35 ans d'indépendance : bilan et perspectives pour l'Ukraine

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35 ans d'indépendance : bilan et perspectives pour l'Ukraine
L'Ukraine célèbre le 35e anniversaire de la restauration de son indépendance. Une analogie biblique s'impose : Moïse a guidé son peuple pendant quarante ans à travers le désert vers la Terre promise, un chemin marqué par des épreuves, des doutes et des divisions internes. Il reste aujourd'hui cinq ans à l'Ukraine pour atteindre ce seuil symbolique des quarante ans, alors qu'elle traverse sa propre épreuve.

L'année 1991 marque la proclamation de l'indépendance, confirmée par référendum. Suivent les années 1990 et la construction de l'État : l'adoption de la Constitution, l'introduction de la hryvnia, puis le Mémorandum de Budapest sur la renonciation aux armes nucléaires. La révolution orange de 2004 constitue le premier sursaut civique majeur, suivie par l'Euromaïdan et la Révolution de la Dignité, qui rompent définitivement les liens avec l'empire. L'année 2014 marque l'occupation de la Crimée et le début de l'agression russe avec l'Opération anti-terroriste (ATO), la création d'une nouvelle armée, l'exemption de visa et le rapprochement avec l'Union européenne et l'OTAN.

Le 24 février 2022 ouvre une nouvelle phase. Alors que la guerre à grande échelle entre dans sa cinquième année, la société ukrainienne a subi des transformations irréversibles.

Ce 35e anniversaire constitue ainsi une occasion d'analyser le chemin parcouru et d'évaluer les orientations futures :

  • L'état des institutions et de la société : Les réformes structurelles, la modernisation des forces armées et la résilience civile face au conflit.
  • Les priorités stratégiques : La définition des objectifs nationaux pour les cinq années à venir d'ici le 40e anniversaire de l'indépendance.
  • L'intégration internationale : Les avancées et les défis liés aux processus d'adhésion à l'Union européenne et à l'OTAN.

L'histoire du prophète Moïse porte moins sur le chiffre quarante que sur le parcours d'un peuple vers son avenir. L'Ukraine a déjà accompli une part majeure de ce trajet. La question réside désormais dans la direction et le modèle de société qu'elle entend bâtir.

І

LE COL DE SINAÏ DE L'ÉTAT D'UKRAINE : DE L'INERTIE POST-SOVIÉTIQUE À LA RECHERCHE DE SA « TERRE PROMISE »

Trente-cinq ans d'indépendance constituent une longue période à l'échelle d'une vie humaine, mais un court instant au regard de l'évolution historique d'une nation. En héritant de son indépendance en 1991 sans expérience directe dans la construction d'institutions démocratiques modernes, la société s'est retrouvée confrontée à un défi majeur : transformer une souveraineté juridique formelle en une véritable force intérieure.

Le chemin à travers trois décennies de doutes, de secousses économiques et de menaces hybrides s'est avéré plus complexe qu'il ne paraissait à l'aube de la redynamisation de l'État. L'émancipation progressive de l'ombre du passé soviétique a exigé des citoyens non seulement une adaptation aux nouvelles réalités politiques, mais aussi une profonde révision des valeurs et une rupture avec les schémas de pensée traditionnels.

Aujourd'hui, avec le recul de ces trente-cinq années, les transformations apparaissent considérables. La souveraineté a cessé d'être une déclaration abstraite pour devenir la condition fondamentale de la survie et du développement de la nation. Comprendre la phase actuelle permet de mesurer le chemin parcouru et d'établir les critères des orientations futures.

« LA TERRE PROMISE N'EST PAS QUELQUE PART À L'EXTÉRIEUR – ELLE EST EN NOUS »

Oleksandr Krassovytsky Photo: telegraf.com.ua

Oleksandr Krassovytsky, écrivain ukrainien, fondateur et directeur général des éditions Folio :

— Pour comprendre où nous en sommes aujourd'hui, il faut observer le parcours accompli durant ces 35 ans. Il convient d'admettre avec lucidité que la société, au moment d'accéder à l'indépendance, n'y était pas préparée au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Elle n'était pas prête à assumer la responsabilité directe de la situation du pays et de son propre avenir, au-delà des directives partisanes ou des décisions imposées par le pouvoir. L'illusion selon laquelle le sommet de l'État résoudrait l'ensemble des problèmes s'est dissipée très lentement.

Nous n'étions pas non plus préparés à l'émergence quasi immédiate de défis hybrides extérieurs. Nous ne mesurions pas alors qu'une part importante des processus internes était orientée pour servir les intérêts stratégiques d'un État voisin.

Les élites ayant pris la direction du pays formaient un ensemble hétérogène. Une partie de la classe politique, principalement issue de l'ancienne nomenclature communiste, demeurait tournée vers Moscou. L'autre partie, composée de réformateurs sincères, manquait de préparation face aux réalités de la gestion étatique.

La première décennie a ainsi été marquée par des opportunités manquées. Au lieu de bâtir un État moderne, les élites se sont concentrées sur la redistribution et la privatisation de l'héritage soviétique. Un tournant s'est opéré au début des années 2000, avec la prise de conscience de la valeur propre de l'État, qu'il fallait désormais structurer et défendre.

L'épreuve majeure pour la nation est intervenue avant et pendant l'invasion à grande échelle. Le fait que les Ukrainiens aient réussi à contenir l'offensive adverse et que les Forces armées d'Ukraine soient devenues une institution reconnue internationalement et soutenue par la population constitue avant tout une réussite citoyenne. Cela témoigne des fondements solides de la société.

C'est ici que réside la notion de « Terre promise ». Elle ne se situe pas au-delà des frontières géographiques, mais existe déjà au sein de la société. Il appartient aux citoyens de définir le modèle d'avenir qu'ils souhaitent bâtir, puis de le concrétiser.

L'État tire également des enseignements des épreuves traversées. Les orientations stratégiques sont désormais clairement établies, notamment en ce qui concerne l'intégration européenne. Bien que des avancées majeures aient été réalisées pour rejoindre l'espace européen, la consolidation d'un État moderne nécessite des transformations internes continues.

Cela implique notamment de mettre fin à la tolérance envers la corruption à tous les niveaux et de reformer en profondeur le système judiciaire. Ce processus d'assainissement institutionnel constitue un chantier prioritaire pour la période d'après-guerre.

Si le terme du conflit reste incertain, la rupture mentale est accomplie. La conclusion des hostilités devra servir de point de départ pour la reconstruction et le développement futur.

Sur le plan culturel et intellectuel, l'absence d'un grand roman consacré à la guerre ou d'une analyse philosophique globale s'explique par le fait que cet événement historique reste en cours d'accomplissement.

Myroslav Marynovytch. Photo : Wikipedia.

Myroslav Marynovytch, vice-recteur de l'Université catholique ukrainienne, ancien dissident et prisonnier politique :

— Je me permettrai de développer la métaphore proposée et de constater qu'après être sortis en 1991 de notre « Égypte » servile, nous avons déjà traversé 35 ans de « désert » post-soviétique. Durant cette période, de nouvelles générations sont apparues sans connaître le goût de la servitude. Ce sont précisément ces générations qui sont prêtes aujourd'hui — et qui commencent déjà — à prendre la responsabilité du pays et de sa sécurité.=

Ne nous berçons pas pour autant de l'illusion qu'il ne nous reste que cinq ans avant d'entrer dans la « Terre promise ». Le paradigme biblique rappelle qu'avant cette entrée s'est produit un événement fondateur : Moïse est monté sur le mont Sinaï pour recevoir de Dieu les tables de l'Alliance. En termes modernes, le peuple a reçu les fondements d'un nouveau contrat social selon lequel il devait désormais vivre et qui lui donnait le droit moral de s'installer sur la « Terre promise ».

Nous ne sommes pas encore montés sur notre mont Sinaï – et cette pleine transformation spirituelle du peuple est encore devant nous. Dans cette Ukraine du futur, il ne doit plus subsister de traces ni de la soumission coloniale ni de l'autodépréciation. L'Ukraine doit enfin devenir le sujet souverain de son propre destin.

« Tôt ou tard, nous deviendrons un pays prospère. Et j'espère que ce sera avec l'ensemble des territoires actuellement temporairement occupés. »

Ihor Reïterovytch. Photo : Ukrinform.

Ihor Reïterovytch, politologue et directeur des programmes politico-juridiques de l'ONG « Centre ukrainien de développement social » :

— Nous avons déjà trouvé cette « Terre promise », et l'objectif principal consiste désormais à ne pas la perdre et à ne la céder à personne. Notre perspective et le fait majeur d'aujourd'hui résident dans ce constat : l'Ukraine est un État indépendant et le restera. Malgré toutes les difficultés, et contrairement à la Russie, nous disposons d'une vision claire de notre avenir.

La question centrale est de savoir quand nous pourrons revenir à une vie paisible et normale, tout en prenant conscience que les territoires occupés et les problèmes associés risquent d'être transmis en héritage à nos enfants. La perception de l'indépendance comme valeur suprême s'est imposée après 2014 pour se consolider définitivement après 2022. Il ne s'agit pas seulement d'un concept théorique présent dans les livres, le cinéma patriotique ou les discours scolaires. C'est notre réalité quotidienne et notre environnement.

L'indépendance n'est pas advenue sans effort. Bien que le processus de son obtention de facto en 1991 ait été relativement paisible, ce qui a différé du parcours des nations l'ayant conquise par les armes dès le premier jour, les perspectives demeurent prévisibles. Tôt ou tard, nous deviendrons un pays démocratique et prospère, intégrant l'ensemble des territoires actuellement temporairement occupés, solidement ancré dans l'Union européenne, doté de systèmes politique et administratif fonctionnels, et appuyé par une société civile forte — active en temps de guerre comme en période de paix — agissant en partenaire d'égal à égal avec l'État.

II

MATURATION PAR LA DOULEUR : ACQUIS SOUS-ÉVALUÉS, ERREURS RECONNUES ET NOTRE NOUVELLE IDENTITÉ

L'émergence d'une société mûre reste indissociable des crises et des rigoureuses épreuves historiques. La véritable identité nationale ne se forge pas dans des conditions idéales : elle se cristallise dans les moments de menace existentielle, lorsque les citoyens doivent choisir entre l'observation passive et la prise de responsabilité pour leur propre foyer.

Photo : adpage.com.ua.

Dans ce processus, la capacité de la société à mener une réflexion critique joue un rôle essentiel : la faculté d'évaluer lucidement ses propres erreurs sans succomber au découragement, tout en mesurant les transformations fondamentales de la conscience collective. La maturité réside précisément dans l'acceptation de toute la complexité du parcours accompli, avec ses réussites, ses tournants décisifs et ses souffrances inexprimées.

La prise de conscience culturelle, linguistique et institutionnelle, renforcée ces dernières années, témoigne d'une rupture profonde dans la perception de soi. La société abandonne progressivement les résidus d'autodépréciation et apprend à valoriser son propre patrimoine, façonnant des relations qualitativement nouvelles entre l'individu, la société et l'État.

Ihor Reïterovytch, politologue et directeur des programmes politico-juridiques de l'ONG « Centre ukrainien de développement social » :

— Les Ukrainiens ont des raisons d'avoir des regrets : la constitution d'un système oligarchyque et l'enracinement profond de pratiques corrompues, que beaucoup considèrent encore comme une norme. Certaines décisions électorales suscitent également des regrets. Cependant, le peuple a le droit à l'erreur, même si l'histoire, en professeur rigoureux, fait payer ces erreurs au prix fort.

Néanmoins, les motifs de fierté s'avèrent bien plus nombreux. Le principal réside dans le fait que la solidité de l'État et l'attachement à la nation ont dépassé toutes les attentes. Dans les années 2000, l'attachement au concept abstrait de « pays » prévalait sur la confiance accordée aux institutions étatiques. Aujourd'hui, particulièrement depuis 2022, la prise de conscience s'est imposée : sans État propre, le risque existe de se transformer en une province privée de droits.

La fierté est légitime envers chaque militaire qui défend le pays, y compris au sein d'un système de mobilisation et de rotation encore imperfectible. Les Ukrainiens ont fait preuve d'une volonté de liberté considérable. Le fait que 70 % de la population soit prête à endurer des difficultés plutôt que de céder face à l'adversaire marque un contraste saisissant avec les dispositions observées dans plusieurs pays européens, où une majorité se montrerait prête à quitter le territoire à la première menace. La guerre a recentré les priorités : la formule « armée, langue, foi » s'est révélée juste sur le plan stratégique, car elle a reflété les besoins fondamentaux de la nation. En outre, le conflit a suscité un intérêt sans précédent pour l'histoire nationale — tant pour le monde extérieur, qui percevait le pays à travers les récits coloniaux russes, que pour les citoyens eux-mêmes, qui redécouvrent leurs propres figures intellectuelles et artistiques. Le code culturel ukrainien s'exprime désormais avec puissance, fermeté et profondeur.

« Nous devons apprendre à pardonner les erreurs de ceux qui ont bâti ce pays sur les plans physique et culturel »

Oleksandr Krassovytsky, écrivain ukrainien, fondateur et directeur général des éditions Folio :

— Trois phénomènes majeurs constituent des sujets de fierté. En premier lieu, les trois rassemblements de Maïdan (la Révolution sur le granite, la Révolution orange et la Révolution de la Dignité), qui ont marqué des étapes décisives dans la transformation de la société. En deuxième lieu, la transformation culturelle survenue durant l'invasion, accompagnée par l'ukrainisation des institutions et le recul de la culture de masse russe — un processus certes incomplet, mais irréversible. En troisième lieu, la prise de conscience définitive de la population en tant que nation unie s'est accomplie en 2022.

Parallèlement, un manque sous-évalué et préoccupant subsiste : l'absence d'un panthéon structuré de figures héroïques, tant passées que contemporaines. Il ne s'agit pas d'un monument physique, mais d'un panthéon mémoriel. En raison de la propagande russe et de négligences internes, les institutions publiques n'y ont pas accordé l'attention requise. N'ayant pas constitué cette synthèse du passé, la société peine à s'ancrer pleinement dans le présent. Les autorités morales existantes se trouvent parfois dévalorisées au lieu de voir de nouvelles figures émerger. Si les Forces armées d'Ukraine apparaissent aux yeux des observateurs étrangers comme un bloc homogène, elles doivent représenter pour les citoyens des noms précis de héros d'hier et d'aujourd'hui. La société doit cesser d'examiner la biographie des bâtisseurs de l'État à travers le filtre des normes éthiques contemporaines et apprendre à pardonner les erreurs de ceux qui ont édifié ce pays sur les plans physique et culturel.

ІІІ

HORIZON 2031 : LES CONTOURS DE L'UKRAINE DE DEMAIN SE DESSINENT AUJOURD'HUI

La formulation d'une vision d'avenir en période de graves épreuves ne relève pas de la réflexion abstraite, mais constitue un élément critique de la stratégie nationale. La perspective de cinq ans qui sépare le pays du cap des quarante ans d'indépendance exige des démarches actives et une préparation institutionnelle claire dès aujourd'hui.

Les contours du futur État s'articulent autour de décisions structurelles dans les domaines de la sécurité, de la gouvernance, de l'économie et de la culture. L'expérience des dernières années a démontré que la capacité à défendre son espace et à se développer face à d'incessants défis demeure le principal garant de la viabilité de toute nation moderne.

La définition de ce que doit devenir l'Ukraine lors de sa prochaine étape nécessite un large débat public. Des priorités fixées aujourd'hui dans l'architecture étatique dépendent non seulement la place du pays sur la scène internationale, mais aussi la qualité de vie des générations futures.

« Les pays capables de se défendre domineront ce monde »

Ihor Reïterovytch, politologue et directeur des programmes politico-juridiques de l'ONG « Centre ukrainien de développement social » :

— Je souhaite voir une Ukraine en paix, membre de l'Union européenne. Un délai de cinq ans s'avère tout à fait suffisant pour achever cette intégration. Le pays doit évoluer vers un système où les citoyens s'intéressent à la vie politique et la commentent, au sein d'un cadre lisible et porté par des dirigeants responsables. De nombreuses nations ont structuré des systèmes politiques fonctionnels au sortir de grands conflits ; disposant déjà de fondations solides, l'Ukraine pourrait accélérer ce processus.

Sur le plan sécuritaire, le pays conservera un niveau de militarisation élevé, au sens constructif du terme : des Forces armées puissantes, appuyées par une réserve entraînée au niveau de la défense territoriale et de la préparation militaire générale, ainsi que des capacités balistiques propres. La sécurité demeurera la question centrale. Tout candidat à la présidence devra placer cet enjeu au premier rang de ses priorités. L'impératif sécuritaire n'exclut pas le développement économique, à l'instar du modèle israélien. L'Ukraine disposera d'une expertise et d'un savoir-faire stratégiques valorisables à l'échelle internationale. Dans un monde entrant dans une phase de forte instabilité, les nations capables de se défendre occuperont une position dominante, et l'expérience ukrainienne y sera précieuse.

« Le débat public sur la nouvelle Ukraine doit s'ouvrir dès maintenant, sans attendre l'issue de la guerre »

Oleksandr Krassovytsky, écrivain ukrainien, fondateur et directeur général des éditions Folio :

— La génération actuelle doit transmettre un État en paix, protégé et fort — non seulement sur le plan militaire, mais aussi aux niveaux économique, culturel et politique. Un État souverain capable de choisir ses résidents plutôt que de subir un déclin démographique.

Il convient de se donner les moyens de reconstruire et de réformer les structures existantes. Les philosophes, historiens et économistes doivent proposer un modèle d'avenir soumis à un débat public ouvert, afin de réorganiser les institutions inefficientes et d'établir un État performant.

Des références existent, à l'image du modèle estonien développé après la période soviétique, ou des parcours de réformes entrepris par la Nouvelle-Zélande et l'Australie pour bâtir des États indépendants sur leurs acquis.

C'est pourquoi le débat public sur la nouvelle Ukraine doit s'ouvrir dès maintenant, sans attendre l'issue de la guerre.

« Nous devons recouvrer définitivement notre statut de centre névralgique de l'espace d'Europe orientale »

Myroslav Marynovytch, vice-recteur de l'Université catholique ukrainienne, ancien dissident et prisonnier politique :

— D'ici cinq ans, Kyiv doit recouvrir définitivement son statut de centre névralgique de l'espace d'Europe orientale et de moteur des régions ukrainiennes. L'Ukraine doit devenir l'un des piliers du nouvel ordre international, tandis que la société doit se convaincre durablement que l'intégrité et la probité constituent le fondement de son propre développement.

Myroslav Liskovytch, Kyiv

Première photo : Ukrinform


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