Qui sont les sans-abris des années 2020?

Qui sont les sans-abris des années 2020?

Ukrinform
Le temps passe et les sans-abris ne disparaissent pas. Leur nombre augmente-il aujourd’hui? Ou diminue-t-il? Comment pouvons-nous à l’heure actuelle les aider? Ukrinform s'intéresse à ce sujet «démodé».

Avec le début de l'épidémie de coronavirus en Ukraine, le nombre des sans-abris a augmenté. En raison de la fermeture de petites entreprises, des suppressions d'emplois et du nombre de centres de recyclage, ceux qui occupaient auparavant des emplois précaires à bas salaires se sont retrouvés dans la rue. En 2019, les experts de l'organisation de volontaires «Aide le sans-abri» avaient dénombré plus de 20 000 sans-abris à Kyiv. Alors qu’en 2021, selon une étude réalisée par la Mission d'observation des droits de l'homme des Nations Unies en Ukraine, en particulier dans la capitale ukrainienne, on estime qu'il y a jusqu'à 40 000 sans-abris. Et la ville ne peut accueillir que 150 personnes dans un abri collectif et nourrir 300 personnes dans la rue.

Selon les données officielles du département de la politique sociale de l'administration de la ville de Kyiv, il y a environ cinq mille sans-abris, mais il ne s’agit là que des personnes s’étant inscrites au Centre d’enregistrement des sans-abris.

Le nombre de sans-abris n’augmente pas seulement dans la capitale. Le père Oleh Zharovsky, un prêtre de Lviv, s'occupe d’eux depuis près d'une décennie et demie avec le projet «Oselia», qui fait partie du mouvement international «Emmaüs». «Cette année, le réveillon de Noël, que nous organisons le 6 janvier depuis plus de 10 ans, a rassemblé 500 personnes, alors que les années précédentes elles étaient habituellement environ 200», raconte-il. A Kherson aussi on constate une augmentation notable du nombre de sans-abris, explique Valentin Lapitsky, directeur du Centre régional pour la réinsertion des sans-abris «Nadiia».

Pourquoi aujourd’hui les gens se retrouvent-ils dans la rue?

Olena Davidiuk, chef du département des problèmes de sécurité sociale au Centre de recherche sociale avancée auprès du ministère de la Politique sociale de l'Ukraine et de l'Académie nationale des sciences d'Ukraine, soutient qu'il y a des raisons objectives à cela. «La croissance de l'ampleur du phénomène des sans-abris en Ukraine au cours des vingt dernières années est une conséquence de la crise sociopolitique et économique systémique et du développement de nombreux segments de population se trouvant dans un état socio-économique, socio-juridique et domestique catastrophique».

Les principales raisons de la perte d'un toit au-dessus de la tête n'ont pas changé au fil des années. Selon l'expert, il s'agit de conflits familiaux, d'emprisonnement, de divorce, de toxicomanie et d'alcoolisme. On devient également sans-abri en raison de la perte de son logement lors de transactions immobilières illégales, lors du décès de ses parents, d’une migration, de la vente d'un appartement (maison) après avoir perdu son emploi ... Actuellement, la perte du logement peut être due aux lourdes factures des services publics - elles dépassent déjà 50 milliards de hryvnia en Ukraine (hors électricité).

Olga Makar

Tous les sans-abris n'ont pas choisi pour eux-mêmes une telle vie, en revanche, même les journalistes les appellent souvent péjorativement des «clodos», dit Olga Makar, journaliste et coordinatrice du mouvement de volontaires ukrainiens « Molod za myr».

Chacun de ceux qui se retrouvent dans la rue a sa propre histoire, mais beaucoup ne veulent pas la raconter. Cependant, ceux qui acceptent encore d’en faire le récit ne s'écartent pas de la triste tradition qui s'est développée il y a de nombreuses années.

Serhiy, du refuge du Centre de réintégration de Kherson «Nadiia» raconte qu’il a perdu ses documents d'invalidité et devait les refaire. Il n’arrivait pas à résoudre ce problème tout seul et est très heureux qu’on l’ait aidé.

Une autre pensionnaire du centre «Nadiia», Olga, raconte: «Mon patron m'a poussée et j’ai été blessée. Il était ivre, et les conséquences de ma chute se sont avérées fatidiques». Après l'opération, cette femme est devenue incapable de travailler et de payer son logement. Pendant quelque temps, elle a vécu chez une amie. Mais les deux femmes ont fini par ne plus s’entendre et Olga s’est donc retrouvée dans la rue.

Andriy Pavlovsky

Selon Andriy Pavlovsky, expert en politique sociale, certains sans-abris aiment vivre dans la rue. C'est leur mode de vie, mais c’est une minorité. Tous les autres ont besoin de soutien, ils s'efforcent d'avoir à la fois un logement et du travail. Mais personne ne veut d’eux.

Les sans-abris commettent-ils souvent des crimes?

Il n'existe pas de statistiques sur les crimes commis en Ukraine par des sans-abris. Cependant, l'imperfection du système de réinsertion des citoyens sans-abris et d'adaptation sociale des personnes libérées de prison, la question non résolue du traitement obligatoire des personnes atteintes d'alcoolisme affectent bien sûr la croissance du nombre de délits.

Selon l'avocat Rybalov (professeur à l’Institut du parquet et de la justice pénale de l'Université nationale de droit Yaroslav-le-Sage à Kharkiv), «l'une des principales conditions propices à la commission de crimes est la pauvreté et le faible niveau de vie, dont une partie de la population ukrainienne souffre, principalement des familles avec enfants, des orphelins, des enfants privés de soins parentaux, des chômeurs, des personnes handicapées, des retraités, des sans-abris. "

Il n'y a pas de programmes de logement social en Ukraine pour les sans-abris et la police ne s’intéresse à eux que lorsqu’ils commettent des crimes. Et c'est le ministère de l'Intérieur qui apparaît le plus souvent dans les documents et programmes de l'État dans ce domaine. Le vagabondage, cependant, est un problème social, pas un crime ou un vice. Par conséquent, l'implication de la police ne peut pas aider à résoudre ce problème.

Les programmes sociaux doivent être efficaces

Le ministère de la politique sociale rapporte qu'il existe actuellement en Ukraine plus d'une centaine d'établissements pour les sans-abris, en particulier 91 centres d'enregistrement, 15 centres de réinsertion, 22 maisons de nuit et 5 succursales d'hôtels sociaux.

Les institutions de protection sociale où les sans-abri peuvent recevoir une gamme de services sociaux, en particulier un service d'hébergement, ne comptent que 1 623 lits. C'est beaucoup trop peu.

Dans plusieurs régions, les autorités locales et les organisations communautaires travaillent en étroite collaboration pour organiser des refuges pour sans-abris. Par exemple, à Tcherkassy, ​​Tchernihiv, Tchernivtsi, Poltava et Zhytomyr, les institutions de protection sociale sont gérées par des organismes publics et financées par les autorités locales. Dans certaines régions, des organisations communautaires et religieuses et des groupes de bénévoles informels fournissent une assistance aux sans-abris, y compris des abris, sans le soutien des autorités locales.

Des milliers de points de chauffage sont déployés en Ukraine

Comme l’a rapporté Ukrinform, en Ukraine, au 17 janvier, les autorités locales, en coopération avec le service d’urgence de l’État, ont déployé 4 836 points de chauffage, dont 4 802 points installés par les autorités locales.

Ils appellent les bénévoles «nos amis»

À Kyiv, il existe trois institutions publiques qui fournissent des services aux sans-abris: la Maison de la protection sociale, le Centre d'enregistrement des citoyens sans-abris et le Centre pour l'adaptation sociale près de Kyiv. Il existe dans la capitale plusieurs organisations sociales et caritatives qui aident également les sans-abris. Les plus importantes d'entre elles sont le mouvement «Molod za myr», la Communauté de Saint-Egidius et le magasin de charité «Laska».

Le mardi soir, des jeunes, pour la plupart des étudiants, se rassemblent dans l'un des appartements du passage de Kyiv. Ce sont les volontaires du mouvement «Molod za myr», dont la mission est d'aider les sans-abris et les citoyens défavorisés. Pour ce faire, ils trouvent du temps libre après le travail ou l'école. Il ne reste que quelques heures pour faire quelques centaines de sandwichs et plusieurs litres de thé. À sept heures, tout le monde sera divisé en groupes de cinq ou six personnes et emportera des sacs de nourriture et de vêtements chauds dans différentes parties de la ville. Des sans-abris les attendent.

Valentyn Lapitsky

Si les volontaires du mouvement «Molod za myr» viennent en aide aux sans-abris depuis plusieurs années, le Centre de réintégration des sans-abris «Nadiia» à Kherson n'a lui qu'un an. Le Centre peut accueillir jusqu'à 30 personnes , explique le directeur Valentin Lapitsky. «Un an, Dieu merci, s'est écoulé, 80 personnes sont passées par le Centre. La plupart d'entre elles ont reçu des papiers d’identité, certaines ont été placées dans des maisons de retraite médicalisées. Il y a des gens qui ont trouvé du travail et un logement».

Comment la loi protège-t-elle les citoyens sans-abri?

La loi ukrainienne sur les principes fondamentaux de la protection sociale des citoyens sans-abri et des enfants des rues a été adoptée en 2005 et modifiée à plusieurs reprises. Les derniers amendements y ont été apportés à la fin de l'année dernière. Cependant, ils ne concernaient que les enfants et, dans les mesures d'amélioration sociale, la situation des sans-abris n'a pas changé.

Selon la spécialiste en chef du Département de la législation sociale, du travail et humanitaire du ministère de la Justice Svetlana Ananko, «La loi définit les principes généraux de la protection sociale des citoyens sans-abri et des enfants des rues, réglemente les relations dans la société visant à la réalisation de la droits et libertés prévus par la Constitution ukrainienne pour les citoyens sans-abri et les enfants des rues».  

Le droit au respect de leur dignité est inscrit dans la loi; ainsi que le droit aux soins de santé; à la protection sociale; à l’assistance légale; la possibilité de faire appel, conformément à la législation, de déposer des requêtes et des plaintes adressées aux autorités de l'État et aux organes locaux d'autonomie; d’obtenir des informations sur leurs droits et obligations. En outre, ces citoyens ont le droit de jouir d’autres droits et libertés inscrits dans la Constitution et les lois ukrainiennes.

Autrement dit, la loi garantit aux sans-abris les mêmes droits qu'aux citoyens qui ont réussi. Il reste à prévoir les conditions de leur mise en œuvre pour les sans-abris. Et surtout, résoudre le problème du logement, par exemple, créer un fonds spécial à cet effet, obligeant légalement les entreprises à y verser un certain pourcentage de leurs bénéfices s'ils sont supérieurs à 100 millions de hryvnia par an. En tout cas, il est certain que le problème devient beaucoup trop critique pour continuer à être ignoré.

Yaroslav Chlapak, Kyiv.

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