La maison de convalescence pour les lions blessés

La maison de convalescence pour les lions blessés

Ukrinform
Des fauves «migrants», y compris ceux de la région de Donetsk, ont trouvé refuge et secours à Zaporijjia.

Contrairement aux êtres humains, ils ne savent ni mentir, ni flatter et aucun moyen ne peut les forcer à être doux et affectueux. Mais en même temps, ils savent aimer et détester sincèrement. Voici l’histoire de fauves au destin tragique qui commencent une nouvelle vie au Centre de réhabilitation pour les animaux sauvages.

Ce centre se trouve dans la ville de Vasylievka, située à près de 60 km de Zaporijjya, au 8, rue Stepnaya. Il abrite d’anciens animaux de cirque, des animaux de compagnie exotiques qui, «soudainement», ont grandi et sont devenus encombrants. Plus récemment, le centre a accueilli des fauves déplacés d’un zoo privé situé dans la ville de Pokrovsk, région de Donetsk. Ces animaux étaient maltraités par leur propriétaire et ils ont été sauvés par des défenseurs des droits des animaux.  Et ici vit la seule chienne en Ukraine qui nourrit un bébé tigre.

Les correspondants dʼUkrinform se sont rendus chez Olexandre et Olena Pylychenko, propriétaires du Centre de la réhabilitation pour les animaux sauvages.

UN LIONCEAU POUR SALAIRE 

Leur histoire a commencé il y a environ 16 ans, quand Olexandre est allé travailler au zoo de Yalta et là, en guise de salaire, il a rapporté son premier «enfant» - un minuscule lionceau nommé Katya. Un peu plus tard, on a trouvé un compagnon pour Katya: Samson, un représentant de la sous-espèce la plus rare des lions berbères.

En 2011, Olexandre a été l'initiateur du projet «Un homme et  un lion». Il a vécu dans la même cage qu’une lionne gravide pendant 36 jours. De plus, il a aidé Katya à mettre bas. Le 7 septembre 2011, il est sorti de la cage avec les petits.

Ce jour-là, les représentants du registre national des records d'Ukraine ont enregistré deux nouveaux records à la fois: «36 jours dans une cage avec une lionne» et «La première personne au monde à avoir aidé une lionne à mettre bas».

Aujourd'hui, le zoo de Pylychenko abrite des tigres, des lions, des ours, une panthère, des ratons laveurs et de nombreux autres animaux. La ménagerie elle-même a progressivement commencé à jouer le rôle de centre de rééducation.

DE LA DOULEUR DANS LES YEUX DES FAUVES

À l'automne dernier, grâce à des volontaires et à des défenseurs des animaux, l'Ukraine a appris l'histoire des animaux maltraités et devenus otages du parc Pokrovsky, un zoo privé de la ville de Pokrovsk, dans la région de Donetsk. Des photos de lions blessés qui vivaient non pas dans des cages, mais dans des «niches», des cages sales et des gamelles vides ont fait le buzz sur Internet, mais les responsables des structures administratives spécialisées ont refusé obstinément de les voir et n’ont montrer aucun empressement à aller contrôler la situation à Pokrovsk. Alors, les bénévoles ont envoyé des lettres à des personnes telles que Pylychenko.

«Quand nous avons commencé à recevoir des lettres, j'ai dit à ma femme: «Ce va être quelque chose de terrible, mais nous ne pourrons pas y échapper, c’est déjà là». C'était en octobre. Le temps de déterminer qui s'occupe de cette question, où se trouvent les animaux, le mois de décembre est arrivé. Parallèlement, nous avons envoyé des lettres de référence au ministère de l’Environnement», explique Olexandre.

Le 8 janvier de cette année, des ours et des lions de Pokrovsk sont enfin arrivés à Vasylyevka. Tous les animaux étaient dans un état critique. Par exemple, les ours Balu et Macha pesaient 80 kg de moins que la norme. Les experts disent: les animaux présentaient leur complexion «d'été» (c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas pu accumuler de la graisse sous-cutanée). Les lions Richard et Gera n’avaient pas la force de se mouvoir et de manger.

«Ces deux lions étaient pratiquement dans le même état. Richard avait de nombreuses blessures, sa queue et ses pattes étaient gelées et Gera était apparemment moins atteint, mais très faible. Il est mort dans la journée.  Ses organes internes refusaient de fonctionner », dit Pylychenko.

De décembre à janvier, Olexandre s'est rendu cinq fois à Pokrovsk. Pendant tout ce temps, sur décision de la cour de Donetsk, il a sorti 11 animaux, 6 ours et 5 lions. Ces voyages à Pokrovsk mettaient Olexandre en état de choc.

«J'y suis allé 5 fois et chaque fois, j'ai me suis heurté à la même dose de malentendus: pourquoi les avoir mis tous dans un tel état? Qui pourrait contrôler cela et à quel stade la souffrance de ces animaux doit-elle être arrêtée? Pourquoi rien ne change? Je suis venu 5 fois, mais le tableau semblait figé. Jʼavais lʼimpression de regarder un film dʼhonneur, mais voir cela sur un écran en 3D est une chose, alors que voir et ressentir la douleur de ces animaux en vrai est autre chose. C'est inexplicable. Je n’ai pas vu de réfrigérateurs et je ne sais pas s’il y en avait, mais j’ai vu des granges pleines de foin et des chevaux mourants. Une horreur », se souvient Olexandre.

Les déplacés à quatre pattes vivent à Vasylyevka depuis un mois et demi. Et depuis, ils nʼarrivent toujours pas à s'habituer aux enclos spacieux. Quand on observe l'un des ours, on peut le comparer à un ex-prisonnier qui continue à se promener dans le périmètre correspondant à son ancienne cellule, oubliant qu'il dispose désormais de beaucoup plus d'espace. Les ours nʼarrivent toujours pas à s'habituer à dormir sur de la paille fraîche au lieu des sols nus.

«Ils ont pris environ 30 kg. Ils se font les yeux doux, se construisent des cachettes et y dissimulent des surplus de nourriture. Ils ont 5-6 ans - c'est comme des enfants humains de 10-12 ans qui veulent jouer. Nous les avons placés en quarantaine. Jusqu'à la décision du tribunal, ils resteront ici. Notre tâche est d'engraisser, de soigner les animaux et de les préparer à vivre en communauté -  dans le centre de réadaptation national «Synevyr», explique Pylychenko.

Avec lʼarrivé des animaux, divers organismes de contrôle se sont pratiquement s’installés dans le centre. Depuis le 21 janvier, près de deux douzaines d'inspections ont été effectuées. Les propriétaires de la ménagerie Vasylyevka ont rédigé de nombreux rapports. Les inspecteurs n'ont pas encore de plaintes.

Le tribunal décidera combien de temps les animaux resteront à Vasylyevka. Selon des informations préliminaires, les ours bruns pourraient bien être transférés à «Synevyr», quant aux lions, ils pourraient partir en Afrique dans le parc national Kruger. Là, des conditions pour un séjour en semi-liberté leur sont préparées.

Mais tout cela reste des projets.

PAS DE CONTACT

«À ce stade, les animaux ne peuvent tout simplement pas regarder un être humain de manière positive ou du moins neutre. À l'intérieur, ils ressentent une haine envers tout le monde. Les créatures sur deux jambes ont simplement ignoré leur vie et ont permis des situations dans lesquelles ils mourraient de faim. Ils n'ont aucune raison d’aimer le genre humain », explique Olexandre.

Il se dirige vers la cage dans laquelle vit Richard. Il y a des tensions dans leur relation. Oui, aujourd'hui, le lion a l'air beaucoup mieux que le jour de son arrivée, mais pour correspondre au statut de «roi des animaux», il doit suivre un traitement d'au moins deux mois.

«Il me déteste et comprend que cʼest à cause d’êtres humains comme moi qu’il  a de gros problèmes dans sa vie. Nous avons toujours une relation difficile », a déclaré Pylychenko.

Par contre,  Leva est plus amicale envers les gens.

Ce lion a une histoire intéressante et bien particulière. Les ouvriers d’un zoo l'ont trouvé alors qu’il n’était qu’un lionceau. Il était devenu inutile en raison de ses pattes arrières paralysées et a failli être euthanasié. Leva a été sauvé par un dresseur, qui lʼa soigné. Mais Leva nʼa pas pu travailler dans un cirque qui ne faisait que se déplacer  avec les artistes. Et, un jour, il s’est retrouvé dans le zoo de Pokrovsk.

Olexandre l'a amené à Vasylyevka il y a environ deux semaines, le lion était dans un état grave.

À la fin de cette semaine, Leva déménagera  dans une enclos spacieux.

UNE MAMAN UNIQUE

Un autre animal de compagnie inhabituel ou plutôt même un membre de la famille de Pylychenko vit également ici, il s’agit de Dobie. Une petite chienne errante est arrivée devant chez les Pylychenko il y a quelques années et aujourd'hui, Olexandre et Olena ne sʼimaginent même pas leur vie sans elle. L'été dernier, elle a nourri des chatons, et maintenant, elle nourrit un bébé tigre.

Le petit félin rayé est né il y a trois semaines, mais pour une raison quelconque, sa mère l'a rejeté.

«Nous avons trouvé le tigreau dans le foin et nous avons décidé de le ramener à la maison. Une fois, à lʼintérieur, nous l’avons placé près de Dobie qui l’a regardé attentivement pendant quelques instants, puis lʼa laissé sʼapprocher. Dobie sʼest avérée une maman très attentionnée. Autant que je sache, c'est le seul chien en Ukraine à nourrir un bébé tigre », raconte Olexandre.

Pendant la séance photo, Dobie prenait plaisir à poser, permettant de caresser ses chiots et le petit tigre.

Actuellement, le tigreau nʼest quʼune boule en peluche qui s’endort en mangeant et rampe de manière incertaine mais, dans quelques semaines, il fera la même taille que sa maman dʼadoption. Pour le moment, Pylychenko réfléchit à l’endroit où il placera le félin et admet qu’il aimerait beaucoup que son destin ne ressemble pas à celui des déplacés de Pokrovsk.

Olga Zvonareva, Vasylyevka-Zaporijjya

Photo de Dmytro Smolenko

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