Cette semaine, le Comité militaire de l'OTAN s'est rendu à Kyiv après huit ans d'absence. À l'invitation du commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Mykhailo Drapaty, 32 représentants militaires des pays membres de l'Alliance sont venus prendre connaissance des dernières informations sur la situation au front.
La délégation était menée par le président du Comité militaire de l'OTAN, l'amiral Giuseppe Cavo Dragone. Dans un entretien accordé à Ukrinform, il a souligné que la situation de la Russie s'aggravait, tandis que les actions hybrides du Kremlin contribuaient au contraire à renforcer le soutien apporté à l'Ukraine par ses alliés.
Entre autres sujets, l'amiral a évoqué le financement de la défense antiaérienne ukrainienne et l'aide apportée pour lutter contre les drones à réaction Shahed russes.
INUTILE DE FAIRE DU BRUIT AUTOUR DES EXERCICES MILITAIRES EN BALTIQUE
– Ravi de vous accueillir à Kyiv. Monsieur l'amiral, nous nous rencontrons au moment où Poutine accentue sa rhétorique guerrière envers l'Ukraine et ses alliés. La semaine dernière, lors du forum de Valdaï, il s'est dit prêt à employer n'importe quelle arme en cas de menace. Comment analysez-vous ces propos ?
– J'aurais envie de répondre que l'OTAN est elle aussi prête à engager l'ensemble de ses armements, mais ce n'est pas le cas : nous sommes une alliance défensive.
Je pense que cette situation découle d'un certain malentendu autour de nos exercices en mer Baltique. Nous les menons de façon tout à fait habituelle, exactement comme ceux organisés en Biélorussie, parfois à proximité des frontières de l'OTAN. Cela fait simplement partie de notre préparation. Nous ne menaçons personne. C'est notre pratique courante et il n'y a pas lieu de faire du bruit autour de cela.

– La Russie ne se contente pas de parler, elle agit également contre les alliés de l'OTAN en Europe : incendies de sites militaires, tentatives d'assassinat de personnalités, envois de drones. Dans les capitales européennes, ces actes sont perçus comme des menaces hybrides. Quel est votre regard d'amiral sur la question ?
– Oui, il s'agit bel et bien de menaces hybrides.
Avant tout, l'OTAN est une alliance défensive et elle cherche à identifier clairement l'origine de la menace. Nous devons en avoir la certitude absolue.
Bien entendu, nous prenons des contre-mesures pour contrer ces menaces et ces activités hybrides : nous renforçons par exemple la protection des frontières et développons nos capacités cyber. Ce sont des mesures publiques, mais nous en appliquons aussi d'autres, non publiques, précisément pour assurer la protection de l'Alliance. Je le répète : uniquement pour la protéger.
– Quels actes de la Russie pourraient contraindre l'OTAN à riposter activement ? Et êtes-vous préparés aux opérations sous fausse bannière de Moscou ?
– Les opérations sous « fausse bannière» exigent une attribution formelle de leurs auteurs. Nous devons y répondre avec mesure et apporter une riposte adéquate qui n'entraîne pas d'escalade. Je vous donne un exemple : combien de fois avez-vous vu des drones de l'Alliance violer l'espace aérien russe ? L'OTAN est une organisation défensive. Nous veillons à éviter toute escalade, car personne n'y a intérêt. Nous nous contentons de répondre à ces agissements.
Quant à une attaque directe, cela relève de l'article 5. C'est aussi simple que cela.

PURL, L'INSTRUMENT DE L'OTAN LE PLUS RAPIDE POUR L'UKRAINE
– Les menaces russes ne concordent pas avec la situation sur le front ukrainien, qui ne bouge presque plus. Par endroits, l'Ukraine contre-attaque même avec succès et reprend du territoire. Comment contraindre Poutine à renoncer à ses menaces et à engager des négociations ? Et selon vous, comment la situation va-t-elle évoluer au cours des prochains mois ?
– Tout d'abord, on peut y parvenir grâce aux signaux que nous envoyons, comme nous le faisons actuellement. Chaque fois qu'une attaque hybride survient sur notre territoire, nous ripostons. Par exemple, lorsque des fusées éclairantes ont été tirées contre des hélicoptères de l'un de nos pays, la réaction immédiate a été d'augmenter les investissements dans la défense de l'Ukraine.
Nous continuons de véhiculer le message qu'aucune action hybride ne permettra d'atteindre son objectif : diviser l'Alliance ou faiblir notre engagement à soutenir l'Ukraine.
Au contraire, cela ne fait que renforcer notre soutien et consolider nos systèmes de défense. C'est notre signal clair et ferme.
Il y a également les sanctions, qui sont appliquées comme il se doit. Mais d'un point de vue militaire, les frappes continues de l'Ukraine sur les arrières de l'ennemi infligent des dégâts considérables à l'économie russe.
– À propos des attaques russes dans la profondeur du territoire ukrainien : malheureusement, la Russie a lancé une campagne contre nos infrastructures critiques. Le président Zelensky a déclaré que Poutine disposait de 600 missiles à cet effet. Sur quel niveau de soutien de l'OTAN pouvons-nous compter via le mécanisme PURL ?
– Le mécanisme PURL fonctionne. C'est l'instrument le plus rapide, mis en place en juillet 2025. Il opère aujourd'hui de manière très efficace et réactive. L'Ukraine reçoit ce dont elle a besoin, selon ses demandes et ses priorités, dans les délais les plus courts.
Mais le PURL n'est pas le seul mécanisme. L'Alliance a décidé d'accorder à l'Ukraine 70 milliards de dollars cette année, et un montant équivalent en 2027. Rien que dans le cadre du PURL, environ 10 milliards de dollars de systèmes et d'armements ont déjà été transférés à l'Ukraine. Nous avons donc 70 milliards en 2026 et autant en 2027. Ce sont des sommes considérables, et nous sommes prêts à intensifier nos efforts pour apporter à l'Ukraine un soutien toujours plus fort.

– Les chiffres prouvent donc que les partenaires de l'Ukraine ne montrent aucun signe d'épuisement ?
– Non, ils accroissent leur aide. Ils sont motivés. Nous sommes convaincus que les Alliés réussiront. C'est précisément grâce à vos actions sur le terrain, aux frappes dans la profondeur du territoire russe et à la stabilisation de la ligne de front par l'Ukraine que l'agresseur ne gagne pas de nouveaux territoires. La situation de la Russie s'aggrave même, puisqu'elle perd du terrain au profit de l'Ukraine.
Il faut maintenir ce rythme, et c'est ce qui, selon moi, contraindra Poutine à s'asseoir à la table des négociations. Quand bien même cela arriverait — j'espère rapidement —, je serai le premier à applaudir Poutine.
CERTAINS ALLIÉS FOURNISSENT DÉJÀ DES MUNITIONS CONTRE LES « SHAHED » À RÉACTION
– Il existe une autre menace russe pour la population civile ukrainienne : les drones à réaction que les Russes lancent contre les ponts et les centres d'affaires. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, a déclaré que nous utilisions des chasseurs F-16 équipés de canons de 20 mm. Pouvons-nous compter sur le soutien de l'OTAN pour ces munitions et sur une aide en intercepteurs à réaction?
– Nous nous en occupons. La semaine dernière, j'ai rencontré le nouveau commandant de la NSATU. Il m'a expliqué à quel point les munitions de 20 mm sont efficaces et peu coûteuses.
J'ai déjà sollicité l'ensemble des partenaires pour vérifier quelle quantité pourrait être livrée immédiatement à l'Ukraine. Certains pays en fournissent déjà. Le processus est en cours et je pense que d'autres livraisons suivront.
Je continuerai d'insister pour accélérer leur acheminement, car ce calibre est à la fois économique et très efficace.

– Monsieur l'amiral, merci pour votre soutien à l'Ukraine et pour cet entretien.
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Ivan Kosiakine, Kyiv
Photo : Danylo Antonyuk
Vidéo : Armia TV
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