La région de Dnipropetrovsk est l’une des plus grandes d’Ukraine, sa superficie est de 31,9 milliers de km². Selon les données du parquet, environ 3,5 millions de personnes y vivent aujourd’hui, dont plus de 464 000 sont des personnes déplacées à l’intérieur du pays.
Administrativement, la région de Dnipropetrovsk est divisée en sept districts, qui comprennent 86 communautés territoriales. Les plus grandes villes en termes de population sont Dnipro, Kryvyï Rih, Kamianske, Nikopol et Pavlohrad. Dans le même temps, certaines communautés ont subi un exode important de la population à cause des bombardements russes constants, notamment Nikopol.
À ce jour, 15 communautés territoriales de la région de Dnipropetrovsk sont reconnues comme zones de combats actifs.
Sur les crimes de guerre de l’armée russe sur le territoire de Dnipropetrovsk et de ceux qui y ont contribué, sur les crimes contre les enfants, dans le domaine budgétaire, et sur la responsabilité que chaque auteur doit assumer, le chef du parquet régional de Dnipropetrovsk, Yuriy Papoucha, a parlé dans une interview à Ukrinform.
POUR CHAQUE BOMBARDMENT RUSSE, UNE PROCÉDURE PÉNALE DISTINCTE EST OUVERTE
-Combien d’enquêtes criminelles ont été ouvertes pour faits de crimes de guerre dans la région de Dnipropetrovsk ?
-Au 1er janvier 2026, sur le territoire de la région, 6419 enquêtes criminelles ont été enregistrées pour faits de crimes de guerre commis par les forces armées de la Fédération de Russie. Et ce ne sont pas des papiers ni de la simple statistique. Derrière chaque enquête de ce type se trouve une maison détruite, une vie brisée, des civils tués. Rien qu’au cours de l’année 2025, 3303 enquêtes ont été ouvertes. Des milliers de nouveaux épisodes de douleur, de pertes et de tragédie humaine.
-Combien de civils, y compris des enfants, ont été tués ou blessés à la suite de ces crimes ?
-À la suite de crimes de guerre commis par les formations militaires de l’État-agresseur, au 1er janvier 2026, 533 civils ont été tués, dont 44 enfants. 3395 personnes ont été blessées, dont 304 enfants. Les gens ont subi des blessures par explosion de mines, des traumatismes crâniens graves, des blessures aux bras et aux jambes.
Ce ne sont pas seulement les conséquences de la guerre, mais des crimes de guerre contre la population civile. Et chaque vie détruite doit entraîner des responsabilités.

-Quelles destructions la région a-t-elle subies à la suite des bombardements russes ?
Sur le territoire de la région de Dnipropetrovsk, plus de 12 000 maisons individuelles et immeubles résidentiels ont été détruits ou endommagés. 373 établissements éducatifs ont été touchés : écoles, jardins d’enfants, universités. L’ennemi a détruit 85 hôpitaux et autres établissements médicaux, privant les gens d’accès aux soins. 27 sites culturels et 36 églises et lieux de culte – des lieux de mémoire, de foi et de soutien spirituel des communautés – ont été endommagés.
En outre, 2208 installations de distribution de gaz, d’eau et d’électricité ont été touchées par les bombardements ennemis. Ce sont des milliers de familles privées de chaleur, de lumière et d’eau. Les bombardements russes représentent une douleur que chaque communauté de la région ressent.
-Est-il possible d’identifier des responsables précis – unités militaires ou responsables russes impliqués dans les bombardements de civils ?
Oui, identifier les auteurs et les commandants de l’armée russe est une tâche fondamentale, car derrière chaque ordre se trouvent des vies brisées.
Le parquet régional de Dnipropetrovsk a déjà rassemblé des preuves et a à distance notifié des accusations à quatre hauts responsables des forces armées russes impliqués dans le tir de missile sur Kryvyi Rih le 4 avril 2025.
Ce jour-là, un missile balistique « Iskander-M » a été lancé sur un quartier résidentiel avec un terrain de jeu pour enfants. L’endroit où les voix d’enfants auraient dû retentir est devenu le lieu d’une tragédie : 20 civils ont été tués, dont neuf enfants. 44 autres personnes, dont sept enfants, ont été blessées. Il s’agissait de familles ordinaires. Une journée ordinaire. Et un crime qui n’a aucune justification. Des accusations ont été émises contre des représentants du haut commandement militaire russe pour crimes de guerre contre la population civile.
Chaque bombardement de quartiers résidentiels, chaque attaque contre les infrastructures civiles, chaque perte d’une vie civile n’est pas laissée sans enregistrement. Pour chaque fait de ce type, une enquête criminelle distincte est ouverte et une enquête complète est menée pour identifier les responsables et les traduire en justice.
TOUT CELUI QUI TRAVAILLE POUR L’ENNEMI DEVRA RÉPONDRE DE SES ACTES
-Quels sont les résultats de l’an dernier concernant les enquêtes et le maintien des poursuites pour trahison et actes terroristes dans la région de Dnipropetrovsk ?
-En 2025, 12 personnes ont été démasquées pour trahison et ont fait l’objet de mises en accusation. Il s’agit de personnes ayant transmis à l’ennemi les coordonnées de nos militaires, ajusté des tirs et aidé à détruire des villes ukrainiennes.
L’un d’eux, après avoir été recruté par le FSB russe, a ajusté les tirs sur Nikopol, un autre a transmis à l’ennemi des informations sur les infrastructures défensives et critiques de Pavlohrad.
18 personnes ont également été démasquées pour activités terroristes, dont un habitant de Dnipro qui avait fabriqué un engin explosif et projetait un attentat dans la ville.
14 verdicts de condamnation ont été prononcés contre 15 personnes. Parmi eux, un homme a été condamné à 15 ans de prison avec confiscation de ses biens pour avoir transmis à l’ennemi des informations sur des postes de contrôle, l’aéroport et des casernes.
23 MEMBRES DE QUATRE GROUPES ONT ÉTÉ DÉMASQUÉS POUR AVOIR DÉTOURNÉ ENVIRON 22 MILLIONS DE HRYVNES
-Quel est l’état du contrôle des fonds publics dans la région ?
-Le parquet vérifie systématiquement les achats, les appels d’offres et les opérations financières à tous les niveaux – des communautés aux entreprises municipales. En 2025, cinq organisations criminelles opérant dans le domaine budgétaire ont été démantelées. Les principaux schémas étaient typiques : surfacturation de matériaux et de travaux, falsification de documents et détournement de fonds via des sociétés écrans.
À Kryvyi Rih, des fonctionnaires municipaux et des entrepreneurs ont détourné 1,8 million de hryvnias destinés à la réparation d’abris dans des écoles. À Dnipro, un groupe organisé dirigé par un élu municipal a détourné plus de 7 millions de hryvnias lors de l’installation de terrains de jeux pour enfants et d’aires sportives en gonflant artificiellement les prix.
L’an dernier, un acte d’accusation a également été transmis au tribunal contre une organisation criminelle à Kryvyi Rih dont les membres, entre 2023 et 2024, avaient détourné près de 6,8 millions de hryvnias alloués à l’entretien des cimetières et au transport des corps de militaires tués.

-Tous les fonds destinés à la défense des villes et à la reconstruction des habitations après les attaques ennemies sont-ils utilisés conformément à la loi ?
Malheureusement, ces fonds restent des zones à haut risque d’abus, c’est pourquoi le parquet contrôle particulièrement ce domaine.
Un acte d’accusation a été transmis pour un responsable de la mairie de Samar et un entrepreneur ayant falsifié des documents lors de la reconstruction d’abris scolaires, détournant 6,4 millions de hryvnias. À Kryvyi Rih, une organisation criminelle impliquant un élu municipal a détourné plus de 2,5 millions de hryvnias sur les réparations d’établissements scolaires et autres infrastructures endommagées par les attaques russes. À Dnipro, un autre groupe organisé, avec la complicité de responsables municipaux, a détourné 3,3 millions de hryvnias destinés à la reconstruction de logements après les attaques.
UN NOMBRE IMPORTANT D’AFFAIRES CONCERNANT DES CRIMES CONTRE DES ENFANTS EST EXAMINÉ PAR LES TRIBUNAUX
-Quelles affaires ont été ouvertes concernant les crimes contre les enfants ?
-Dans les procédures transmises aux tribunaux dans le domaine de la protection de l’enfance, les dommages ont été évalués à plus de 22 millions de hryvnias.
La protection des intérêts des enfants est une priorité absolue pour le parquet. Ma position est constante : chaque crime contre un enfant doit être jugé, et la peine doit être la plus sévère possible. Pour moi, c’est une question d’honneur et de responsabilité.
Parmi les condamnations les plus médiatisées : réclusion à perpétuité pour un homme ayant abusé de deux fillettes mineures et contraint l’une d’elles à des actes sexuels avec son frère de 9 ans.
À la réclusion à perpétuité également, un homme reconnu coupable de violences sexuelles et du meurtre d’une fille de 16 ans.
Je souligne une affaire particulièrement choquante par sa cruauté : en juillet 2025, un couple a battu pendant plusieurs jours son fils de 4 ans à mains nues, pieds et avec un tuyau en métal pour « désobéissance ». L’enfant est mort d’un choc traumatique. L’acte d’accusation a été transmis au tribunal.
Dans les procédures transmises aux tribunaux dans le domaine de la protection de l’enfance, les dommages ont été évalués à plus de 22 millions de hryvnias, près de 1,7 million de hryvnias ont été restitués, 3,8 millions de hryvnias de demandes en justice ont été déposées, et des biens pour plus de 21 millions de hryvnias ont été saisis.
Un nombre important d’affaires concernant des crimes contre des enfants est actuellement examiné par les tribunaux, et dans chacune d’elles, le parquet va jusqu’au bout. Tous ceux qui portent atteinte à la vie, à la dignité et à la sécurité d’un enfant doivent savoir : la punition sera inévitable.
Olena Kolgoucheva
Photo : Parquet régional de la région de Dnipropetrovsk