Le Holodomor 1932 -1933 dans les souvenirs des témoins

Le Holodomor 1932 -1933 dans les souvenirs des témoins

Ukrinform
L’Institut ukrainien de la Mémoire nationale a présenté un recueil de mémoires sur le Holodomor de 1932-1933.

Radio Svoboda

Une professeure d'école, un paysan, un professeur d'université et un membre du parti communiste… Tous ces gens ont non seulement assisté à l'un des événements les plus terribles de l'histoire de l'Ukraine - la famine de 1932-1933 - mais ils l'ont également décrit dans leurs notes. Plus tard, ils ont presque tous souffert de la machine répressive soviétique qui les a accusés de mensonges et de diffamations.

L'Institut ukrainien de la Mémoire nationale a présenté le livre, « Les journaux des répressions. Le Holodomor de 1932-1933 en Ukraine », qui contenait ces mémoires écrites. Bien que certains textes aient déjà été publiés en partie ou en totalité, ils constituent néanmoins une indication importante du crime commis par le gouvernement soviétique contre les Ukrainiens et leur permettent d'entendre l'histoire du génocide vécu par des témoins.

Olexandra Radtchenko, professeure d’école, est devenue un témoin oculaire des terribles événements de 1932-1933 à la frontière des districts de Tchouhouïv et de Pechenizh dans la région de Kharkiv. Pour sauver les paysans de la famine, elle et son mari les ont embauchés pour travailler dans une ferme forestière, libérée des réserves de céréales et disposant donc de certaines réserves.

Le 12 novembre 1931: Le « balai rouge » passe, cela veut dire que tout le pain est littéralement balayé…les personnes sont très mal traitées : ils poussent un paysan dans le dos pour qu’il fasse quelques pas et tombe à terre. Ils peuvent l’enfermer dans la grange. Ils ne leur donnent pas à manger. Ils ne les laissent pas sortir pendant des jours. Et si quelqu’un demande à sortir, le gardien répond qu'il ne fallait ni manger ni boire ... Dans une pièce de 3m × 4m, une vingtaine de personnes sont rassemblées. Et tout cela, parce qu’ils n’arrivent pas à remplir les plans d'approvisionnement en céréales. Il est impossible de le remplir, car la taxe est supérieure à la récolte. Depuis quelques jours, le procès contre ceux qui n’ont pas rempli le plan est en cours. Ce sont de vagues tribunaux pour donner une leçon à d’autres paysans ».

Le 9 janvier 1933: « Des choses horribles se déroulent à Kharkiv. On vole des enfants et on vend des saucisses de viande humaine. On ramène dans des pièges des personnes adultes, surtout corpulentes, au prétexte de leur vendre des chaussures. Même les journaux ont écrit à ce sujet pour assurer que les autorités prennent des mesures, mais… les enfants disparaissent toujours ».

Dmytro Zavoloka, fonctionnaire du parti communiste, dirigeait le département de la culture et de la propagande dans le comité du parti du district de Leninski à Kyiv. Voyant de ses propres yeux les terribles conséquences de la collectivisation, il a rappelé à plusieurs reprises dans ses notes qu'il était nécessaire de changer rapidement la ligne du parti, car à son avis, il était allé bien trop loin.

Mars 1932: « Plus je regarde l'état actuel du village, plus j'écoute l'humeur des travailleurs du village et de la paysannerie, plus je suis convaincu que nous avons commis beaucoup d'erreurs. Et les erreurs de ceux qui sont difficiles à corriger très vite, car elles sont trop graves ou encore, est-ce que quelqu'un va admettre ces erreurs? Il semble que non ».

Avril 1932: « J'étais à Borispol ... Les rues sont vides, partout il y a une certaine stagnation qui rappelle la région après des événements militaires ou une grande épidémie ou une catastrophe naturelle ... Les rues sont couvertes de mauvaises herbes, il y a très peu de gens. Les personnes rencontrées sur la route ont l’air déprimé, elles sont presque toujours mal habillées. Les regards qu’elles jettent sur les passants sont étranges, suspects et hostiles. Elles essaient de se cacher. Les cours sont abandonnées... La grande majorité des bâtiments des ménages sont vides, certains commencent à s'effondrer ... »

Le paysan Nestor Belous a dû faire face au Holodomor de 1932-1933 dans le village de Lebyazh, dans la région de Kharkiv.

Mai 1933: « Tous les jours, les gens meurent de faim. Le conseil du village a nommé une commission sanitaire chargée de nettoyer les restes des cadavres et de les enterrer, car il n'y a personne pour enterrer ces personnes; maintenant le conseil du village fait sortir les gens de chez eux pour creuser une grande fosse pour une dizaine de personnes afin de les enterrer. Beaucoup de personnes adultes et enfants, à les regarder, ressemblent à des morts-vivants ».

10 juin 1933: « Des gens meurent de faim, à Kharkiv, dans les champs, et personne ne les élimine. Par exemple, Kostenko Mykola est mort près de Taganka depuis un mois et personne n'a enlevé son cadavre. Tous les jours, les commandants de l'Armée rouge passent devant lui. Et il leur importe peu, à tous, que le cadavre soit décomposé depuis longtemps, qu’il soit impossible de passer ».

29 juillet 1933: « Nous n'avons plus de pain dans notre briqueterie, nous cuisinons du seigle au petit-déjeuner, du borsch et du seigle avec du lait pour le déjeuner et du seigle pour le dîner. En bref, le pouvoir soviétique nourrit les paysans mieux que l’ancien pouvoir nourrissait des cochons ».

Yuriy Sambros a dirigé le département pédagogique des étudiants de l'Institut d'éducation publique de Kharkiv. Il a vu à plusieurs reprises des personnes qui mourraient et que l’on ne pouvait plus aider.

« Je vivais à Lyubotin et allais tous les matins à la gare pour prendre le train de campagne, pendant une quinzaine des jours, jour après jour, j’ai observé une femme âgée qui était en train de mourir allongée près de la palissade …Avec ses pieds gonflés de faim, elle avait perdu toutes ses forces, elle était allongée près de la palissade sur le sentier près de la voie ferrée, aux abords du village de Lyubotin. Elle était couchée parmi les mauvaises herbes couvertes de poussière au bord de la route et une âme charitable avait posé un bol pour l’aumône près de sa tête. Ses bras étaient terriblement secs avec des os densément couverts d'une peau transparente, ses jambes étaient bleues, horribles, gonflées comme un tronc d’arbre, ses yeux muets et sans esprit se détachaient comme des taches brumeuses sur son visage bâillonné et enflé…. Horrible comme un fantôme, elle restait allongée un jour après l’autre…

Les premiers jours, elle bougeait encore, murmurait quelque chose quand quelqu'un s'arrêtait à côté d'elle, mais plus les jours passaient, plus elle devenait silencieuse et immobile, seuls ses yeux bougeaient lentement à droite ... à gauche ...ou, parfois, elle fixait son regard vers l’horizon comme si elle le noyait dans la chaleur du ciel estival, bleu et indifférent. Enfin, elle est décédée. Son cadavre est resté sur place pendant 24 heures, s’est gonflé encore plus et a fini par disparaitre. Des agents de la milice l’avaient trainé quelque part pour l’enterrer. L’agonie de cette vieille femme a duré très longtemps car les passants ont essayé de l’aider en laissant un peu de nourriture dans son bol. Cependant, personne n’a pu la sauver de la mort, car tout le monde manquait de nourriture, tout le monde était affamé ».

Mikhaylo Sinkov a travaillé comme assistant au département de chimie organique de l'Institut chimico-technologique de Kharkiv.

30 mars 1933: « À en juger par des histoires de camarades, des choses inouïes se passent dans les campagnes. Les paysans résistent et préfèrent crever plutôt que se rendre. Le camarade L.K. a raconté l’histoire d’un paysan, écroulé, qui s’est présenté au conseil du village et a demandé: « Je ne peux plus supporter cet état, allez creuser un trou ». Dans la fosse, il a trouvé 50 livres de grain. La veille, sa femme est morte de faim et ses enfants étaient gonflés. Les paysans affamés qui gonflent littéralement de faim, cachaient pratiquement tous des céréales, ne voulaient pas les rendre et ne voulaient pas travailler. Il s’agit d’une résistance politique de classe de plusieurs millions de petits propriétaires, sans précédent dans l'histoire. Cette résistance est tellement brutale et féroce. Quelque chose va certainement se passer ».

15 mai 1933: « Quand on rentre chez soi tard le soir, on voit des paysans en guenilles, tous assis près des palissades. Ils sont venus en ville chercher du pain ... Ils meurent souvent directement dans la rue, surtout les enfants. En dehors de la ville, dans dans des baraques, la Croix-Rouge a rassemblé 200 enfants, dont 20 à 25 personnes meurent chaque jour. Hier, j’ai vu un garçon âgé de 12 ou 13 ans mourir près de notre porte ».

Vous pouvez consulter le livre, « Les journaux des répressions. Le Holodomor de 1932-1933 en Ukraine », rédigé et édité sous la direction de l'historien Yaroslav Fayzouline, en accès gratuit sur le site de l'Institut ukrainien de la Mémoire nationale.

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EH

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