Sous la « protection du toit» de la diplomatie russe: du consul espion au voleur de bicyclettes

Sous la « protection du toit» de la diplomatie russe: du consul espion au voleur de bicyclettes

Ukrinform
En 2018, le consul général de Russie à Strasbourg a été expulsé du territoire français pour espionnage.

Cette histoire a acquis récemment une large résonance dans les médias et les réseaux sociaux français, ukrainiens et même russes. Un employé appartenant au personnel de service du Consulat général de la Fédération de Russie à Strasbourg a été pris sur le fait, au cours d'une opération de police, alors qu’il vendait une bicyclette.

Un «animal de compagnie» à moitié prix

Il s'agit d’un modèle de luxe du vélo électrique Vendredi 28.1 de la marque «Moustache», d'une valeur pouvant atteindre 3000 euros, qui était proposé par un représentant du Consulat général de la Fédération Russe, et qui avait été escamoté à l'ex-premier adjoint au maire de Strasbourg, Alain Fontanel. Au début de février, l'homme politique avait laissé son véhicule récemment acquis près du bâtiment de la Représentation permanente de la France auprès du Conseil de l'Europe et est allé retrouver sa femme, qui y travaille en tant qu'ambassadrice.

A sa sortie de l’ambassade, Fontanel a constaté que son vélo avait disparu et que les voleurs avaient coupé le cadenas à la scie sauteuse.

Ne perdant pas espoir de retrouver sa bicyclette, à laquelle, selon le politicien, on s’attache comme à un animal de compagnie, Fontanel s’est mis à surveiller activement les sites en ligne comportant des annonces de ventes de vélos. Le douzième jour, ses recherches ont enfin été fructueuses. La victime a trouvé les offres de vente de plusieurs vélos électriques de ce même modèle sur un site populaire. Ils étaient proposés à 1400 euros, soit la moitié de leur valeur initiale.

Fontanel a immédiatement communiqué les résultats de son enquête à la police qui a organisé une opération spéciale.

La bicyclette volée a été retrouvée… devant le Consulat général de la Fédération de Russie.

Une grande surprise (ou peut-être pas?): le vendeur fixe un rendez-vous sur la place située près du bâtiment du Consulat général de Russie à Strasbourg.

Fontanel, accompagné d'un policier en civil, a aperçu son vélo sur le territoire de la mission diplomatique russe. Un ressortissant russe est sorti, accompagné d'un autre employé de la mission diplomatique, qui servait d’interprète. Le vendeur, âgé de 44 ans, était un chauffeur du consul général de la Fédération de Russie à Strasbourg. Il a présenté un document financier, certifié par le Consulat général, qui devait attester de l'achat légal présumé du vélo. Cependant, lorsque Fontanel a vérifié le numéro de série, qui a confirmé qu'il s'agissait bien de son vélo, il n’est plus resté aucun doute sur le vol. Deux autres policiers, qui se trouvaient en embuscade, ont arrêté, après un signe convenu, l'employé du Consulat général. L'autre citoyen russe, qui accompagnait le vendeur, a présenté un passeport diplomatique qui lui garantissait l’immunité.

«Ma bicyclette, retrouvée dans le Consulat russe, a été volée…devant la représentation permanente de la France auprès du Conseil de l’Europe»: a déclaré, ému, l'homme politique français, dont l'histoire a eu une fin plutôt heureuse.

Lors de l'interrogatoire, l'employé de la mission diplomatique russe a tout nié en bloc, mais ses explications n'étaient pas convaincantes. Néanmoins, il a été remis en liberté après 24 heures sur décision du parquet.

Bons baisers de Russie ou là où poussent les «Moustaches»

Et lorsque le parquet a convoqué le suspect pour interrogatoire, le Consulat général a déclaré qu'il était parti pour la Russie en raison de problèmes de santé. Les forces de sécurité de Strasbourg enquêtent actuellement sur l'implication du ressortissant russe dans un réseau de vol et de revente d'au moins 300 vélos pour un montant total de plus de 100 000 euros. Et cela en un an seulement!

L'ancien employé du Consulat général de la Fédération de Russie fait l’objet d’un mandat de recherche en France. Le procès peut avoir lieu par contumace si le mandat de recherche ne donne rien.

Le politicien français Fontanel a décrit toute l'histoire en détail sur son réseau social, marquant le message du hashtag «Bons baisers de Russie #Moustache007». Cela fait référence au film ««Bons baisers de Russie», complété par la marque de vélo («Moustache») et le code «007» pour évoquer d’autres activités, non diplomatiques, des consuls russes à Strasbourg.

La police percera-t-elle le « toit protecteur» russe?

Compte tenu de l'ampleur et du nombre d'offres de vente de vélos d'origine douteuse, la police française vise à identifier et prouver l'existence d'un vol organisé, de la revente ultérieure de ces engins et de l'implication d'un employé du Consulat général de Russie dans ce réseau.

A cet égard, plusieurs questions se posent.

Il est peu probable qu'un représentant de la mission diplomatique russe ait volé lui-même ces vélos, cela a été fait par d'autres voleurs impliqués dans ces activités illégales.

D'ailleurs, uniquement à Strasbourg, environ 4 500 vélos sont volés chaque année. Au niveau national, ce nombre dépasse plusieurs millions.

Le voleur pouvait-il mener ses activités illégales en proposant des vélos volés, qui étaient stockés sur le territoire du Consulat général de la Fédération de Russie, sans la participation d'autres employés de cette institution, c'est-à-dire sous le « toit protecteur» diplomatique russe ? Par conséquent, il est peu probable que le chauffeur ait personnellement gardé les centaines de milliers d'euros en espèces provenant des ventes de biens volés sur le territoire français, et peut-être même en Allemagne et dans d'autres pays européens.

Quel était la destination de cet argent? Devait-il uniquement permettre l'enrichissement personnel des membres de ce réseau en France ou a-t-il été transféré à Moscou ? Considérant que les diplomates russes ont évacué leur ancien employé vers la Russie, et que le Consulat général avec son personnel diplomatique bénéficie d’une immunité, les forces françaises de sécurité ont un minimum de possibilités de poursuivre les personnes impliquées dans ce vol qui est placé sous le «toit protecteur» de la diplomatie russe.

Espionnage à Strasbourg

Cependant, l'histoire de la bicyclette n'est pas le premier scandale médiatisé entourant le Consulat général de Russie à Strasbourg. En avril 2018, le contre-espionnage français a réussi à confondre l'ex-consul général de la Fédération de Russie à Strasbourg Valery Levitsky. Il a été démasqué en tant que collaborateur de La Direction Générale des Renseignements (GRU) de l’État-Major des Forces Armées de la Fédération de Russie et a ainsi été expulsé de France en raison d’activités incompatibles avec le statut de diplomate. En plus, Levitsky n'était pas un simple espion, mais un «résident», c'est-à-dire le chef des espions militaires russes dans la région concernée. Par conséquent, la réponse à la question de savoir qui étaient en réalité ces diplomates subordonnés au Consulat général est rhétorique.

De toute évidence, Strasbourg peut faire l'objet d'un intérêt direct des services d’espionnage russes, en tant que ville où siège le Conseil de l'Europe et partiellement le Parlement européen. Quant au Conseil de l'Europe, cette organisation n'a pas une influence si importante dans l'élaboration des politiques des gouvernements nationaux, qu’elle pourrait aller à l’encontre des intérêts agressifs de la Russie.

Néanmoins, la capitale de l'Alsace ouvre de grandes opportunités pour recueillir des informations et établir des contacts utiles parmi les cercles diplomatiques des 47 Etats membres du Conseil de l'Europe.

Le réseau potentiel d'informateurs du renseignement russe à Strasbourg est considérable. Il s'agit d'environ 2 300 collaborateurs du Conseil de l'Europe et d'un millier de diplomates au sein des représentations permanentes de ses Etats membres et de ses Etats observateurs.

En outre, les services spéciaux russes peuvent mener des opérations d’espionnage  depuis le territoire français contre d'autres pays européens, peuvent prendre des mesures pour affaiblir l'UE et l'OTAN, peuvent faire du chantage au Conseil de l'Europe, peuvent promouvoir des tentatives de reconnaissance officielle de ce qui est en fait des violations du droit international par le Kremlin et commettre des crimes internationaux.

Ces opérations spéciales à grande échelle ont une dimension stratégique dans le contexte de la guerre hybride menée par la Russie contre l'Occident, aussi Moscou les finance généreusement L’argent de la revente des bicyclettes volées peut ainsi rejoindre le pot commun.

Cela confirme une fois de plus le caractère de voleur de la diplomatie russe..Dans ce contexte, quelques centaines de bicyclettes volées peuvent sembler quelque chose d’insignifiant, mais cela confirme une fois de plus le caractère de voleur de la diplomatie russe qui reste au service de l'Etat agresseur.

Andrii Lavreniuk, Strasbourg.


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