sens économique.

En même temps, se pose la question importante de l’opinion publique dans les pays occidentaux. En effet des difficultés dans les domaines de l’énergie et de l’économie sont apparues ou se profilent à l’horizon. Ce sera un défi certain à la solidarité [des pays démocratiques] avec l'Ukraine. Côté positif, les principales forces politiques occidentales comprennent que l'Ukraine devra être aidée pendant longtemps et sont favorables à cette solidarité. Cependant, il existe des forces populistes dans chaque pays, et dans chaque pays, elles nieront la nécessité d'aider l'Ukraine. Mais, heureusement, elles sont minoritaires et ne déterminent pas la politique de leur pays.

– Dans quelle mesure il est possible de rapprocher les positions de l'Europe de l’Est et de ce qu’on appelle la «Vieille Europe » ?

- Depuis le début de la guerre [de grande envergure], ce sont les pays d'Europe centrale et orientale qui ont pris l'initiative d'aider l’Ukraine, même si les autres pays les ont suivi immédiatement. Je parle de la Pologne, des pays baltes, de la Roumanie ... Pourquoi? Les pays d'Europe centrale et orientale sont situés plus près de la source de menace existante. Par conséquent, ils comprennent mieux le problème de l'Ukraine que les pays d'Europe occidentale, qui sont géographiquement éloignés de la Russie ... Je pense que nous avons réussi à convaincre ces pays plus occidentaux, la «Vieille Europe», que la menace de la Russie pèse sur tout le monde, et pas seulement sur l'Europe de l'Est, c'est un danger pour tous les pays de l'OTAN. Un exemple de cette prise de conscience est la décision du sommet de Madrid, que j'ai déjà mentionnée. Nous discutons des mêmes questions dans d'autres lieux, par exemple dans le cadre des Neuf de Bucarest. Récemment (10 juin - éd.) il y a eu une réunion dans ce format à Bucarest. Il s'agit dans tous les cas du rôle de leadership que les pays d'Europe centrale et orientale ont assumé.

IL FAUT CRÉER UN NOUVEAU TRIBUNAL SUR LA QUESTION DU GÉNOCIDE DES UKRAINIENS

- Une question pour vous en tant que juriste renommé. Avez-vous lu le rapport «Une analyse juridique indépendante de la violation par la Fédération de Russie de la Convention sur le génocide en Ukraine et du devoir de l'empêcher». Comment pouvez-vous évaluer ce travail d'experts sur les questions du génocide ?

- Je peux donner une appréciation juridique et politique : il existe des preuves que la Russie commet effectivement un génocide en Ukraine. En outre, les parlements de tous les pays baltes ont convenu qu'un génocide se déroulait actuellement en Ukraine. Le Canada a pris une décision similaire. Peut-être que la Pologne et d'autres pays feront de même. Il y a aussi la Cour internationale de justice sur les aspects juridiques (Cour internationale de justice de La Haye - éd.). Toutefois, d'un point de vue procédural, l'examen de cette question ne relève pas de sa compétence. Aujourd'hui, une plainte a été déposée par Kyiv : l'Ukraine accuse la Russie d'avoir commis un génocide, tandis que la Russie accuse l'Ukraine d'un génocide dans le Donbass. Et c'est une violation de la convention sur le génocide.

- C’est-à-dire une « accusation en miroir » de la part du véritable organisateur du génocide, ce qui constitue l'un des signes de génocide?

- Oui. Cette plainte est actuellement examinée par la Cour internationale de justice de La Haye. Les premières réunions ont déjà eu lieu début mars. Il s'agit d'une évaluation juridique et elle est importante du point de vue de la jurisprudence - ils ont décidé que la Russie devait cesser de commettre le génocide. Bien sûr, la Russie n'en tient pas compte. Mais il est important qu'une telle décision ait déjà été prise. C'est une solution temporaire, pour une décision définitive il faut attendre encore quelques mois... Quant à la guerre déclenchée par la Russie contre l'Ukraine, aucun tribunal international ne peut en tenir compte. Peut-être, à l'initiative de l'Ukraine, un nouveau tribunal sera-t-il créé pour examiner cette question. Après tout, il existe des précédents, par rapport à la Yougoslavie, au Rwanda, de création de nouveaux tribunaux. Je soutiens cette proposition et j’en ai parlé à Madrid. Cette idée, cette initiative doit être développée afin de former un groupe de pays qui travaillera sur cette question. Parce qu'à l'ONU, cette question ne peut malheureusement pas passer au Conseil de sécurité (où la Russie dispose d'un droit de veto).

POUR RÉFORMER IL FAUT UN OUTIL - L'ADMINISTRATION D'ÉTAT

- Lors de la séance de clôture de la session de printemps de la Saeima (le Parlement de Lettonie – éd.) et en prévision des élections législatives d'automne, vous avez prononcé un discours intéressant sur la nécessité des réformes en République de Lettonie. Pourriez-vous citer quelques-unes de ces principales thèses pour les Ukrainiens ?

- Pour l'Ukraine... Afin de mettre en œuvre efficacement les réformes dans l'État, le gouvernement doit disposer d'un outil précis et clair. Et cet outil, c'est l'administration publique. Par conséquent, il serait logique de conclure qu'il faut avant tout une administration publique, qui sera ensuite engagée dans la mise en œuvre des réformes. En Lettonie, beaucoup a déjà été fait à cet égard. Notre administration publique fonctionne de manière satisfaisante. Mais les réformes ne s'arrêtent jamais. Il faut les poursuivre, remplir de nouvelles tâches. Il s’agit d’un processus continu.

Par exemple, en Lettonie dans les années 1990, alors que nous n'avions pas encore une administration publique qui fonctionnait bien, il y avait un poste de ministre de la Réforme de l'administration publique. Donc sa tâche était de réformer l'administration publique. Peut-être qu'un tel fonctionnaire serait également pertinent pour l'Ukraine. Autrement dit, il ne serait pas engagé dans toutes les réformes de toute la société, mais serait engagé dans le développement de cet outil - la réforme de l'administration publique. Tout cela suppose bien sûr une formation des agents de l'État, une régulation correcte de l'organisation institutionnelle de l'État, l'éradication de la corruption, etc., pour que l'administration publique fonctionne plus efficacement. L'une de mes propositions est de créer un conseil d'État qui serait un organe indépendant. Qui fournirait ses conclusions sur les lois - si les lois adoptées correspondent à une politique durable (à long terme - ndlr). Tout cela peut améliorer le processus législatif et les activités de l'administration publique.

Oleg Koudrine, Riga.

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