L’armée russe a largué sur l’école souterraine de Komychouvakha le même type de bombe que celle utilisée contre Azovstal
La région de Zaporijjia observe trois jours de deuil en mémoire des victimes de la frappe aérienne massive russe contre Komychouvakha. Les forces russes ont largué au moins neuf bombes aériennes sur le centre du village et ont dirigé une FAB-3000 sur l’école souterraine, qui servait de centre de résilience et d’abri pour les habitants.
UN INCENDIE S'EST DÉCLARÉ SOUS TERRE
La tragédie a éclaté le matin du 2 novembre, au moment où les habitants venaient recevoir de l’aide humanitaire — du pain. Les forces russes ont largué leurs bombes l'une après l'autre, avant d'enchaîner avec des attaques de drones.
Les attaques se sont prolongées dans la nuit et au matin du 3 novembre. Ces tirs perturbent fortement les recherches, mais les équipes de secours poursuivent leurs opérations sans interruption malgré le danger permanent.

Le chef par intérim de l'administration militaire de la région de Zaporijjia, Mykhaïlo Semikine, a précisé que l’armée russe avait mené au moins neuf frappes aériennes, détaillant le mode opératoire des forces russes.
« Ils ont commencé par des KAB-500, puis ils ont employé une FAB-3000. Cela représente une tonne et demi d'explosifs », a indiqué le responsable.
Ce type d'armement vise à détruire les fortifications en béton armé et les bunkers. La structure en béton de l’école souterraine n'a pas résisté au choc direct et s'est effondrée, déclenchant un incendie sous terre. L'explosion a creusé un cratère gigantesque d'où s'échappe encore de la fumée. Hier, policiers, secouristes et bénévoles ont extrait cinq personnes des décombres pour les transporter à l'hôpital.

Le chef du secteur de prévention juvénile de la police du district de Zaporijjia, Yevheniy Tokarev, a rejoint le site parmi les premiers intervenants. Il a participé à l'évacuation des blessés et à l'extraction des corps.
« Nous rassemblons les informations pour déterminer le nombre exact de personnes présentes dans les locaux et nous analysons les données. Les familles nous contactent pour signaler leurs proches injoignables. Nous poursuivons le travail », a déclaré Yevheniy Tokarev.
L’ARMÉE RUSSE A TUÉ LES HABITANTS DU VILLAGE VENUS CHERCHER DE L'AIDE ET CEUX QUI LA FOURNISSAIENT
Le maire de la communauté de Komychouvakha, Yuriy Karapetyan, qualifie ce drame de grande tragédie. Hier, les forces russes ont tué son épouse, qui travaillait au centre de résilience.
« L'ennemi a agi lâchement : il a d'abord largué des bombes de faible puissance pour pousser les gens à se rassembler dans l'abri, puis il les a abattus de manière ciblée. Il a simplement exterminé des civils. Je veux que tout le monde sache : il faut faire quelque chose, car ce n'est pas la dernière tragédie... Nous avons perdu des proches. C'était un abri censé protéger notre population, mais ils ont calculé la puissance de la bombe nécessaire pour le détruire », déclare le chef de la communauté.
Il semble avoir vieilli de plusieurs dizaines d'années en une seule journée. Il parle à travers ses larmes, la gorge nouée. Yuriy Karapetyan en est convaincu : si les forces russes n'avaient pas réussi à détruire l'abri souterrain en utilisant la FAB-3000, ils auraient largué une bombe encore plus grosse pour tuer des civils.

« Personne ne peut garantir qu'ils ne largueront pas une bombe atomique demain. Ce sont des sauvages. Si nous ne les arrêtons pas, ils extermineront tout simplement la population », souligne-t-il.
Selon les rapports des autorités locales et centrales, environ 80 personnes se trouvaient dans les locaux de l'école souterraine. Le chiffre exact reste difficile à déterminer. D'après l'analyse des lundis précédents, lors des distributions d'aide humanitaire, la fréquentation pouvait atteindre une centaine de personnes, voire davantage.
À 12h00 le 3 novembre, le bilan s'établit à 31 personnes tuées, cinq blessés et près de 50 portés disparus.

Lors de la seconde frappe sur Komychouvakha, les forces russes ont tué quatre policiers : le major de police Mykhailo Boujenko, le major de police Mykola Balanda, le capitaine de police Mykhailo Romanov et le capitaine de police Dmytro Biessiedine. Les forces russes ont aussi tué deux secouristes, Denys Konovalenko et Oleksiy Souchtchevsky. Parmi les victimes figure également Olha Tverdenko, cheffe du département du Centre de services administratifs de la communauté de Komychouvakha.
UNE ARME CAPABLE DE PERCER DES ABRIS SURPUISSANTS
Hier, les forces russes ont largué sur Komychouvakha une bombe aérienne explosive soviétique de classe super-lourde. Sa masse dépasse les 3 000 kilogrammes, dont plus de 1 500 kilogrammes de matière explosive.
Le chef du département de l'Administration centrale des activités d'innovation des Forces armées ukrainiennes, le colonel Vladyslav Volochyne, indique que l'impact d'une telle FAB provoque une explosion extrêmement puissante.

« C'est une bombe qui transperce les abris, génère un grand nombre d'éclats et crée une onde de choc dévastatrice. Le rayon de destruction atteint 100 mètres. Les forces russes ont largué la FAB-3000 sur l'usine Azovstal, qui abritait des bunkers et des abris en béton armé », explique le militaire.
De plus, en juin 2024, les forces russes ont utilisé pour la première fois une bombe aérienne FAB-3000 équipée d'un module UMPK en la larguant sur l'hôpital de Lyptsi.
Volochyne précise que cette bombe aérienne ne constitue pas une arme de haute précision. Selon lui, les forces russes pourraient continuer de larguer de telles bombes sur les abris.

« La lutte contre les KAB s'avère très difficile en raison de leur vitesse cinétique élevée. Il vaut mieux contrer ces armements lorsqu'ils se trouvent encore au sol, car leur interception en vol reste extrêmement complexe », ajoute-t-il.

De plus, les forces russes possèdent des bombes encore plus puissantes — les FAB-5000 — et cet État terroriste les utiliserait très probablement aussi.
Note. L'école « souterraine » du gymnase Dzherelo de Komychouvakha a ouvert ses portes en octobre 2025, devenant le 13e espace de ce type dans la région de Zaporijjia. L'administration militaire régionale avait alors qualifié ce lieu de « symbole de la résilience d'une communauté qui n'a pas renoncé à l'essentiel : le droit des enfants à l'éducation ».
La communauté de Komychouvakha subit des bombardements constants depuis plusieurs années, et cet espace devait servir de Centre de résilience en cas de situation d'urgence.
Conformément à l'arrêté du chef de l'administration militaire de la région de Zaporijjia du 9 juin 2026, les autorités ont ordonné l'évacuation obligatoire et forcée des enfants de Komychouvakha. À cette date, le village figurait déjà parmi les territoires d'actions militaires actives. L'évacuation s'est déroulée dans un délai de 30 jours à compter de la date de l'arrêté.
Olha Zvonariova
Photo : Dmytro Smolienko