Ukraine : l’ISW analyse l’impact de la guerre sur l’économie russe et ce qui pourrait contraindre Poutine à céder
Les analystes attirent l’attention sur les propos du vice-Premier ministre russe Denis Mantourov, qui, lors d’une réunion avec Vladimir Poutine le 12 janvier, a vanté la croissance industrielle de la Russie en 2025, principalement dans le cadre de l’OPB. Selon lui, les investissements dans le secteur manufacturier ont augmenté de 23 %, soit environ 5 000 milliards de roubles (environ 64 milliards de dollars) au cours des neuf premiers mois de l’année passée. La production industrielle aurait ainsi progressé à un rythme de 3 % fin 2025, malgré un récent ralentissement économique.
Mantourov a également indiqué que le Fonds de développement industriel du gouvernement russe, qui octroie des prêts à taux préférentiels aux producteurs nationaux, est le principal moteur de cette croissance. Selon lui, l’OPB emploie 3,8 millions de personnes, soit 800 000 de plus qu’il y a trois ans.
Le rapport de l’ISW souligne que le gouvernement russe cherche à financer son industrie de défense malgré les sanctions occidentales sévères, en multipliant les mesures pour augmenter le capital disponible pour l’OPB, via le Fonds de développement industriel, des subventions hors budget et des politiques obligeant les banques à accorder des crédits bonifiés aux entreprises du secteur.
En parallèle, la Banque centrale russe a abaissé à quatre reprises son taux directeur en 2025, vraisemblablement pour accroître le capital disponible pour l’OPB et réduire le coût des emprunts pour ces entreprises, note l’ISW.
Mais cette priorité accordée par Poutine a un coût élevé pour la population : les banques russes répercutent la pression de l’OPB sur les consommateurs. « La pénurie de main-d’œuvre et la concurrence entre secteurs civil et militaire ont provoqué une hausse générale des salaires dans toute l’industrie, alimentant l’inflation et faisant grimper les prix », soulignent les experts.
Plusieurs grands producteurs civils ont ainsi instauré une semaine de travail de quatre jours et annoncé des réductions d’effectifs dans la seconde moitié de 2025 en raison d’une baisse de la demande. Par ailleurs, les Russes rencontrent des difficultés pour se loger, le prix de la plupart des biens immobiliers commerciaux ayant augmenté de 20 % ou plus en janvier.
En novembre 2025, Poutine a également signé une loi augmentant la TVA de 20 à 22 %, faisant peser sur la population russe le coût d’une guerre coûteuse.
« Le renforcement de la pression économique occidentale sur la Russie, ainsi que l’aide à l’Ukraine pour maintenir et même intensifier la pression sur le champ de bataille, demeurent essentiels pour infléchir les calculs de Poutine et le contraindre à des compromis entre la poursuite de ses objectifs militaires maximalistes et le bien-être de la population russe », conclut L’ISW.