Les meurtres et la torture sont devenus une réalité quotidienne au sein de l'armée russe selon des interceptions du GUR
Le renseignement militaire de l'Ukraine (GUR) a intercepté des conversations de militaires russes, appartenant à la 5e brigade de fusiliers motorisés de la garde (unité 41698), l'une des unités formée dès 2014 dans les territoires temporairement occupés de l'Ukraine qui témoignent que les meurtres et la torture sont devenus monnaie courante au sein de la 5e brigade des forces armées de la Fédération de Russie.
Les deux interceptions révèlent les réalités du service dans cette brigade dite disciplinaire à travers l'histoire d'un militaire Dzatte Mamitov. Dans une conversation avec sa mère, l'une des connaissances du soldat se plaint des conditions inhumaines dans lesquelles ils servent au sein de la « cinquième » : les blessés sont envoyés à l'assaut sur des béquilles, les bataillons sont renouvelés deux fois par mois en raison de pertes colossales, et les commandants arrivent à dissimuler leurs crimes grâce à leurs liens personnels avec le propagandiste russe Vladimir Soloviev. Un autre militaire décrit, en prenant l'exemple de Mamitov, comment la police militaire russe torture ses propres soldats et s'approprie l'indemnisation de blessure.
La 5e brigade de fusiliers motorisés de la garde, nommée d'après Zakharchenko (criminel de guerre et premier chef de la soi-disant « République populaire de Donetsk »), a commencé son histoire en tant qu’un détachement de combat « Oplot », groupe paramilitaire formé pour s'opposer par la force au soulèvement pro-européen de Kyiv en 2014.
Dès les premiers mois, cette brigade a participé au conflit armé dans l'est de l'Ukraine aux côtés du contingent russe sous couvert de "mouvements séparatistes". Fin 2014, l'unité a atteint le niveau d'une brigade et a intégré le 1er corps d'armée de la « milice populaire de la DNR ». Depuis le 1er janvier 2023, la brigade fait partie de la 51e armée interarmes de la garde de la Fédération de Russie. Le 5 décembre 2024, par décret du chef du Kremlin Vladimir Poutine, la brigade a reçu le titre de "garde".
Les crimes de guerre de l'unité sont documentés depuis 2014 : dans la région de Donetsk, l'ONU a enregistré des actes de torture cruels et des interrogatoires de prisonniers ukrainiens dans l’ancien bâtiment du SBU. Déjà lors de l'invasion à grande échelle en 2024, les forces russes ont torturé à mort un professeur de musique mobilisé dans leurs rangs et ont tué le « volontaire » et « correspondant » de Russia Today, l'Américain Russell Bentley.
Les documents et les interceptions de conversations obtenus par les renseignements militaires concernent le militaire de la 5e brigade Mamitov Dzatte Borissovitch (né en 1997), qui est devenu la cible d'une terreur interne au sein de l'unité. Selon les documents obtenus, Mamitov a d'abord été grièvement blessé lors de combats — perdant la moitié d'un pied et subissant de multiples blessures par éclats au torse et à la tête. Par la suite, il est parti se faire soigner mais n'est pas revenu dans son unité depuis son village natal de Darg-Kokh, en Ossétie du Nord ; la police militaire l'a alors porté sur la liste des personnes recherchées.
Après des plaintes et une tentative infructueuse de contester les actions de la police militaire auprès du procureur général, du ministère de la Défense et du comité d'enquête fédéral, Mamitov a été contraint de retourner au quartier général de la brigade à Donetsk. Plus tard, le lien entre Mamitov et ses proches a été rompu ; en revanche, sa famille recevait des notifications de retraits suspects d'argent sur son compte bancaire. Il est évident que les militaires de la police militaire de la « DNR » exigeaient de Mamitov une part de son indemnisation de blessure.
En raison de son refus de payer, il a été détenu dans une cave où il a été systématiquement torturé. Afin de dissimuler les traces des sévices et de clore définitivement la question des paiements, le commandement de l'unité 41698 a envoyé le soldat estropié en « mission de combat ». Le 20 avril 2025, Mamitov a été officiellement déclaré disparu. Pendant que le commandement inventait les circonstances de sa disparition, les forces de l'ordre russes ont refusé d'ouvrir une enquête à la demande des proches. Ainsi, le meurtre a été légalisé à tous les niveaux — du commandant de compagnie jusqu'à l'enquêteur militaire.
Le locuteur de la première interception est un militaire d'une autre unité des forces armées russes, détaché auprès de la « cinquième ». Il qualifie directement la 5e brigade de brigade « disciplinaire » et de « matériel jetable ». Selon lui, les Ukrainiens infligent des pertes énormes, de sorte que les bataillons doivent être complétés en permanence. Les effectifs diminuent si rapidement qu'en deux mois, il ne reste presque plus personne de l'unité initiale — les groupes d'assaut étant anéantis lors des attaques constantes contre les positions ukrainiennes.
Le mécontentement parmi le personnel a pris un caractère massif. Selon le soldat, les hommes ont écrit des plaintes par groupes de 10 à 15 personnes pour dénoncer les transferts forcés, les humiliations et l'envoi des soldats sur des béquilles en assaut contre les positions ukrainiennes. Les lettres étaient adressées au parquet de Moscou, au chef du Comité d'enquête de la Fédération de Russie, Alexandre Bastrykine, ainsi qu'à Poutine.
Le GUR souligne comme un « détail intéressant » l'intervention personnelle du propagandiste Vladimir Soloviev dans ce scandale. Le soldat le décrit comme un ami proche de l'un des hauts dirigeants liés à la brigade. Après l'affaire Mamitov et les plaintes massives d'autres soldats, Soloviev s'est rendu personnellement dans l'unité et a même tourné une série pour son projet télévisé « Za Lentoy ». Au final, les soldats ont été publiquement accusés de mensonge, leurs plaintes ont été considérées comme des mensonges, tandis que le commandement a été présenté comme exemplaire.
Le second interlocuteur a révélé un autre épisode : dès que Mamitov est revenu dans l'unité après sa blessure, il a commencé à subir des violences physiques systématiques à plusieurs niveaux : d'abord dans le bataillon de réserve, puis de la part de la police militaire. La raison invoquée est l'extorsion forcée de son indemnisation de blessure au profit du commandant. Estropié et sans argent, Mamitov a été envoyé à une mort certaine lors d'un assaut, afin que le commandement puisse ultérieurement s'approprier également les « primes de décès ».
Selon les propos du militaire russe, la violence n'est pas dissimulée et est désormais systématisée : les soldats de rang et les officiers présents lors des tortures choisissent de ne pas intervenir à cause de la pression ou par choix personnel.
La 5e brigade de la garde, décorée par Poutine pour son « héroïsme de masse », repose sur la peur, la tromperie et la contrainte physique. Les soldats sont acheminés, jetés dans un hachoir à viande et dépouillés. Les contestataires qui osent se plaindre sont réduits au silence par des propagandistes aux ordres. Ceux qui ne paient pas sont battus. Les blessés sont poussés à l'assaut ou simplement exécutés, a souligné le GUR.
Les militaires russes dont les voix sont enregistrées citent des noms de code, des noms de famille, des dates et des épisodes concrets — autant de preuves de crimes de guerre commis contre leurs propres complices.