La Russie pourrait utiliser le traité de sécurité de l’État de l’Union pour entraîner le Bélarus dans la guerre, selon l’ISW
« Le Kremlin pourrait tenter d’utiliser le traité de sécurité collective de l’État de l’Union pour entraîner le Bélarus dans la guerre et ainsi avoir accès aux ressources humaines et aux capacités d’entraînement bélarussiennes », souligne le rapport.
L’ISW avait précédemment estimé que le Kremlin pourrait chercher à utiliser la population bélarussienne comme ressource de mobilisation afin de compenser les pénuries chroniques d’effectifs auxquelles l’armée russe est confrontée depuis mai 2022.
Selon les analystes de l’institut, Moscou pourrait notamment chercher à recruter des citoyens bélarussiens dans l’armée russe, les ressortissants russes et bélarussiens bénéficiant d’un statut de citoyenneté unifié et de droits théoriquement égaux dans le cadre de l’État de l’Union.
« Le Kremlin pourrait ainsi affirmer que les Bélarussiens sont soumis aux mêmes obligations et responsabilités civiques. Les autorités russes pourraient un jour exiger que les citoyens d’un Bélarus de facto annexé servent dans l’armée russe ou dans des formations militaires de l’État de l’Union contrôlées par Moscou, en s’appuyant sur la législation unifiée de l’État de l’Union », indique le rapport.
Les analystes de l’ISW estiment également que le Kremlin mène une campagne de guerre cognitive visant à présenter d’éventuelles frappes ukrainiennes contre des cibles légitimes au Bélarus soutenant les opérations militaires russes comme une « escalade ukrainienne » contre le Bélarus et l’État de l’Union.
L’institut rappelle notamment les déclarations du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors d’une table ronde tenue le 23 juin avec l’ambassadeur du Bélarus en Russie, Iouri Seliverstov. Selon lui, l’appel du président ukrainien Volodymyr Zelensky à Alexandre Loukachenko pour démanteler les relais situés à la frontière bélarussienne et utilisés pour faciliter les frappes russes contre l’Ukraine constituerait une tentative d’entraîner le Bélarus dans la guerre.
« Lavrov a déclaré que la Russie était prête à utiliser "tout l’éventail des mesures" prévues par le traité de garanties de sécurité de l’État de l’Union entre la Russie et le Bélarus, qui autorise les deux pays à recourir à la force militaire pour assurer leur sécurité. Il est notable que Seliverstov n’a repris aucun des arguments de Lavrov concernant les demandes adressées par l’Ukraine au Bélarus. Sa réponse rejoint la déclaration de Loukachenko du 15 juin, dans laquelle il affirmait que le Bélarus n’engagerait pas ses forces armées dans la guerre en Ukraine », relèvent les analystes.
Le rapport souligne que le Bélarus apporte depuis 2022 un soutien matériel à l’effort de guerre russe et qu’il est de facto co-agresseur dans ce conflit. La Russie utilise également l’infrastructure militaire et l’espace aérien bélarussiens pour lancer des frappes de missiles et de drones contre l’Ukraine. Par ailleurs, le Bélarus joue un rôle clé dans les mécanismes russes de contournement des sanctions, tandis que Moscou et Minsk poursuivent l’intégration de leurs économies dans le cadre de l’État de l’Union.
« Par conséquent, toute frappe légitime de l’Ukraine contre des infrastructures bélarussiennes soutenant les opérations militaires russes ne constitue pas en soi une escalade du conflit », souligne l’ISW.
Le 19 juin, le président Volodymyr Zelensky a déclaré que des relais de transmission, utilisés pour corriger les frappes russes contre des zones peuplées ukrainiennes, étaient déployés le long de la frontière ukraino-bélarussienne.
Le chef de l’État a affirmé que les autorités bélarussiennes étaient en mesure de démanteler elles-mêmes ces équipements et que, à défaut d’action dans un délai d’une semaine, l’Ukraine pourrait prendre les mesures qu’elle jugerait nécessaires.