Marc Feyguine, Avocat de Roman Souchtchenko:
Depuis plusieurs mois aucun travail d’enquête n’est entamé
01.03.2017 11:00 459

 «L’affaire Souchtchenko» ne bouge toujours pas. Sans aucune explication, simplement il ne se passe rien.

Mais dans l'entre-temps après de longues fêtes régulières à la russe la machine répressive a redémarré. À Moscou a eu lieu la perquisition chez Mme Zoya Svetova, une défenseuse des droits de l’homme (celle qui a été la première qui nous a fait part de l'arrestation de Roman Souchtchenko). La perquisition sans précédent tant en matière de durée, 11 heures, que d'absurdité de la raison  annoncée: la première affaire Khodorkovskiy vielle de 14 ans.

Plus un arrière-goût de la Marche de Nemtsov et du voyage de Savtchenko. Bref, avec l’avocat Feyguine il y avait de quoi parler.

EN DÉCEMBRE ON S'ATTENDAIENT À UN «BOURRAGE DE CRÂNE»  POUR L'AFFAIRE SOUCHTCHENKO SUR NTV (chaîne de télé russe)

- La semaine dernière, en Russie a été un long week-end de quatre jours, donc c’était difficile d’accéder aux maisons d'arrêt russes. Mais aujourd'hui (mardi - éd.) je suis allé voir Roman Souchtchenko. Roman a enfin reçu un réfrigérateur. Après moi, c’est le consul ukrainien Guennadiy Breskalenko qui l’a visité. Souchtchenko est toujours avec le même voisin de cellule, les relations entre eux sont normales. Il lit beaucoup. Maintenant il a pris quelques livres d’Ivan Franko qui sont disponibles dans la bibliothèque de la maison d'arrêt, probablement traduits: «Zakhar Berkoute», «Boryslav rit».

- Vous avez prévu cette semaine de déposer les papiers provenant de l'Ukraine et rejetés par le Département des enquêtes du Service fédéral de sécurité (il s’agit d’une attestation du Département principal de renseignement du Ministère de la défense d’Ukraine relative au fait que Souchtchenko n’a jamais fait carrière chez eux, et d’un certificat de fin d'études de Roman Souchtchenko à l’Université Nationale de Kyiv), mais maintenant avec une traduction notariée en russe.

- Oui, je l'ai fait. L'enquêteur du Département des enquêtes du Service fédéral de sécurité m’a dit que maintenant il n’y a pas de problèmes pour les joindre au dossier. Si c’est bien le cas, on va voir d’ici fin de cette semaine. En effet, c'est bien cela, la version ukrainienne de documents a été considérée comme motif secondaire de refus. Ce qui, en fait, est illégal. Selon le Code de procédure pénale, nous par défaut, nous avons le droit de déposer des documents en langue de l'État, dont un ressortissant est le détenu. Et en vertu de l'accord sur l'entraide judiciaire, l’enquête russe elle-même est intéressée à la traduction authentique de qualité.

- Vous avez parlé de problèmes avec la remise des lettres.

- Ça continue. Par exemple, à l’occasion de son anniversaire la plupart de ses lettres Roman ne les a pas reçu. J'ai essayé de clarifier pourquoi ça arrive. On m'a dit: prétendument à cause de ce que le censeur qui s’occupe de lettres, il était deux semaines en congé de maladie... Pour le 8 Mars  Roman a écrit une bonne dizaine de cartes postales à des femmes de sa famille, à ses collègues, à Iryna Gerachtchenko. J’espère bien que toutes ces cartes postales ne seront pas bloquées. Vous savez, c’est seulement en fin de la semaine dernière que j’ai reçu des lettres écrites depuis longtemps par Roman Souchtchenko au Président Porochenko et au chef du MAE Klimkine. Il les a transmis au collège d'avocats et c’est de là que j’ai réussi à recevoir ces lettres. Et j'ai enfin envoyé ces lettres à leurs destinataires.

- Est-ce que se passe quelque chose du point de vue des actes d’instruction?

- Rien de rien. Et c’est comme ça depuis le mois de décembre. Nous sommes toujours dans l'attente d'expertises. Roman Souchtchenko est simplement en état d’arrestation. Et rien d'autre ne se passe avec lui. Il nous reste seulement de déposer des plaintes et des demandes. Je viens de déposé une nouvelle demande en matière de possibilités de visites. Je l'ai fait déjà pour la troisième fois. Avec les demandes qui ont été déposées par Roman et par le consul Breskalenko, ce sera une bonne dizaine.

- Je comprends bien que dans ces conditions il est difficile de faire des prévisions, mais quand même. En première approximation, selon vous, quel sera le calendrier d’événements dans «l'affaire Souchtchenko»?

- C’est vrai, il est très difficile à pronostiquer quelque chose. À ce moment, l'arrestation de Roman est prolongé jusqu'au 30 avril. À mon avis, c’est sûr qu’avant l'été il n’y aura pas de procès dans cette affaire. Et même il n’y a pas de garantie que ce procès peut se tenir en été. La période estivale en général est très particulière : intersaison, vacances. Si l'enquête avance aussi lentement comme maintenant, alors en vertu du Code de procédure pénale russe ils ont deux ans à leur disposition, c’est-à-dire jusqu'à l'automne 2018. Mais c'est au maximum. Tout de même, j'espère fort que le tribunal aura lieu plus tôt. Et avant une audience du tribunal les perspectives d'échange, à mon avis, sont minces. Je pense que nous avons une chance de nous approcher jusqu'à la fin de l'année d'une compréhension des perspectives de libération. Mais la concrétisation ultérieure de cette question, ce n'est pas de ma compétence. Ce sont des soucis des plus hautes autorités du pays. De plus, sous quel angle sera examiné le «cas Souchtchenko» par le Kremlin... Cependant, il y a encore une petite chance d’avoir une grande amnistie. Nous, moi et mon collègue Polozov, nous avons exprimé oralement cette idée dans l'espace public de la Russie. Et cette idée a reçu sa vie indépendante. On va bientôt voir que cela peut entraîner.

- Est-ce que la cessation presque complète des actes d’instruction dans «l'affaire Souchtchenko» peut être liée aux élections présidentielles en France qui auront lieu en avril prochain? Peut-être, le Kremlin prépare à cette occasion une sorte de «crachement» d’information et d’entourage médiatique, étant donné que Roman est un journaliste accrédité à Paris?

- C’est une thèse intéressante... En France, la situation pour le Kremlin a changé radicalement. Avant, ont été en tête deux candidats confortables pour Moscou. Maintenant c’est Macron qui est assez dur envers le Kremlin. Je pense que le «cas Souchtchenko» peut-être l'un des facteurs d'influence sur la situation... Vous savez, en décembre nous nous attendions à un bourrage de crâne pour «l'affaire Souchtchenko» à la télévision russe. Plus précisément sur NTV. Et pour cela, il y avait pas mal de raisons. Mais finalement rien ne s'est passé. La même chose pour une variante française. Ça va se produire ou pas? Tout peut arriver.

 L'OPPOSITION RUSSE A BESOIN DE NOUVELLES IDÉES

- Dimanche, à Moscou a eu lieu la troisième Marche en commémoration de Nemtsov. D'une part, c’est bien qu'au moins une fois par an les Moscovites peuvent sortir dans le centre de la ville pour s’affirmer contre le pouvoir. De l'autre, chaque année de moins en moins de gens viennent pour cette Marche. Et les restrictions sont de plus en plus sévères et humiliantes.

- Vous savez, j'ai, en rapport avec cet événement, à peu près les mêmes sentiments contradictoires. C’est génial que ce n'est pas un office des morts, ni un repas funèbre, mais la lutte. Je pense que Boris Nemtsov, s’il pouvais le voir, il aurait approuvé ça. (D'ailleurs, on se connaissait bien avec lui depuis les années 90. Et la dernière fois qu’on s’est vu, c’était un mois avant sa mort). Mais, hélas, en effet, chaque année de mois en moins de gens participent à cette Marche. Évidemment, s’accumule la fatigue des groupes de référence. Et les restrictions en effet deviennent de plus en plus dures. Cette fois-ci le pouvoir n’a pas voulu laisser passer notre première bannière  «Arrêtez les répressions en Crimée! La liberté aux prisonniers politiques ukrainiens». Ils ont dit que cette bannière ne correspondait pas au thème de la Marche. Alors, j'ai protesté: «Et pourquoi c’est vous qui le décidez?» On a même commencé à crier. J'ai leur dit que je la porterai malgré tout. À un certain moment, ces gens se sont écartés pour quelques 10-15 minutes. Et puis, ils ont donné quand même leur accord uniquement pour éviter une scandale... En revanche, nous avons eu beaucoup de drapeaux criméens et tatares. Mais un seul drapeau ukrainien parmi tous les participants de la Marche a seulement été chez la personne qui marchait à la fin de la colonne.

- Quel est l'avenir de ces marches?

- Pour une certaine partie de personnes il est important de faire voir leur position dans tous les cas. Mais pas pour tous. Beaucoup de gens sont simplement en perplexité. Les dirigeants de l'opposition ne peuvent pas s'entendre. Et, périodiquement, ils sont carrément remis à zéro. Les gens ne comprennent pas pourquoi participer à la Marche, quel est leur but commun. Pour lutter il faut avoir des idées. Si rien n'est entrepris par l'opposition, alors avec le temps cela peut s'estomper.

LA PERQUISITION CHEZ SVETOVA ET LE VOYAGE DE SAVTCHENKO

- Mardi dernier pendant 11 heures durait la perquisition chez un journaliste et défenseur des droits de l’homme Zoya Svetova. Celle qui a été la première qui nous a fait part de l'arrestation de Roman Souchtchenko. Officiellement, ils ont dit que cela était lié à une «affaire Khodorkovskiy» ouverte en 2003. Comment ça? C’est quoi ça?

- C’est une illégalité absolue. Il m'est difficile de juger pourquoi c’est exactement aujourd'hui qu’ils ont décidé de faire une perquisition et pourquoi notamment chez Zoya Svetova. Mais par la façon dont cela s'est passé, par les déclarations et les «fuites d’info» qui ont été effectuées, je ne peux que supposer que c'est une pression sur «La Russie ouverte» afin que son financement soit cessé. Je tiens également à rappeler un récent empoisonnement réitéré de l'un des dirigeants de «La Russie ouverte» M. Vladimir Kara-Mourzy junior. Il est très probable que c'est lié, que ce sont des signaux d'en haut: «Arrêtez le financement des organisations publiques à but non lucratif!». Selon notre logique ordinaire, il est difficile de comprendre pourquoi le faire, pourquoi harceler une personne, perquisitionner une autre personne dans le cadre de l’affaire d’une vieille date, une personne qui est incroyablement éloigné de YUKOS. Mais vous savez, les agents des services spéciaux ont leur propre logique que nous ne pouvons pas comprendre, ainsi que leurs propres raisons qui ne sont pas connus pour nous... En général, je le répète, il paraît que c’est une action démonstrative, dont le but est de semer la peur. «Soyez prudents. Vous, d’une part, cessez de financer ces organisations. Et vous, de l'autre, ne travaillez pas dans ces organisations ou pour elles». 

- Qu’est-ce que vous pensez de la nouvelle visite de Nadiya Savtchenko, cette fois sur les territoires occupés?

-Mon jugement, c’est très personnel. Pour moi, c'est une horreur inexprimable. À mon avis, c'est une opération spéciale pour de l'argent de Medvedchouk en accord avec Loubyanka. C'est bien avec Loubyanka. Ce voyage de Savtchenko ne pouvait pas être approuvé uniquement par Sourkov. Hélas, Madame Savtchenko Nadiya Viktorovna de nouveau a fait ses preuve en tant qu’esprit étroit. Et c'est triste. S'est produite une situation dont j'avait parlé précédemment. Elle se trouve sous l'influence de personnes dont les intérêts ne se confinent pas sur l’Ukraine, et est activement utilisée dans leur propres objectifs tactiques. Là, il y a une aggravation à Avdiyivka,  constamment de nouveaux cadavres, des questions complexes liées au blocage. Et elle se rend sur le territoire occupé. Je considère ce voyage comme un échec. À quel point Nadiya elle-même est impliquée dans la situation, je ne le sais pas, mais sa sœur Vera, elle est impliquée très profondément. Et par son intermédiaire, il y a une sortie sur Medvedchouk. Et M. Rouban, il est aussi un homme de Medvedchouk... Je suis persuadé que dans la libération des prisonniers tout cela ne fait que du mal.

Oleg Koudrine, Riga.

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