Selon le ministre ukrainien de la Défense, l’Ukraine a besoin d’une « aide de niveau supérieur » pour faire plier la Russie
Dans une interview accordée au média Politico, le ministre a expliqué que Kyiv a demandé à ses alliés de saisir une fenêtre d'opportunité « éphémère ». L'Ukraine a sollicité le financement d'une nouvelle vague de drones, de missiles et de technologies militaires capables de déstabiliser la Russie et d'étendre les récents gains ukrainiens sur le champ de bataille, dans le but de faire comprendre à Vladimir Poutine qu'il ne pourra pas gagner.
« Nous avons besoin d'une aide de niveau supérieur pour pouvoir mener le travail à bien. Si nous possédons suffisamment de ressources pour lancer un nouveau cycle d'innovations militaires avant que la Russie ne s'adapte au cycle actuel, nous gagnerons six mois de plus » a déclaré Mykhaïlo Fedorov à Politico.
« Dans une guerre technologique, on peut voir à quel point le cours des événements change rapidement. Tout dépend de la vitesse du financement et de nos actions », a souligné le ministre, avant d'ajouter : « L'Ukraine protège toute l'Europe contre les Russes. »
La semaine dernière, l'Ukraine a envoyé une demande urgente aux pays de l'UE pour obtenir l'intégralité des 6,6 milliards d'euros récemment libérés du Fonds européen pour la paix (FEP), un fonds que l'ancien gouvernement hongrois de Viktor Orbán a bloqué pendant des années. Cet argent doit partiellement rembourser l'aide militaire que les pays de l'UE ont envoyée à l'Ukraine. Cependant, au lieu d'un retour de ces fonds dans les trésors publics des États membres, Mykhaïlo Fedorov a souhaité leur transfert direct à Kyiv.
« Le FEP peut devenir un tournant pour nous, un accélérateur du succès actuel sur le champ de bataille. C'est pourquoi je pense que nous devons entamer des consultations avec chaque pays qui hésitera », a affirmé Mykhaïlo Fedorov. Il a salué l'UE pour l'adoption beaucoup plus rapide de l'aide à l'Ukraine, qualifiant cette évolution d'« UE 2.0 ».
Kyiv a déclaré que ses besoins en dépenses militaires s'élèvent cette année à 136 milliards d'euros, sur lesquels l'Ukraine peut couvrir seulement 53 milliards d'euros par ses propres ressources. Le prêt de l'UE récemment accordé pour soutenir l'Ukraine promet environ 28,3 milliards d'euros d'aide militaire dès cette année, dans le cadre d'un prêt global de 90 milliards d'euros. Il existe également des enveloppes d'aide militaire bilatérales supplémentaires, ainsi que la Liste des besoins prioritaires de l'Ukraine (PURL) sous la direction de l'OTAN, par laquelle les alliés achètent des armes américaines pour l'Ukraine.
Mais cela ne suffit toujours pas, a affirmé Mykhaïlo Fedorov. Le pays a besoin de milliards de plus en aide ciblée, « et nous en avons besoin dès demain ».
Concernant les orientations possibles pour cet argent, l'une d'elles consiste à réorienter l'aide vers ce dont l'Ukraine a besoin, et non vers ce que les pays donateurs jugent pratique de donner, a écrit le média.
Le ministre a cité en exemple le cas de la Danemark, qui a réorienté une commande de munitions d'artillerie de 155 mm vers des variantes à plus longue portée, plus utiles sur la ligne de front. « Ils ont signé le contrat rapidement et ont effectué la première livraison en une semaine seulement. Quand la volonté et la force d'esquiver la bureaucratie existent, tout devient possible », a dit le ministre.
Il a également indiqué aux alliés qu'il préférerait réallouer 200 millions d'euros d'aide initialement prévus pour la réparation des chars – une option peu utile dans la configuration actuelle de la guerre – vers des investissements dans des drones d'attaque à moyenne portée, capables de frapper les camions et la logistique à environ 100 kilomètres de la ligne de front. « Revoyons les contrats en cours, renonçons à ceux qui ne sont pas prioritaires », a déclaré Mykhaïlo Fedorov.
Le ministre a expliqué le changement de dynamique dans la guerre par des décisions prises au début de cette année. L'un des efforts clés a consisté à convaincre Elon Musk de bloquer les terminaux Internet par satellite Starlink pour les Russes, un autre a porté sur la révision des achats d'armes au premier trimestre de l'année.
Tant que le prêt de 90 milliards d'euros promis par l'UE est resté bloqué, l'Ukraine a pris le risque « d'acheter des drones à fibre optique, des drones à moyenne portée et des intercepteurs », a précisé Mykhaïlo Fedorov.
« Conjointement avec nos partenaires, nous avons modifié la qualité de l'aide, ce qui signifie que nous avons commencé à utiliser des milliards de dollars pour ce dont nous avons réellement besoin : l'augmentation de la production d'intercepteurs, de missiles bon marché, de missiles de croisière et de drones à réaction », a dit le ministre. « Notre campagne de frappes à moyenne portée vise à protéger notre infanterie, à stopper l'avancée des Russes et à perturber leur ravitaillement. Les Russes le ressentent déjà. Sur certaines sections du front, ils ont ralenti », a-t-il ajouté.
De plus, Mykhaïlo Fedorov a poussé les partenaires à aider au financement de la hausse des soldes militaires. « Plus vite les partenaires enverront l'aide militaire, plus nous aurons de chances de libérer des fonds publics pour payer les nouvelles soldes », a expliqué le ministre, avant d'ajouter : « Aujourd'hui, l'armée ukrainienne est la mieux préparée d'Europe. Où trouverez-vous d'autres troupes capables de détruire 30 000 à 35 000 soldats russes par mois ? »
Ces modernisations militaires poursuivent un seul objectif : prouver à Poutine qu'il ne peut pas gagner la guerre contre l'Ukraine, a écrit le média. « Il doit ressentir que le prix est trop élevé pour la continuer », a conclu Mykhaïlo Fedorov.
Photo : Service de presse