Les médecins ukrainiens à la pointe du traitement des blessures de guerre
« L’épidémie de guerre est, pour l’essentiel, une épidémie de traumatismes des membres. Une très grande partie des blessés nécessite ensuite une chirurgie reconstructrice. Les premières étapes, comme la stabilisation du patient et le rétablissement de la circulation sanguine, sont essentielles. Mais une fois ces interventions réalisées, de nombreuses questions restent à résoudre », a expliqué Ihor Palii.
Pour illustrer les possibilités offertes aujourd’hui par la chirurgie reconstructrice, le chirurgien a évoqué le cas d’un patient qui avait subi une blessure très étendue à l’épaule.
« Il s’agissait d’une plaie très importante et nous ne savions pas vraiment comment la traiter. Nous avons prélevé un large lambeau musculo-fascio-cutané et avons pu couvrir en une seule intervention la quasi-totalité de la zone touchée. Le patient avait également subi une amputation de l’avant-bras. Il avait énormément souffert et rencontré de très nombreuses difficultés », a raconté le chirurgien.
Il a souligné que l’objectif de la chirurgie reconstructrice n’était pas seulement de refermer une plaie ou de réparer des tissus, mais de permettre au patient de retrouver une vie aussi normale que possible.
« Tout cela vise à permettre à une personne de ne pas perdre ce qu’elle est, de se reconstruire et de continuer à vivre pleinement », a souligné Ihor Palii.
Le médecin a indiqué qu’avant de pratiquer ce type d’interventions, il avait effectué un stage de formation aux États-Unis. Mais la guerre a permis aux médecins ukrainiens d’acquérir une expérience que l’on retrouve aujourd’hui pratiquement nulle part ailleurs.
« Au vu de l’expérience que j’ai acquise et de ce que j’ai pu observer, je peux dire que notre médecine est meilleure. Nous avons pris de l’avance, non seulement dans le domaine militaire, mais aussi dans le traitement des blessés. Nos médecins ont une expérience considérable. Ils ne sont pas confrontés à ce type de blessures et ne savent pas toujours ce qu’il est possible de faire pour les traiter », a-t-il déclaré.
Selon lui, les spécialistes ukrainiens ne devraient désormais plus seulement chercher à tirer profit de l’expérience internationale, mais aussi transmettre leur propre savoir-faire à leurs collègues étrangers.
« Je pense que c’est désormais à nos collègues d’être invités pour montrer et expliquer comment traiter précisément ce type de blessures. Il est temps d’en parler », a insisté Ihor Palii.
Le chirurgien militaire a toutefois souligné que l’approche ukrainienne du traitement des blessures différait sensiblement de celle de nombreux pays occidentaux, où les décisions médicales dépendent souvent de considérations économiques.
« Dans ces pays, le système de santé fondé sur les assurances est largement lié à des considérations financières. Si un traitement n’est pas jugé rentable, on optera pour l’amputation. Chez nous, l’amputation est la toute dernière solution : elle n’intervient qu’après que le patient a renoncé, qu’un ou plusieurs médecins ont eux aussi épuisé toutes les possibilités, et qu’après trois ou quatre années de traitement, il apparaît clairement que le membre ne peut plus fonctionner », a expliqué le chirurgien militaire.
Ihor Palii fait également partie de l’équipe médicale qui, en 2017, a réalisé une opération exceptionnelle pour retirer une grenade VOG-17 logée dans la jambe d’un militaire blessé. En raison du risque d’explosion, les médecins ont travaillé avec des démineurs et pénétraient dans le bloc opératoire un par un.
« Nous savions que la grenade pouvait exploser à tout moment et que nous pouvions tous y laisser la vie. Mais nous avons réussi à retirer la VOG, à poser un fixateur externe, puis les démineurs ont évacué l’engin explosif. Après l’opération, nous nous sommes tous pris dans les bras et nous nous sommes remerciés les uns les autres », s’est-il souvenu.