Vadym Lyakh, chef de l’administration militaire de la ville de Sloviansk
Chaque semaine, jusqu'à un millier d'habitants avec leurs enfants quittent la communauté à cause des bombardements
07.05.2026 15:50
Vadym Lyakh, chef de l’administration militaire de la ville de Sloviansk
Chaque semaine, jusqu'à un millier d'habitants avec leurs enfants quittent la communauté à cause des bombardements
07.05.2026 15:50

Sloviansk est l’une des plus anciennes villes de la région de Donetsk, son histoire remontant au XVIIe siècle (fondée en 1645). C’est également l’un des plus anciens centres de cure thermale d’Ukraine grâce aux lacs salés uniques de Tor, et elle détient le statut de station balnéaire d’importance nationale depuis 2011.

En 2014, Sloviansk fut la première ville ukrainienne capturée par des  unités de sabotage et de reconnaissance russes au début de la guerre dans l'est, le 12 avril. Elle fut libérée moins de trois mois plus tard, dans la nuit du 5 juillet 2014, par les forces ukrainiennes. Depuis l'invasion à grande échelle de 2022, les troupes russes ont tenté de progresser vers la ville, mais l'armée ukrainienne a contenu l'assaut.

Aujourd'hui, la situation militaire s'est considérablement détériorée, l'armée russe s'étant fixé pour objectif la capture totale de la région de Donetsk. Vadym Lyakh a détaillé pour Ukrinform la vie quotidienne de la communauté, les destructions subies et les défis relevés par les autorités locales.

MALGRÉ LES BOMBARDEMENTS, TOUTES LES INFRASTRUCTURES ET LES SERVICES FONCTIONNENT

— La communauté urbaine de Sloviansk comprend la ville elle-même ainsi que trois agglomérations et un village limitrophes. Aujourd'hui, la population est d'environ 47 000 habitants, contre 110 000 avant l'invasion. Les bombardements ennemis ont lieu tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, avec différents types d'armes.

À ce jour, plus de 50 % des immeubles à plusieurs étages ont été endommagés, ainsi que plus de 10 % des maisons et un quart des infrastructures (hôpitaux, jardins d'enfants, établissements scolaires). Les dégâts varient de dommages légers à une destruction totale.

— Comment les gens survivent-ils dans de telles conditions ?

— Malgré cette situation complexe, toutes les infrastructures de la communauté sont opérationnelles et les services sont assurés. L'électricité, le gaz et l'approvisionnement en eau — tout le système centralisé fonctionne. Le chauffage a également été assuré jusqu'à la fin de la saison il y a un mois. Nous avons équipé les sites d'infrastructures énergétiques critiques de puissants générateurs.

Après les frappes ennemies, nous restaurons les sites en permanence. Les électriciens interviennent même à l'extérieur de la ville, dans les zones proches des combats. Les agents communaux travaillent aussi dans des conditions extrêmement difficiles ; nos installations de distribution d'eau se trouvent désormais à seulement 5 ou 7 kilomètres de la ligne de front.

Après les impacts, les services municipaux aident les habitants à réparer ou à « mettre en conserve » leurs logements. Lorsque les fenêtres sont soufflées par les explosions, nous installons des panneaux à lamelles minces orientées  en attendant que les gens reçoivent les indemnisations pour réparer leurs maisons.

Nous achetons nous-mêmes les matériaux nécessaires, aidés par diverses fondations caritatives internationales et par les réserves de l'administration régionale de Donetsk. La principale raison pour laquelle les habitants s'adressent à l'administration est liée aux questions de logements endommagés ou détruits par les tirs ennemis.

5 209 DEMANDES D'INDEMNISATION POUR BIENS ENDOMMAGÉS VIA LE PROGRAMME « E-VIDNOVLENNIA »

— Comment fonctionne chez vous le programme d'État « e-Vidnovlennia » (e-Reconstruction) ?

— Il fonctionne bien, les gens sollicitent des indemnisations. Des commissions spéciales aident quotidiennement les habitants à obtenir les fonds de l'État.

Au 24 avril de cette année, sur le territoire de la communauté de Sloviansk, 5 209 demandes concernant des biens endommagés ont été déposées. Nous avons déjà inspecté et dressé des actes pour 4 850 objets. Les indemnisations ont été calculées pour 3 860 dossiers, pour un montant total de 350 596 281 UAH. Par ailleurs, 375 demandes concernent des logements totalement détruits ; 153 certificats ont été émis pour un montant total de 203 700 505 UAH. Les gens reçoivent ces fonds et répondent à leurs besoins en achetant un nouveau logement.

— Quelle est la situation de l'aide médicale et sociale dans la communauté ?

— Nos hôpitaux fonctionnent. La maternité est toujours ouverte, c'est d'ailleurs actuellement la seule de toute la région. Elle dispose, bien sûr, d'une alimentation électrique de secours, comme le reste de la ville.

D'une manière générale, tous les services sociaux qui existaient avant la guerre sont assurés à temps — que ce soit pour les retraités, les mères célibataires ou les personnes en situation de handicap. Tout est versé. Notre centre de services administratifs (TSNAP) est opérationnel, tous les services sont accessibles : on peut obtenir un passeport pour l'étranger ou mettre à jour des documents. Pour l'instant, tout est en place. Nous ne savons pas ce qu'il en sera demain, mais pour l'instant, c'est ainsi.

On ne peut pas dire que les effectifs dans ces structures soient suffisants, il y a une pénurie de personnel, mais le nombre de personnes ayant besoin de ces services dans la communauté diminue également.

Toutes les banques — Privatbank, Oschadbank — ainsi que leurs agences fonctionnent. Les distributeurs sont alimentés et les magasins disposent de terminaux de paiement. D'ailleurs, le nombre de commerces est suffisant et l'approvisionnement en produits est bon.

— Comment fonctionnent les communications dans la communauté ?

— Nous avons du réseau ; les opérateurs mobiles sont équipés de puissants générateurs. Bien entendu, nous avons internet, ainsi que les alertes radio et télévision. Nova Pochta et Ukrpochta fonctionnent également.

LES TROLLEYBUS ET LE RÉSEAU ONT ÉTÉ ENVOYÉS EN ÉVACUATION

— Qu’en est-il du transport en commun ? Y a-t-il des changements dans son fonctionnement ?

— Dans la ville de Sloviansk, les lignes de contact des trolleybus ont été démontées en mars dernier afin de permettre l'installation de filets anti-drones au-dessus des routes. Les trolleybus ainsi que le réseau ont été envoyés en évacuation pour préserver ces équipements et cette technique coûteuse. Ils resteront à l'abri jusqu'à ce qu'il soit à nouveau possible de rétablir la circulation des trolleybus sur nos itinéraires. Nous avions déjà procédé ainsi en 2022.

Actuellement, seul le service d'autobus assure les liaisons urbaines. Des trajets gratuits ont été organisés pour les catégories de population les plus vulnérables. À noter que depuis le 27 avril, les transports en commun ne desservent plus l'un des quartiers où l'évacuation obligatoire a été déclarée.

LES ANIMAUX DU ZOO ONT EUX AUSSI DÛ DEVENIR DES DÉPLACÉS INTERNES

— J'ai entendu dire que vous aviez également fait évacuer le zoo de la communauté ?

— Malheureusement, les animaux de notre zoo ont eux aussi dû devenir des déplacés internes. Lors d'un déplacement professionnel à Poltava, nous avons réglé la question du transfert de nos animaux vers l'écoparc du village de Kovalivka, dans la région de Poltava. C'est un grand parc animalier qui accueille déjà de nombreux pensionnaires à quatre pattes ou à plumes provenant des régions de Kharkiv, Donetsk et Kherson.

Nous avons réussi à évacuer les animaux et je suis convaincu que nos bêtes et nos oiseaux y seront bien accueillis en attendant de pouvoir rentrer à la maison. Tous les habitants de la communauté de Sloviansk qui se trouvent actuellement dans la région de Poltava peuvent d'ailleurs visiter cet écoparc pour soutenir les animaux qui, comme les humains, ont été contraints de changer temporairement de foyer.

L'ÉVACUATION SAUVE DES VIES

— Les habitants de la communauté sont évacués vers des régions plus sûres. Comment cela se passe-t-il actuellement ?

— L'évacuation se poursuit, bien entendu. Elle n'a jamais cessé depuis le premier jour de la guerre. Actuellement, nous constatons qu'environ mille personnes avec des enfants quittent la communauté de Sloviansk chaque semaine.

Dans certains quartiers, l'évacuation obligatoire des enfants accompagnés de leurs parents, de leurs tuteurs ou d'autres représentants légaux a été déclarée. Récemment, il y avait 96 enfants dans ces zones ; il n'en reste plus que 29. Ce périmètre comprend trois quartiers situés le long de l'axe routier « Kyiv-Dovjanskiy ».

Nous appelons sans relâche la population à partir, car l'évacuation sauve des vies. En 2022, après l'invasion à grande échelle, il ne restait qu'environ 15 000 personnes en ville et 18 000 dans la communauté. C’est précisément ce qui a permis aux gens de survivre : les frappes ennemies étaient terrifiantes, mais comme peu de gens vivaient dans les maisons et les immeubles, cela a permis d'éviter un bilan plus lourd.

— Existe-t-il des statistiques sur les pertes civiles depuis le début de la guerre totale ?

— Malheureusement, nous déplorons des pertes au sein de la population civile. Sur l'ensemble de la période de guerre à grande échelle, 81 personnes ont été tuées, dont 4 enfants. On dénombre également 402 blessés, parmi lesquels figurent aussi des enfants.

Rien qu'au mois d'avril, 22 civils ont été blessés et une personne a été tuée.

LA COMMUNAUTÉ COMPTE JUSQU'À 200 PUITS ET LEUR NOMBRE AUGMENTE

— De quelle aide la communauté de Sloviansk a-t-elle besoin actuellement ?

— Toutes les questions qui se posent, nous les réglons avec l'appui des fondations, des programmes d'État, de l'administration régionale, ainsi que sur nos propres fonds et notre budget.

Bien sûr, on aimerait toujours avoir plus. En général, c'est difficile à dire car tout est saisonnier. Pour la saison de chauffage, nous avions besoin de générateurs ; nous avons travaillé sur cette question et nous en avons été dotés. Actuellement, nous travaillons sur la question de l'approvisionnement alternatif en eau. En résumé, nous résolvons progressivement tous les problèmes au fur et à mesure qu'ils se présentent.

Nous forons des puits, leur nombre est mis à jour chaque semaine et il augmente. Nous nous préparons car nos infrastructures hydrauliques sont situées sur la rivière Siversky Donets, qui est actuellement sous les tirs. Il pourrait arriver que l'approvisionnement en eau soit interrompu. Il faudra alors basculer sur les puits, comme en 2022, quand nous sommes restés trois mois sans eau mais que nous nous en sommes sortis. Aujourd'hui, nous avons déjà jusqu'à 200 puits, sans compter ceux que les habitants possèdent à titre privé.

Dans la communauté, la police, les unités du Service d'urgence (DSNS) et les autorités municipales sont présentes chaque jour.

Cela fait quatre ans que nous espérons que la guerre se terminera. Chaque année, nous l'espérons, mais la guerre continue. C'est pourquoi nous travaillons simplement pour notre victoire — chaque jour, chacun à sa place.

Olena Kogoucheva

Photo : Administration militaire municipale de Sloviansk et Facebook Vadym Liakh

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