À cause de la guerre, l’Ukraine a perdu plus de 272 000 hectares d’aires marines protégées
« À la suite de l’agression russe, l’Ukraine a perdu le contrôle de plus de 272 000 hectares d’aires marines protégées dans la zone côtière de la Crimée et du bassin d’Azov. Toutes les zones marines protégées du littoral contrôlé de la mer Noire, d’une superficie totale d’environ 460 000 hectares, se trouvent actuellement dans la zone d’influence active des hostilités. Vingt-sept sites du Réseau Émeraude sont occupés et onze autres se situent dans la zone des combats. Parmi les zones humides d’importance internationale, dix sont occupées et sept restent sous l’influence des actions militaires », indique le rapport du directeur adjoint de l’Institut de biologie marine de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine, le docteur en sciences biologiques Viktor Demtchenko.
Selon l’Académie, l’Ukraine demeure l’un des pays riverains de la mer Noire disposant des plus vastes superficies d’aires marines protégées. Les plus précieuses se trouvent dans la partie nord-ouest de la mer Noire : le parc national « Djarylhatsky », la flèche de Kinbourn, « Biloberezhzhia Sviatoslava », ainsi que le champ de phyllophores de Zernov, la plus grande aire marine protégée du pays.
D’après les scientifiques, la guerre a entraîné une modification des régimes de protection, une exploitation incontrôlée des ressources et une pollution des zones marines. La réserve « Île aux Serpents » a subi les pertes les plus importantes. Dans la réserve de biosphère du Danube, des pollutions pétrolières et des naufrages sont régulièrement constatés. Un seul incendie survenu après une attaque de drone le 2 janvier aurait causé, selon l’inspection écologique, des dommages estimés à 130 milliards de hryvnias.
Avant la guerre, les chercheurs avaient observé un rétablissement des processus naturels et une amélioration de l’état écologique du champ de phyllophores de Zernov, dans la partie nord-ouest de la mer Noire, un site à haute biodiversité faisant l’objet d’un suivi scientifique de longue date.
Toutefois, souligne l’Académie, les facteurs liés à la guerre, notamment la pollution secondaire et la réduction des capacités de contrôle, créent des risques de dégradation supplémentaire et nécessiteront une évaluation distincte après la fin des hostilités.
Par ailleurs, les chercheurs ont relevé des évolutions écologiques inattendues : la limitation de l’accès à la mer a réduit la pression anthropique et favorisé le retour des populations d’esturgeons, notamment le béluga, l’esturgeon et la sterlet, désormais de nouveau observés même à proximité de Zaporijjia et de l’île de Khortytsia.
Les scientifiques soulignent qu’après la guerre, l’Ukraine devra actualiser sa stratégie de protection marine, élaborer de nouveaux programmes de restauration des écosystèmes et moderniser son système d’évaluation des dommages environnementaux, dont une partie n’a pas été révisée depuis 1986.